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Bulletin n° 23 - L’écho des campagnes

lundi 14 septembre 2015, par Manu

L’écho des campagnes 1

Justice Alimentaire 2.0
LaDonna Redmond, Fondatrice et directrice exécutive de The Campaign for Food Justice Now, http://www.cfjn.org/

Je suis devenue une militante pour la sécurité alimentaire quand mon fils Wayne a commencé à développer des allergies alimentaires de très bonne heure et j’ai voulu lui donner la nourriture la plus saine possible. Je n’étais pas plus différente que la plupart des mères de ma communauté. Je voulais le meilleur pour mon fils. Mais cette nourriture – la meilleure qui soit – n’était pas disponible dans mon quartier ducôté ouest de Chicago. Je vis dans une communauté où il est plus facile de se procurer unearme semi-automatique qu’une tomate. La question de la santé publique de la violence est liée au problème des maladies chroniques alimentaires.

Pour moi, Justice Alimentaire 2.0 est vraiment basée sur le récit des gens de couleur. Le mouvement de la justice alimentaire raconte l’histoire du colonialisme et de l’impact du traumatisme historique sur les communautés de couleur.

Nous comprenons que l’import des esclaves africains aux Etats-Unis a fourni la main d’œuvre pour ce que nous appelons aujourd’hui notre système alimentaire industriel. L’essence même de ce que je crois être les problèmes dans nos communautés, surtout lorsque nous parlons de l’accumulation de richesse et le manque de santé, se trouve vraiment être le débat autour de l’esclavage.Nous n’avons pas réconcilié le résultatmême de l’esclavage ou son impact. Pour nous, la justice alimentaire n’est pas seulement à propos de nutrition. Ce n’est pas seulement cultiver la nourriture. Cela concerne la dignité. C’est d’être visible.

Nous pouvons réussir si nous sommes capables de reconnaitre que nous n’avons jamais eu une justice alimentaire aux Etats-Unis et nous devons nous joindre et créer unrécit où chacun d’entre nous s’assoit autour d’une table et construit le système alimentaire dont nous avons besoin. Réclamez vos cuisines. Réclamez vos chaises et votre table. Cuisiner votre nourriture. Faites à manger. Apprenez d’où vient votre nourriture.
Récit adapté de la présentation sur TEDxManhattan, 2013 “Food + Justice = Democracy”

L’échos des campagnes 2

L’autonomisation communautaire et la résistance à Détroit
Malik Yakini, fondateur et directeur exécutif de la Detroit Black Community Food Security Network, http://detroitblackfoodsecurity.org/

A Détroit, nous avons en ce moment une population d’environ 700 000 personnes, comparée à celle initiale de 1 900,00. La ville s’est dépeuplée de manière considérable à cause du déclin de l’industrie automobile et dans les années 50 et 60, des fuites résidentielles des Blancs, et plus récemment, des fuites résidentielles des Noirs de classe moyenne. Nous connaissons un chômage très élevé, estimé entre 18 et 20%. Il n’y a pas de grandes chaînes de supermarché à Détroit. Cela conduit à la majorité de la population à se procurer de la nourriture dans les stations-services et supérettes. La plupart de cette soi-disant nourriture dans ces endroits est emballée dans du polystyrène, des boîtes et des paquets. Le territoire géographique de la ville est d’environ 143 km². De ces 143 km², environ un tiers de la ville est vide, à cause de sa dépopulation et du désengagement volontaire de la ville de Détroit.

La réalité de ce dernier, est que la ville de Détroit et ses habitants en sont punis. Et l’une des raisons pour laquelle nous sommes punis est celle des 50 ans et plus de la lutte pour l’autonomisation de la population noire dans la ville de Détroit. Environ 80% de la population est Afro-Américaine et nous vivons dans une zone métropole où le racisme est le plus polarisé des Etats-Unis. Nous voyons à présent de plus en plus de zones urbaines à l’intérieur de Détroit s’embourgeoiser. Nous voyons de jeunes blancs à la mode emménager dans le cœur de la ville et nous assistons au déplacement de ses habitants de longue date. Tout cela se déroule sur fond d’une des choses les plus insidieuses jamais arrivées aux Etats-Unis étant celle des élus de la ville privés de leurs pouvoirs par la nomination d’un directeur d’urgence par le gouverneur de l’Etat du Michigan. En réalité, le vote des habitants de Détroit leur a été enlevé.

