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Bulletin n° 20 - Sous les feux de la rampe 3

jeudi 4 décembre 2014, par Manu

La transformation est possible : l’Agroécologie, un modèle économique populaire et solidaire

Est-il possible de penser à une autre économie comme alternative au modèle hégémonique actuel de produire-distribuer-échanger-consommer des aliments à niveau mondial, caractérisé par des chaînes agroalimentaires contrôlées par un petit nombre de grandes entreprises transnationales qui soumettent le reste des acteurs et empochent la plus grande partie des bénéfices ?

Est-ce que le modèle agro-minier exportateur peut coexister parallèlement à la mise en œuvre d’une économie basée sur les principes de réciprocité, autarcie, coopération, justice et solidarité ? Une économie qui redistribue progressivement les biens de production concentrés : terre, capital, technologie et accès aux connaissances.

Peut-on ouvrir une brèche dans cette économie dominante afin de pouvoir construire une autre économie fondée sur l’échange restitutoire –et non extractif– entre société et nature, sur la responsabilité collective et sur des régimes de propriété collectives, communautaires, mixtes, publiques ou autres, différentes de la propriété privée, principe directeur du système des droits des sociétés capitalistes ?

Il n’est possible de construire cette “autre économie” que si nous parvenons à établir la souveraineté alimentaire des peuples et, pour se faire, il n’existe d’autre chemin que celui de l’agroécologie. Nous, agriculteurs familiaux, paysans et autochtones, hommes et femmes, avons développé une autre forme de penser et de vivre, en rendant possible l’agroécologie, tant du point de vue productif que du système de valeurs et de relations sociales ayant trait aux aliments. Nous avons besoin de politiques agroalimentaires publiques avec une distribution équitable et la création de marchés locaux. Il ne peut y avoir de sécurité alimentaire sans souveraineté alimentaire et sans le respect de la culture des peuples.

Les paysannes et paysans en agroécologie de MAELA (Mouvement agroécologique de l’Amérique Latine et des Caraïbes) ainsi que leurs organisations, ont développé, au cours de ces deux dernières décennies, diverses formes d’organisation socioéconomique et productive fondées sur le droit à la vie, violé sans arrêt par le système économique dominant. Ce processus les a mené à comprendre la production, le commerce, la distribution et l’accès aux aliments comme étant un processus politique ayant un impact, une cause relative aux droits individuels et collectifs permettant de rendre plus digne la vie tant à la campagne qu’à la ville.

Du local jusqu’à l’international, dans cet ordre de priorité, on a élaboré et développé des actions dans le but d’ouvrir des brèches dans ce système mercantile de l’alimentation :
En créant des marchés locaux agroécologiques ayant une identité, qui permettent de construire des liens directs entre producteurs et consommateurs, tout en étant un espace d’information et d’échange politique et social, générant également des garanties alternatives ;
En renforçant les marchés paysans traditionnels, en défendant leur identité culturelle et en leur redonnant un caractère de production paysanne et agroécologique ;
En concluant des accords avec des acteurs urbains pour développer des systèmes agroalimentaires paysans sains et équitables.
• En étant créatif pour élaborer des systèmes de commercialisation à niveau régional et international basés sur l’agroécologie par le biais de canaux solidaires nord-sud, sud-sud et paysan à paysan.
• En appliquant diverses stratégies pour venir à bout de la soumission des paysannes et des paysans aux chaînes de valeur conventionnelles, contrôlées par et au service des élites nationales et des transnationales.

Ces processus et systèmes nous ont permis de voir qu’une révolution agroécologique est possible à condition d’en asseoir les bases sur des piliers sociaux, économiques, culturels et d’organisation en faveur de la souveraineté alimentaire des peuples.