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L’écho des campagnes

Bulletin n° 17 - L’écho des campagnes

jeudi 10 avril 2014, par Manu


Jeunesse sans terre, 30 ans après

Raul Amorim — Collectif de la jeunesse du mouvement des travailleurs ruraux sans terre MST, Pernanbuco, Brésil.

Il y a 30 ans, des jeunes ayant la conviction que la lutte doit aller au-delà du territoire local, prirent leur sac à dos et se lancèrent le défi de construire un mouvement national des sans terre. Ils luttaient non seulement pour la terre, mais aussi pour la réforme agraire et pour un projet de transformation sociale. C’est cette jeunesse qui donna naissance au mouvement des sans terre (MST).
Depuis 30 ans, les défis des jeunes paysans et paysannes ont changé. La concentration des terres a augmenté et l’ennemi a pris plus d’ampleur autour des alliances de l’agrobusiness. Dans le même temps, le pouvoir judiciaire criminalise les mouvements qui empêchent la réforme agraire d’avoir lieu et l’appareil du capital financier international spécule avec les vies. Mais la jeunesse des campagnes organisée en mouvements sociaux continue la construction de ce que nous appelons la réforme agraire populaire. En février, au cours du sixième congrès de MST, nous avons tenu la troisième assemblée de la jeunesse sans terre, qui a accueilli plus de 2000 jeunes. Nous nous y sommes engagés à intervenir sur les problèmes de nos réalités, à réaliser une production agricole sans pesticides, à renforcer le développement des campagnes à partir de l’agroécologie comme autre moyen pour la relation de l’être humain avec la nature. Nous sommes engagés à nous organiser en collectivité de la jeunesse et à construire de nouvelles relations sociales culturelles et de genre ; à participer aux luttes de la jeunesse citadine et à avoir comme pratique quotidienne l’internationalisme et la solidarité internationale. La jeunesse fait partie intégrante de l’histoire des travailleurs et nous allons continuer à l’écrire, jusqu’à ce que nous obtenions la victoire du peuple, la libération des exploités, des opprimés et l’émancipation.

Lutte contre l’accaparement de terres

Julia Bar-Tal, agriculteur de Bienenwerder, 45 km de Berlin et membre de “Bündnis junge Landwirtschaft – confédération de jeunes agriculteurs” et AbL, La Via Campesina, Allemagne.

La culture des jeunes en Allemagne de l’Est au sein de la lutte pour créer une souveraineté alimentaire est mise à mal par l’accaparement de terres que nous constatons de nos jours. Pour les jeunes agriculteurs qui débutent, la lutte contre les investisseurs et les grandes sociétés agricoles, qui accaparent les terres devant nos yeux, définit notre lutte quotidienne. En raison du passé socialiste, la plupart des terres appartiennent à l’État, lequel, dans le cadre de sa politique néolibérale, emprunte le chemin de la privatisation par les grands investisseurs, le but n’étant pas de créer des moyens de subsistance pour et avec ceux qui y vivent. Au cours des deux dernières années, nous sommes parvenus à créer un mouvement efficace face à ce phénomène. Pour un jeune paysan de notre propre ferme, la lutte personnelle pour les terres est l’exemple le plus pratique de ce qu’il arrive à tous ceux d’entre nous qui risquent de perdre la terre où nous nous trouvons. En tant que créateur et membre de « la confédération des jeunes agriculteurs » en Allemagne de l’Est, nous avons placé cette lutte dans un contexte commun. Nous avons protesté et nous nous sommes battus en tant que paysans, avec nos amis des villes, en menant notre lutte dans la voie de ces biens communs – en comprenant que le processus de déplacement de ces populations est notre souffrance à tous et en y opposant la reconquête de notre souveraineté.

Jeunesse en action !

Norman Chibememe, Zimbabwé Smallholder Farmer Forum (ZIMSOFF).

