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Bulletin n° 23 - Encadres

lundi 14 septembre 2015, par Manu

Encadré 1 - Définition de la justice alimentaire

La justice alimentaire fait référence à un large spectre d’efforts qui s’attaquent à l’injustice à l’intérieur du système alimentaire des Etats Unis. Les modèles plus faibles de justice alimentaire regardent principalement les effets d’un système alimentaire inéquitable alors que les modèles plus solides se concentrent sur les causes structurelles de ces inégalités. Par exemple, les projets réformistes pour la justice alimentaire travaillent à fournir un accès à la nourriture dans des communautés mal desservies pour réduire l’insécurité alimentaire et/ou s’efforcent d’améliorer la nourriture et les conditions de travail dans le système alimentaire industriel en développant des marchés de niche (par ex. les certifications de commerce équitable ou de production bio).
Les modèles progressistes de justice alimentaire font un pas de plus en produisant de la nourriture (en général avec des méthodes bio, de permaculture et/ou d’agroécologie) et en visant un accès plus équitable aux ressources nécessaires à la production alimentaire comme la terre, le crédit et les marchés et de meilleurs salaires et conditions de travail pour les travailleurs agricoles et les ouvriers du secteur alimentaire (pas seulement ceux qui bénéficient des marchés de niche).
Les modèles plus radicaux de justice alimentaire se concentrent sur les transformations redistributives et structurelles dans le système alimentaire qui construisent un pouvoir politique dans les communautés abandonnées, exploitées et oppressées, en incluant aussi des gens de couleur, des immigrés, des femmes, des LGBTQ. Ces modèles travaillent au démantèlement des lois, des régulations, des institutions, et des normes culturelles qui confortent les privilèges des entreprises, des monopoles et des hommes males blancs dans le système alimentaire.
Les modèles radicaux et progressistes s’imbriquent dans la souveraineté alimentaire, un concept international qui se définit comme le droit des peuples à une nourriture saine et culturellement appropriée, produite selon des méthodes durables et sensibles à l’environnement et le droit des peuples à définir leur propre système alimentaire et agricole.

Encadré 2 - L’alliance pour la souveraineté alimentaire aux Etats Unis : nourrissant la justice alimentaire

La résistance à l’héritage du racisme structurel aux Etats Unis est un pilier historique de ce qu’on appelle “la justice alimentaire”. La lutte pour la justice alimentaire prend place dans les milliers de communautés urbaines et rurales abandonnées, communautés qui sont secouées par les effets négatifs du régime alimentaire dominé par le secteur privé.
Les monopoles agroalimentaires de ce régime empoisonnent nos travailleurs et notre environnement avec des produits toxiques pour produire une nourriture industriel bon marché qui nous rend malade.
Plus de 50 millions de personnes aux Etats Unis, principalement des travailleurs du secteur agricole et alimentaire, des femmes, des enfants et des gens de couleurs, souffrent d’insécurité alimentaire et de maladies graves liées à leur régime alimentaire. Aux Etats Unis, les petites exploitations paysannes et familiales représentent moins de 2% de tous les agriculteurs enregistrés dans le pays… Nous avons plus de gens en prison que sur les champs. La justice alimentaire aux Etats Unis utilise différentes formes pour remédier à ces inégalités principales : des communautés abandonnées cultivent sur les toits et sur des terres urbaines délaissées , une nouvelle génération de jeunes agriculteurs cultivent une nourriture bio pour leurs communautés, pour des marchés paysans et des expériences d’agriculture communautaires et des conseils de politiques alimentaires locales bourgeonnent alors que le travail de plaidoyer sur travailleurs migrants, la justice environnemental, l’étiquetage des OGM et la santé publique devient de plus en plus puissant.

Dans la dernière décennie, le mouvement pour la justice alimentaire s’est rapidement développé aux Etats Unis au sein des communautés qui croient que notre système alimentaire devrait servir et non exploiter et empoisonner les gens de couleurs. Beaucoup sont convaincus que la justice alimentaire radicale peut être un chemin vers la libération. Grace au travail militant des organisations de base, la justice alimentaire est aussi adoptée par des consommateurs socialement responsables qui demandent une nourriture sans pesticides, des salaires justes et des conditions dignes pour les travailleurs. Tous croient que nos familles de paysans devraient recevoir un prix plus juste pour la nourriture qu’ils produisent. Beaucoup sont prêts à mettre leurs systèmes alimentaires locaux au service d’une croissance économiques sous le contrôle des communautés délaissées. Tous, nous cherchons à en finir avec le contrôle des entreprises sur notre nourriture, La nourriture doit être pour le peuple et non pour le profit des monopoles.

