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Bulletin n° 23 - Sous les feux de la rampe 2

lundi 14 septembre 2015, par Manu

Reforme ou Transformation [1] ?

La crise alimentaire mondiale a poussé le mouvement pour l’alimentation aux Etats Unis vers une conjoncture politique particulière. Aujourd’hui, un sixième de la population mondiale souffre de faim, exactement comme un sixième de la population des Etats Unis est dans « l’insécurité alimentaire ». Ces niveaux inquiétants de faim et d’insécurité alimentaire partage les mêmes causes qui se trouvent dans l’économie politique d’un régime alimentaire mondiale dominé par le secteur privé.

Vu les positions politiques entre ceux qui appellent à une reforme en vue de la sécurité alimentaire et ceux, plus radicaux, qui plaident pour la souveraineté alimentaire, la justice alimentaire se trouve a un croisement pour influencer les orientations des changements dans le système alimentaire. La façon de résoudre les questions de race et de classe influencera l’orientation politique des alliances organisationnelles dans le mouvement pour l’alimentation : vers une reforme ou vers une transformation.

En reconnaissant que le système d’alimentation industriel actuel n’est pas durable, le mouvement pour l’alimentation des Etats Unis plaide pour une alimentation saine, de qualité, et durable pour l’environnement tout en réaffirmant les valeurs environnementales et les relations communautaires associées aux jours paisibles d’un passé agricole reconstruit. C’est a cette construction que se référent Alkon et Agyeman (2011a) quand ils parlent du « récit dominant dans le mouvement pour l’alimentation ». Enraciné dans une couche sociale de classes moyennes blanches, ce récit est devenu une référence importante dans les media traditionnels. Toutefois, il tend à rendre invisible les histoires et les réalités de l’alimentation des classes à faible revenus et de la population de couleur.

La sécurité alimentaire communautaire (le « Good Food Mouvement » - Mouvement pour une bonne alimentation) adresse les inégalités du système alimentaire en terme de production et d’accès plus que de pointer une inégalité structurelle. Ceci conduit à une mise en évidence de l’amélioration des compétences au niveau alimentaire et des moyes alternatifs pour l’accès à l’alimentation des ménages à faible revenus, associée à un effort de plaidoyer basé à Washington D.C. pour augmenter les formes d’aide alimentaire et d’appui pour les systèmes alimentaires communautaires. Ce mouvement « Community Food System » (CFS) lutte pour intégrer la sécurité alimentaire dans le système alimentaire existant.

Le mouvement pour la Souveraineté alimentaire cherche à démanteler les marchés mondiaux et le pouvoir monopoliste des entreprises au niveau local, national et international et plaide pour une redistribution et une protection des actifs productifs comme les semences, l’eau, la terre et les installations de transformation et distribution. Alors que les défenseurs de la lutte contre la faim et de la sécurité alimentaire préfèrent souvent un accès abordable à une mauvaise nourriture plutôt que pas de nourriture du tout, ceci les met en porte à faux avec les groupes qui luttent pour la justice et la souveraineté alimentaire qui ne confient en rien dans les grandes compagnies agroalimentaire (Gottlieb and Joshi 2010, 215).

Le mouvement pour la Justice Alimentaire (Food Justice – FJ) se retrouve largement avec le mouvement pour le Système Communautaire pour l’Alimentation (CFS) mais il est en général plus progressif que réformiste car il adresse spécifiquement la manière dont les gens de couleur dans les communautés à faible revenu sont affectés négativement et de façon disproportionnée par le système alimentaire industriel. Pris entre l’urgence d’accéder et l’impératif d’équité, le mouvement pour la justice alimentaire change, chevauche et établit des ponts avec les efforts du CFS et du mouvement pour la souveraineté alimentaire, en essayant de soulever la question du racisme et des classe d’un coté tout en essayant de réparer les défaillances du système alimentaire.

Alors que des réformes modérées du système alimentaire, comme l’augmentation des coupons alimentaires ou la réimplantation d’épiceries, sont nécessaires pour aider les communautés vulnérables à faire face aux crises, ces réformes ne vont pas modifier les relations de pouvoir au sein du système alimentaire et dans certains cas, elles peuvent avoir aidé à renforcer certaines relations inégales de pouvoir. Réparer les disfonctionnements du système alimentaire – dans un sens durable- demande des changements de régime. Un changement dans le système alimentaire viendra d’une pression sociale forte et durable qui poussera les réformistes à faire reculer le néolibéralisme dans le système alimentaire. Une grande partie de cette pression peut venir du mouvement pour l’alimentation, s’il dépasse ses divisions.

Résoudre la crise alimentaire demande un démantèlement du racisme et des classes dans le système alimentaire et une transformation du régime alimentaire. C’est ce qui pousse le mouvement pour la justice alimentaire à forger des alliances qui développent sur le terrain des pratiques équitables et durables tout en se mobilisant au niveau politique pour des réformes structurelles plus largement redistributives. Cette pratique essentielle pourrait fournir au mouvement pour l’alimentation un nouveau et puissant récit pour : le récit de la libération.

Références :
Alkon, Alison Hope, and Julian Agyeman. 2011a. Introduction : The food movement as polyculture. In Cultivating Food Justice : Race, Class, and Sustainability, 1-20. Food, Health, and Environment ; series ed. Robert Gottlieb. Cambridge, MA : MIT Press.

Gottlieb, Robert, and Anupama Joshi. 2010. Food Justice. Cambridge, MA : MIT Press.