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Sous les feux de la rampe

Bulletin n° 17 - Sous les feux de la rampe

jeudi 10 avril 2014, par Manu


Jeunesse en mouvement : Luttes et visions pour la souveraineté alimentaire

Les peuples de la campagne qui résistent amendent les terres fertiles où grandit
une jeunesse, qui s’unit à la création de son avenir. La jeunesse est le peuple, la
jeunesse est la terre
 [1].

De nos jours, les jeunes des régions rurales du monde entier doivent affronter un des
plus grands défis de l’histoire : reprendre le flambeau de la lutte paysanne tout en
faisant face aux nouveaux défis pour la construction d’un monde radicalement
nouveau.
Partout dans le monde, le système capitaliste néolibéral a imposé un modèle
politique et économique d’agriculture industrielle. Une monoculture intensive et
un accaparement des terres menées par les transnationales avec l’approbation des
gouvernements nationaux et locaux. Ce modèle, qui promeut la privatisation de tous
les biens naturels, y compris la terre, le bois, l’eau et les graines, détruit les moyens
de subsistance et l’héritage culturel paysan. Il draine également notre mère la terre
de ses ressources.

Lutte contre :

Partout dans le monde, les jeunes sont face à un système capitaliste néolibéral.
Dans les rues et les champs, ils luttent en vue de construire un nouvel avenir pour
notre société et notre planète.
L’industrialisation et la marchandisation de l’agriculture créent un système dans lequel
très peu détiennent le pouvoir sur la nature et sur toutes les phases du système
alimentaire (de la production à la distribution). Ce système impose l’accès aux ressources
naturelles et à la terre que les paysans et paysannes nécessitent pour produire
des aliments sains. Il dénie également l’accès aux marchés locaux où l’on peut
obtenir un prix juste pour ses produits et ne pas devoir être en concurrence avec des
aliments importés et subventionnés avec des prix inférieurs au coût de production.
Les jeunes luttent pour restaurer le rôle que le pays a perdu dans ce système.
Ils luttent pour le droit de produire des aliments pour leur communauté et le droit de
préserver la souveraineté sur leurs terres, leurs graines et leur savoir traditionnel…
Cette lutte s’articule sous de nouvelles formes et utilisent de nouveaux moyens.

Le thème de l’accès à la terre pour les jeunes est une question clé de la lutte,
particulièrement à un moment où l’accaparement de terres et le système des grands
propriétaires terriens se fait de plus en plus ressentir dans le monde. C’est pourquoi
dans les villes et les campagnes, les jeunes paysans occupent des terres et
territoires pour produire une alimentation locale, et pour braver le modèle capitaliste
néolibéral qui permet aux grandes entreprises et autres intérêts privés d’accaparer,
exploiter et détruire la terre et, par la même occasion, les moyens de subsistance des
communautés du monde entier.
Le système alimentaire industriel actuel n’est pas à même d’assurer l’avenir
de l’humanité. La Terre est une ressource qui nous appartient à tous, et nous tous
lui appartenons également. L’unique proposition alternative à même de restaurer
la vie et la dignité des peuples, d’englober notre lutte, et de faire face au système
financier capitaliste est la Souveraineté Alimentaire.
Les jeunes représentent l’avenir de la souveraineté alimentaire dans le monde.

Lutter pour :

Les luttes de la jeunesse sont le produit de plus de 500 années de résistance au
colonialisme et sont alimentées par le droit inaliénable d’imaginer et construire un
modèle de vie de la terre qui les entoure, en harmonie avec la nature et ses écosystèmes
(la Pachamama [2]). Membres de plus de 160 organisations dans plus de
70 pays, les jeunes de la Via Campesina reprennent le flambeau de cette longue
histoire de lutte paysanne amorcée par les peuples de la Via Campesina.Les jeunes des quatre coins de la planète démontrent qu’il est possible de construire
un autre monde.
D’une part, à travers la participation de la jeunesse dans les expériences de lutte
et de résistance pour la souveraineté alimentaire dans le monde entier.
Les coopératives
telles que MST au Brésil, les occupations de terre en Andalousie, les luttes
contre le maïs transgénique en Afrique du Sud, ou les luttes contre Monsanto menées
par les paysans et paysannes en Inde représentent quelques exemples.
D’autre part, à travers la promotion de l’autogestion, la prise de décision participative,
la reconnaissance unanime du rôle clé de la jeunesse, la création et l’emploi
de nouvelles formes d’organisation et d’action.
Dans les rues de nombreux pays,
nous voyons naître des mouvements tels que Occupy, les indignés, et le printemps
arabe, dont beaucoup sont nés de l’initiative de jeunes qui concevaient de nouvelles
façons de s’organiser du bas vers le haut.

La jeunesse lutte pour le droit à la terre, pour la réforme agraire intégrale et pour
assurer les droits de ceux et celles qui travaillent dans les champs.
Les jeunes luttent pour une autre façon de produire, en utilisant l’agroécologie et ce
principe comme fondement pour construire un système alimentaire local qui travaille
avec et non contre la nature. Un système qui réclame des droits sur les semences,
qui sont notre patrimoine au service de l’humanité.
Les jeunes développent des marchés et des systèmes de transformation et de distribution
locale pour s’affranchir du joug du marché oppresseur. L’agroécologie et
ses principes répondent à la vision du modèle de développement local, écologique et
économique, culturel et politique que les jeunes veulent pour leur présent et leur futur.
Les jeunes qui luttent pour l’égalité des sexes, et contre le système patriarcal,
luttent pour les droits des jeunes femmes paysannes et le droit à une médecine
sexuelle reproductive de qualité. Les jeunes luttent pour assurer des conditions de
vie dignes pour toutes et tous, ils luttent pour l’avenir dans les campagnes.
Pour mener sa lutte à bien, la jeunesse connaît l’importance que revêtent l’éducation
et la formation, puisque de plus en plus les Etats et les gouvernements
nationaux et locaux ne répondent plus à leur besoin d’éducation.
C’est pourquoi l’on voit apparaître de plus en plus des exemples de pratique de
l’agroécologie, d’autoformation, d’initiative à la formation et d’éducation populaire
au sein de la résistance paysanne. Une éducation pour vivre, pour penser et pour
trouver de nouvelles façons de s’organiser. Une éducation qui nous aide à libérer le
coeur, la pensée, les mots et les actes.
Ce sont les chemins déjà empruntés par les jeunes.

Le présent c’est nous

Notre première action est locale : nous travaillons la terre ou essayons de la travailler.
Nous prônons un modèle d’agriculture et de société, et chacun d’entre nous
essaie de prêcher par l’exemple. Notre lutte trouve son écho dans les luttes rurales,
urbaines et dans tout autre lieu où l’on se bat contre le système capitaliste financier
néolibéral.

C’est pourquoi la seconde action que nous entreprenons est le travail syndical :
le militantisme que nous menons de front dans tous les débats qui nécessitent notre
mobilisation et nos efforts. C’est sur ce chemin du militantisme que nous construisons
des réseaux d’alliances avec des étudiants et militants urbains, des travailleurs
paysans, consommateurs, et migrants. Si les jeunes ne se défendent pas, s’ils ne
travaillent pas ensemble, personne ne le fera pour eux !
Nous ne sommes pas l’avenir, nous sommes le présent !

¡Alerta, alerta, alerta que camina,
la juventud en lucha de la Vía Campesina !


[1Poème de Javier García Fernández, jeune militant de la SOC-SAT. Version originale en espagnol

[2La Pachamama, la Terre-Mère est la plus haute divinité des peuples andins.