Il n’est pas étonnant qu’avec la montée du mouvement pour la souveraineté alimentaire, la justice alimentaire a aussi émergé comme un concept, une forme de résistance et une proposition politique au niveau global. La convergence grandissante entre les deux est le résultat d’échanges et de connections internationaux entre des organisations locales et des mouvements sociaux internationaux, spécialement avec la Via Campesina. Ceci est du d’une part au fait que la création de la Via Campesina et la montée de la souveraineté alimentaire ont influencé des chercheurs, des ONGs et des organisations de base. D’autre part, avec la progression de la mondialisation, le racisme s’est aggravé dans le système alimentaire au niveau mondial.

L’ Alliance pour la Souveraineté Alimentaire aux Etats Unis [1] (U.S. Food Sovereignty Alliance-USFSA)
L’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire aux Etats Unis (Acronyme en anglais USFSA) est un réseau très large de 33 organisations de base et d’ONG engagées dans la construction du pouvoir collectif des mouvements pour la justice alimentaire et pour la souveraineté alimentaire. La USFSA est née lorsque des groupes de paysans et des organisations communautaires, de travailleurs et de sécurité alimentaire se sont rencontrés pour discuter des actions à long terme afin de souligner les racines de la crise alimentaire mondiale de 2008 (crise qui a été générée largement par des entreprises et des politiques des Etats Unis). Cet été là a vu la première réunion convoquée par ce groupe de travail à Washington D.C. Ils ont accordé un agenda politique fort qui inclut des prix justes pour les paysans et pour les consommateurs, une équité dans le système alimentaire, une agriculture durable, les droits des travailleurs et le droit à l’alimentation.

En 2009, le Groupe de Travail sur la Crise alimentaire Mondiale, a amené, à Washington D.C. , d’avantage de gens qui travaillent dans les organisations de base pour la justice alimentaire. Suite à cette rencontre, les participants ont lancé une série d’initiatives sur deux ans dans la perspective d’appuyer une campagne réclamant la fin de la crise alimentaire.
En octobre 2009, un petit sous-groupe d’alliés a organisé le Premier Prix pour la Souveraineté Alimentaire [2] à Des Moines (Iowa), durant la conférence annuelle de la Coalition Communautaire pour la Sécurité Alimentaire (CFSC). Le Prix de la Sécurité Alimentaire est devenu un élément important de la stratégie de dissémination du concept de souveraineté alimentaire aux Etats Unis en emphatisant le travail des organisations de base. Lors de la conférence de CFSC, les membres du Groupe de Travail ont discuté la vision et la stratégie à long terme basées sur la création d’une alliance très large entre différents secteurs dans le pays.
Ensuite, ce groupe a mobilisé des ressources pour appuyer un leadership paysan dans les audiences nationales antitrust agricoles organisées par le département de la Justice et le ministère de l’agriculture américain. Ensuite, il y a eu une assemblée des mouvements populaires sur la justice alimentaire et la souveraineté alimentaire lors du Forum Social américain à Detroit (Michigan) en 2010.

Le besoin d’une alliance nationale entre les travailleurs migrants, les paysans, les familles urbaines et les ONG pour aborder les aspects de la justice alimentaire et de la souveraineté alimentaire est devenu une évidence lors de cette réunion. Durant deux jours, les organisations de base, les paysans et les ONG de différentes villes des Etats Unis ainsi que les représentants de la Via Campesina du Honduras, de la Palestine, de Haïti et de la République dominicaine se sont rencontre es pour discuter sur la façon dont les organisations locales peuvent se joindre au processus politique pour démocratiser radicalement le système alimentaire, enraciné dans un agenda mondial établi par les mouvements sociaux. Quatre mois après, en Octobre 2010, le USFSA fut lancée lors de la conférence du CFSC à la Nouvelle Orléans.

