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Bulletin n° 18 - Echos des campagnes

lundi 16 juin 2014, par Manu

Echos des campagnes 1

Présentation de cas d’apprentissage horizontal qui ont réussi
Peter Rosset , La Via Campesina
« L’Université » ne se trouve plus au centre de la production des savoirs – si tant est qu’elle s’y soit jamais trouvée. Dans le monde actuel, la plus grande partie des nouveaux savoirs et même des théories, sur les alternatives au développement conventionnel et exclusif, sont produites par les mouvements sociaux.
J’ai eu l’opportunité de participer à l’un de ces processus d’auto-apprentissage de La Via Campesina (LVC). Dans ce cas précis, l’objet de l’analyse était le mouvement agro-écologique de l’Association nationale des paysans de Cuba (ANAP-Via Campesina) dénommé campesino-a-campesino (de paysan à paysan). Il s’agit de l’un des meilleurs exemples de réussite dans la diffusion de l’agro-écologie dans la cadre de la souveraineté alimentaire. En un peu plus de dix ans, en utilisant délibérément une méthodologie sociale, l’ANAP a construit un mouvement social d’agro-écologie au sein de son organisation paysanne nationale. Ce mouvement arrive maintenant à inclure 50% des familles paysannes de Cuba qui utilisent peu ou pas d’intrants extérieurs à la ferme, leurs méthodes sont agro-écologiques et la contribution du secteur paysan à la production alimentaire nationale totale et relative est montée en flèche, stimulant ainsi la souveraineté alimentaire.
LVC et l’ANAP voulaient que les paysans reconstruisent leur histoire et analysent les facteurs de leur succès. Ils demandaient aussi que les résultats de cette analyse soit présentés sous un format qui, non seulement aide l’ANAP dans son processus interne mais aussi permette à d’autres organisations dans d’autres pays de tirer des enseignements utiles. Une petite équipe s’est déplacée dans toute l’île, a organisé des ateliers dans les coopératives paysannes afin d’écouter les paysans de ce mouvement, raconter et recréer leur histoire, tirant eux-mêmes les enseignements de leur expérience. L’équipe s’est chargée de recueillir les informations dans un livre qui est maintenant utilisé dans les écoles de formation de LVC et en soutien au travail de la campagne.
D’autres équipes de LVC sont maintenant engagées dans des processus d’analyse semblables, par exemple l’expérience du Mouvement paysan d’agriculture naturelle à zéro budget dans le sud de l’Inde, dans laquelle des millions de paysans indiens ont arrêté d’acheter des intrants chimiques et ont augmenté la production grâce à des méthodes autonomes et écologiques.

Echos des campagnes 2

La Souveraineté alimentaire dans les Andes
Maruja Salas
Ce document présente des personnes qui font partie de communautés autochtones, engagées dans la souveraineté alimentaire. Le pouvoir de la nature est omniprésent dans leur pensée et elles défendent leurs droits individuels et collectifs à une alimentation saine. Leur façon de s’exprimer est paisible, mais reste vague et quelquefois même énigmatique. Leur savoir commun est exprimé avec divers degrés de cohérence. Et pourtant, quand ces personnes parlent de leur vie, des soins, de l’agriculture, de la pêche, de l’élevage, c’est la joie qui ressort, avec une vision du monde où travail et célébration sont en harmonie. Il y a aussi une profonde spiritualité dans l’attention qu’elles portent aux signes émanant de la nature particulièrement envers les montagnes sacrées de l’Altiplano et la Terre Mère. Ces femmes et ces hommes utilisent avec aise le symbolisme de l’interprétation des rêves pour guider la sélection des semences, la cuisine, le stockage des aliments, veillant constamment sur le bien-être de la famille en suivant les règles traditionnelles. Vous trouverez de plus amples informations sur leur travail sur le site internet du Programme Andin pour la Souveraineté alimentaire : (http://pasandes.net/).

Lucía Paucara

Lucía vient de Vilurcuni où elle a passé la plupart de ses 54 ans à travailler les champs et à ramasser des pommes de terre afin de nourrir sa famille. Les pommes de terre sont comme des enfants pour elle, elle célèbre toutes les étapes de leur croissance. Ses champs sont près du lac, elle produit donc plusieurs variétés de pommes de terre pour cuisiner les différents plats locaux : la patasca, le chayro et la watia. Sa famille immédiate et ses relations qui vivent à Lima et à Tacna, ne connaitront jamais la faim car elle produit assez de pommes de terre pour eux tous.

Presentación Velásquez

Presentación a appris avec sa grand-mère à cultiver les produits andins selon le système Aynoqas (une agriculture de rotation) ainsi qu’à repousser la grêle en mobilisant la communauté entière. Elle a promis à ses petites filles de continuer à travailler les champs jusqu’à sa mort pour que toute sa famille ait assez de pommes de terre et de céréales pour leur consommation personnelle sans avoir à en acheter au marché.
Domitila Taquila
Domitila vit à Aychullo, elle n’est pas née avec beaucoup de savoirs, dit-elle, mais elle a appris dans les champs avec sa grand-mère. Sa mère lui a appris à tisser et à cuisiner. Sa capacité à lire les indicateurs naturels lui a été révélée par des rêves. Aujourd’hui, elle enseigne à ses enfants les avantages des produits cultivés dans ses champs sur les denrées alimentaires contaminées vendues au marché.