La plupart des jeunes, tant garçons que filles, sont entièrement engagés dans des activités d’agriculture au Zimbabwe. Les jeunes conçoivent l’agriculture par des méthodes biologiques et des systèmes d’agroécologie durables. La majorité des communautés agricoles rurales sont impliquées dans la multiplication de semences pour la durabilité de la production de semences pour s’assurer de la qualité, la quantité et la fiabilité des récoltes. Les communautés éradiquent la faim dans beaucoup de régions grâce à l’auto-approvisionnement, ’fushai’, de petites semences, dont la production est la plus appropriée dans les régions à faible rendement où le changement climatique affecte gravement la production agricole.
Avec la production de semences traditionnelles et locales, les jeunes pratiquent également des techniques pour capter l’eau et d’agriculture de conservation (rotation culturale, gestion des terres arables…). Ils sont activement engagés dans les affaires familiales, particulièrement dans l’élaboration des projets de promotion. L’éducation et la formation des jeunes sont très importantes ; les jeunes agriculteurs suivent des cours pour améliorer leurs pratiques d’agriculture tels que la gestion de documents d’archives, des procédés de production de semences ou encore d’agriculture contractuelle. Des documents sur la politique agricole leur ont également été remis, ainsi qu’à leurs communautés pour mieux comprendre et être conscients du contexte national et international.

Une installation réfléchie des jeunes en agriculture

Papa Bakary Coly dit "papis", président du collège des jeunes du conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR), Sénégal.

Face aux défis du chômage, particulièrement chez les jeunes, l’agriculture africaine comme tous les autres secteurs d’activités doit se mobiliser pour l’emploi, sous toutes ses formes.
Cependant, on constate des déficits énormes en matière d’installation dans certains pays africains. Si nous prenons l’exemple du Sénégal où il n’existe pas de politique d’installation des jeunes en agriculture, seules des initiatives existent à travers des structures en charge de l’emploi agricole, des projets et des programmes. Cette façon anarchique d’installation, présente plusieurs incohérences qui limitent les résultats obtenus. Ces incohérences se manifestent dans les types d’installation prônés et dans les cibles. En lieu et place de l’auto-installation accompagnée, c’est plus l’Etat providence qui est le plus souvent développé sur un petit nombre, avec des cibles mal définies (souvent des jeunes n’ayant jamais pratiqué de l’agriculture ou ayant abandonnés l’agriculture au profit de l’exode rural) et avec des investissements exorbitants. Le retour sur investissement en termes d’emplois créés ou de capitaux générés est souvent faible en raison du faible taux de fidélisation des jeunes installés. Ceci nous a motivé, au niveau du collège des jeunes du CNCR, à mener des réflexions sur une installation réfléchie des jeunes en agriculture. Les conclusions de nos réflexions nous ont poussé à affirmer que : « Des projets d’installation de nouveaux arrivants dans le milieu agricole c’est bien en soi, mais c’est encore mieux si ces projets tentent d’abord de maintenir ceux qui y sont déjà, car c’est la réussite et le bien être de ces derniers qui constitueront la motivation de l’auto-installation des autres ».

Partager les expériences

Dan Kretschmar, National Farmers Union – La Via Campesina, Canada. Familles de jeunes agriculteurs et membres de la North American Youth Collective of LVC.

J’aide à gérer la ferme familiale en Ontario, au Canada qui produit des légumes bio et du bétail. Je viens de revenir de la rencontre régionale de La Via Campesina en Floride où j’ai été délégué de la jeunesse pour la National Farmers Union. Après avoir passé 5 jours avec des camarades des États-Unis et du Mexique, je me sens à la fois revigoré, outré, et habilité. Cette expérience fut accablante. Les histoires de travailleurs agricoles migrants et immigrants sans-papiers à propos de leurs conditions de travail et leur lutte pour leurs droits ont confirmé ce que l’on entend chez nous à ce sujet. Il y a un système de classe flagrant. Les travailleurs agricoles ne peuvent prendre un jour de congé sous peine de se faire virer. Beaucoup de travailleurs, récoltant des agrumes, ont des problèmes dermatologiques graves dus à l’exposition aux pesticides. Les femmes enceintes sont contraintes de travailler jusqu’à ce qu’elles accouchent. Je suis triste de voir ce qu’est devenu le modèle d’agriculture industrielle. La question des travailleurs migrants compte parmi les nombreux problèmes auxquels la région doit faire face. Dès mon arrivée à la rencontre LVC, je me suis senti en famille. La situation critique des agriculteurs à petite échelle se répète dans toute la région. Je suis motivé à me battre pour le changement. Il nous faut continuer à nous battre pour les droits des paysans et des petits agriculteurs et aider à développer le changement des mentalités au sein de la population. Tout commence par la consommation de produits alimentaires dont les producteurs n’ont pas été opprimés. Quand le gouvernement nous lance des miettes afin de nous faire taire, nous ne devons pas nous laisser avoir par cette pratique. La seule option est de prendre les miettes, et de les renvoyer et de dire encore plus fort « ce n’est pas suffisant ! » Nous ne pouvons battre en retraite.