En perspective
Depuis le lancement de l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire aux Etats Unis (USFSA), la souveraineté et la justice alimentaire dans le pays fait face à de nouveaux défis. Au nom de « l’austérité fiscale », le congrès national menace de suspendre à des milliers de familles le programme de coupons alimentaires et d’autres programmes sociaux.
Sept états dans les États Unis ont passé des lois « bâillon » qui interdisent de documenter et de disséminer les erreurs du secteur de l’agrobusiness. Un état policier toujours plus fort a déclaré la guerre aux jeunes de couleur. Mais par ailleurs, il y a de nombreux signes d’une nouvelle vague émergente et croissante de mouvements populaires de masse pour #BlackLivesMatter (#La vie des personnes noires comptent), la justice climatique, les actions contre Monsanto, etc.
En octobre, l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire aux Etats Unis tiendra la troisième Assemblée Générale de ses membres et attribuera le septième Prix de la Souveraineté Alimentaire à Des Moines (Iowa), du 13 au 15 Octobre. Nous allons atteindre notre étape de cinq ans et maintenons notre mission de mener la lutte mondiale pour la justice alimentaire et la souveraineté alimentaire en construisant petit à petit une confiance et un leadership des familles de la classe ouvrière et des communautés de couleur pour récupérer leur vie et leur corps du contrôle du racisme structurel. En réunissant des ONG et des organisations de base dans une alliance large avec différents secteurs sociaux des Etats Unis et de l’étranger, le USFSA représente un espace essentiel pour la défense de la justice et de la souveraineté.
Pour plus d’information sur le USFSA, contactez Saulo Araújo et Tristan Quinn-Thibodeau, WhyHunger.

Encadré 3 : Black Lives Matter [3]

Le mouvement pour la justice alimentaire est une réflexion sur la montée de la résistance sociale et politique contre le racisme structurel. Contrairement aux affirmations traditionnelles d’une « société post racisme », une poussée alarmante de violence institutionnelle contre les jeunes Afro-Américains et les gens de couleurs aux Etats Unis a accompagné les crises alimentaire, du pétrole et financière. Les mouvements pour la justice et la libération comme #BlackLivesMatter [4] font qu’il est à présent impossible d’ignorer le problème de racisme, tant à gauche comme à droite.

Le 8 aout, un candidat progressiste à la présidence et sénateur du Vermont, Bernie Sanders [5] venu à Seattle pour parler de la sécurité sociale et de l’assurance santé (Medicare) fut interrompu lorsque deux membres de la cellule locale de #BlackLivesMatter sont montés sur la scène. Le 9 aout est la date anniversaire un an après le meurtre de Michael Brown à Ferguson (Missouri) perpétré par la police et les 2 agitateurs réclamaient 4 minutes et demi de silence en mémoire des 4 heures et demi durant lesquelles la police a laissé sur la rue le corps sans vie de Michael Brown. Ils ont également critiqué Sanders et d’autres progressistes pour ne pas aborder la question du racisme. Beaucoup de gens dans cette assistance principalement blanche sont devenus furieux contre les 2 protestataires et ont demandé de laisser le sénateur continuer son exposé mais Sanders a quitté la scène. Il a, un peu plus tard, diffusé un communiqué écrit déclarant qu’il était « déçu parce que il n’y a pas d’autres candidats qui se battent autant que lui pour la réforme de la justice criminelle et sur la nécessite de combattre le racisme. »

Depuis cet événement, il y a eu de nombreux débats pour savoir si ce fut positif pour #BlackLivesMatter. Certains croient que c’était nécessaire pour amener les progressistes blancs à assumer une responsabilité sur le racisme structurel. D’autres ont exprimé une confusion sur le fait que ce soit Sanders qui était visé alors qu’il a toujours été un défenseur des droits civiques. Cette protestation n’était cependant pas seulement à propos de Sanders : c’était pour le manque d’engagement de tous les progressistes blancs dans la lutte contre le racisme. Alors que Sanders a pu être déçu par les résultats de cette journée, cette expérience pourra finalement être précieuse pour lui. Elle lui a montré ce qui est important pour les gens, tout en lui donnant une opportunité pour aborder ces sujets et pour obtenir des soutiens. #BlackLivesMatter pousse les progressistes à avoir les discussions difficiles sur le racisme et force certaines figures politiques à agir. Ils font clairement comprendre aux candidats et au public que nous ne pouvons pas aller de l’avant sur le plan politique sans aborder la violence du racisme structurel.

Pour lire la presse sur cette histoire : http://www.seattletimes.com/seattle-news/politics/black-lives-matter-protesters-shut-down-bernie-sanders-rally/

Pour avoir la perspective d’un homme indigène qui était présent à cet événement : http://www.thestranger.com/blogs/slog/2015/08/13/22694043/guest-editorial-i-support-bernie-sanders-for-president-and-i-also-support-the-black-lives-matter-takeover-in-seattle