Notre organisation se focalise autour de l’autonomisation communautaire et de la résistance. Nous nous intéressons également à la démocratie, au type de démocratie ou les habitants prennent réellement des décisions ayant un impact dans leur propre communauté et dans leurs propres vies… Nous combattons toutes les luttes contre ce double maléfique : le capitalisme et la suprématie des blancs, qui se manifestent non seulement dans la domination industrielle du système alimentaire, mais aussi à l’intérieur de notre mouvement pour l’alimentation et la souveraineté alimentaire. Nous sommes soucieux du fait que nous sommes tous engagés dans le but de nous débarrasser de l’oppression raciale intériorisée. En réalité, ce n’est pas auxiliaire à notre but. C’est le but.
Récit adapté de la présentation lors de la conférence “Food Sovereignty : a critical dialogue”à l’université de Yale en 2013. Pour plus d’information, visitez https://www.tni.org/en/article/food-sovereignty-critical-dialogue-0.

L’échos des campagnes 3

Les ouvriers agricoles, un nouveau genre d’apartheid
Rosalind Guillen, Directrice exécutif, Community to Community, http://foodjustice.org

Je suis une ouvrière agricole qui se rend bien compte que nous somme une toute petite partie d’un système, mais un maillon très important.
Je suis connecté à l’histoire de l’esclavage dans l’industrie agricole de ce pays, parce que nous sommes les nouveaux esclaves. En tant que mexicaine-américaine, je peux affirmer qu’il y a un nouveau groupe d’esclaves qui apportent énormément de richesse à l’industrie agricole du pays.
Dans beaucoup des communautés où nous travaillons aux Etats-Unis, nous apprenons à vivre sous un régime de quasi-apartheid, un apartheid économique, un apartheid social et, bien sûr, un apartheid racial. Nous sommes cachés ; nous sommes silencieux ; nous travaillons.
L’espérance de vie moyenne d’un travailleur agricole aux Etats-Unis reste de 49 ans. C’est le prix à payer afin de maintenir le rythme de production requis par l’industrie agricole pour que vous (les consommateurs) puissiez avoir vos petits fruits et légumes frais. Et il y en a parmi nous ceux qui meurent avant d’atteindre cet âge. A Pasca, Washington, Antonio Zambrano a été tué par la police après avoir lancé une pierre, un geste traduisant sa frustration devant la pauvreté dans laquelle il vivait et le manque de respect que lui et sa famille avaient senti pendant tant d’années.
Pour nous, la politique agricole signifie que nous continuons à utiliser les pesticides. La politique agricole veut dire que le salaire à la pièce est légalisé et institutionnalisé, et que presque tous les travailleurs agricoles doivent obligatoirement accepter afin de recevoir leur paye. Le salaire à la pièce et les pesticides : ce sont les raisons pour lesquelles notre espérance de vie est de 49 ans.
Arrêtez-vous et écoutez-nous, parce que nous sommes des canaris dans la mine de charbon. Dans les champs de Californie, l’industrie agricole est en train de jeter des produits chimiques qui seront ensuite répandus partout dans le pays, ce qui finira par arriver chez vous, le consommateur. Il faut écouter les travailleurs agricoles.
Le chemin se fait en marchant. Nous ignorons à quoi va ressembler ce chemin, mais il faut que nous marchions ensemble et pendant que le chemin se fait il faut que nous vivions bien, ce qui nécessitera l’engagement de tous. Le chemin sur lequel nous marchons ensemble doit mener à la table où on pourra s’asseoir pour manger en famille, tout en sachant que la nourriture sur notre assiette n’a pas été contaminée par l’exploitation des êtres humains et de la Terre Mère.
Article adapté d’une conférence prononcée à l’occasion du 40 anniversaire de Food First en 2015