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Bulletin n° 20 - Sous les feux de la rampe 1

jeudi 4 décembre 2014, par Manu

Identité historique de l’agroécologie et appropriation indue

Dans un monde qui prétend privatiser et breveter toutes choses, l’agroécologie a été mise à l’ordre du jour de la gouvernance agroalimentaire mondiale, au sein de laquelle la science, les agences multilatérales, et même le secteur privé demandent que soit reconnu le rôle de l’agroécologie dans la conception de systèmes agricoles durables. Dans un monde qui commence tout juste à reconnaître l’importance des petits producteurs et productrices alimentaires, l’agroécologie court le risque d’être aliénée et dérobée à ses protagonistes historiques.

Eduardo Sevilla Guzmán nous dit [1] : “L’une des caractéristiques des sociétés capitalistes industrielles réside dans la rôle que joue la science, institution au travers de laquelle l’on entend contrôler les évolutions sociales, anticipant l’avenir avec l’objectif de le planifier. Depuis les débuts de la modernisation, la privatisation, la marchandisation, et le tout-scientifique appliqués aux biens communs (air, terre, eau et biodiversité) ont contribué à rendre toujours plus artificiels les cycles et processus physiques, chimiques et biologiques, à l’origine naturels, nécessaires à la production alimentaire.”

C’est pourquoi il est plus urgent que jamais de comprendre comment est apparue l’agroécologie, afin d’adapter de façon pertinente les politiques publiques.Depuis les origines de l’humanité, le savoir a toujours été essentiel à la vie. C’est ainsi que l’agroécologie s’est développée : en partant des savoirs traditionnels accumulés tout au long de l’Histoire par les paysannes et paysans, tout en intégrant les connaissances scientifiques de ces derniers siècles.

Ce sont les paysannes et paysans, ce sont les peuples autochtones qui ont identifié, adapté et intégré de nouveaux éléments aux processus afin d’améliorer toujours davantage la production alimentaire, tout en préservant leurs identités culturelles, dans le respect de la nature. Les savoirs et expériences paysans, pris dans l’étau des différentes facettes du capitalisme, renaissent de leurs sources et se renouvellent, démontrant sans aucun doute, créativité et légitimité à l’appui, que même aujourd’hui il est possible de vivre dignement dans les campagnes, tout en préservant l’identité paysanne et autochtone.

L’agroécologie, c’est le modèle de production, de société, d’économie, d’organisation et de politique qui permet aux petits producteurs et petites productrices de se maintenir dans les campagnes. Il rend aux aliments leur rôle social, en opposition au système capitaliste qui les réduits à de simples marchandises. L’agroécologie a cette particularité, unique, de en pas promouvoir un modèle homogène unique. Au contraire, elle comporte en son sein toutes les agricultures et hydrocultures pratiquées par les paysans et paysannes, petites exploitations familiales, bergers, peuples autochtones, pêcheurs artisanaux, extractivistes de forêts et mangroves, qui défendent la terre et leur territoire, les graines, l’ensemble des biens naturels, la souveraineté alimentaire et le bien-vivre.

Mais l’agroécologie, c’est également un changement radical des rapports sociaux, politiques, économiques et des rapports société-nature. Elle transforme les schémas de production et consommation pour assurer la souveraineté alimentaire des populations rurales et urbaines. Nous savons que l’agroécologie est le seul moyen de nourrir la population mondiale, mais uniquement en la laissant entre les mains de celles et ceux qui l’ont fait naître ; les paysannes et les paysans, les peuples autochtones.

L’agroécologie refait surface et sera amenée à jouer un rôle dans de nombreux domaines qui ont oublié qui sont les vrais acteurs de cette révolution agroalimentaire. C’est pourquoi les gouvernement doivent, dans leurs recommandations, appeler à ce que ce soient les petits producteurs qui mettent en œuvre ces changements politiques, économiques et agroalimentaires, agents de transformation des territoires.


[1Eduardo Sevilla Guzmán, Agroecología y agricultura ecológica : hacia una “re” construcción de la soberanía alimentaria, Revista Agroecológica, Université de Murcia, Volume 1, 2006