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Bulletin n° 24 - Sous les feux de la rampe 1

mardi 15 décembre 2015, par Manu

L’importance des forêts, des plantes sauvages et des communs pour la souveraineté alimentaire des communautés et des peuples

En tant que peuples autochtones, nous vivons en harmonie avec la Terre mère depuis des milliers d’années. Nous dépendons d’elle pour nous nourrir, nous soigner et nous abriter. Nous n’en sommes donc pas les propriétaires ; nous en faisons, plutôt, totalement partie. Les arbres de toutes les espèces peuplent la terre, lui donnant vie et force. Gardienne du vivant, la terre est aux racines et à la source de notre culture. Pour toutes ces raisons, les forêts, les bois et les plantes sauvages, qui sont des biens communs pour nos peuples et communautés, revêtent-ils une importance cruciale et est-il nécessaire d’en prendre soin grâce à nos connaissances traditionnelles.


Les forêts, une pharmacie à ciel ouvert

La forêt nous procure les herbes et les plantes dont nous avons besoin pour soigner les maladies. Depuis des temps immémoriaux, ces plantes ont occupé une place fondamentale dans la vie des peuples. En outre, soulignons que plus de 25 % des médicaments modernes sont obtenus à partir de plantes issues des forêts tropicales.

Les forêts, un habitat pour les plantes et les animaux

Il a fallu entre soixante et cent millions d’années aux forêts tropicales pour se développer, si bien que l’on estime qu’elles constituent l’écosystème le plus ancien et le plus complexe au monde. Elles abritent plus de trente millions d’espèces animales et de variétés de plantes, soit la moitié de la faune et au moins les deux tiers des espèces végétales présentent sur la planète. De plus, elles nous ont fourni tout ce qui est nécessaire pour faire vivre notre monde. Au regard de leurs fonctions protectrices, régulatrices et productives pour notre souveraineté alimentaire, les forêts sont des écosystèmes essentiels à la vie.

Les forêts régulent notre climat

Telles de grandes éponges, les forêts tropicales retiennent l’eau. Leurs arbres puisent l’eau dans le sol et la rejettent dans l’atmosphère sous forme de nuages et de brume. Il est largement reconnu que les arbres absorbent le dioxyde de carbone que nous expirons et fournissent l’oxygène dont nous avons besoin pour respirer. La déforestation est considérée comme l’un des principaux moteurs du changement climatique, dont les effets négatifs affectent nos vies dans les territoires : perte de biodiversité, pénurie hydrique, déplacement forcé des populations vers d’autres régions et, en conséquence, perte de nos droits.

En tant que peuples autochtones et communautés locales, nous savons que personne ne peut aimer ce qu’il n’a pas appris à connaître. Pour protéger son environnement, l’être humain doit l’aimer, et pour l’aimer il doit le connaître. En tant que communautés, nous avons le droit d’utiliser ce que la Terre mère nous offre, en toute liberté, mais sans jamais utiliser plus que ce qui est nécessaire et sans cesser d’en prendre soin. Dans nos mers, nous devons pêcher juste ce qui est nécessaire ; dans nos forêts, nous devons couper juste ce qui est nécessaire. Car nous savons l’importance de notre terre, de notre territoire et de nos ressources naturelles, en un mot, de nos biens communs : sans eux, nous ne sommes rien et il ne peut y avoir de souveraineté alimentaire pour le monde.

La Terre mère est dépositaire de notre mémoire ; elle accueille nos ancêtres. À ce titre, elle mérite que nous la traitions avec égards et que nous lui rendions avec tendresse et respect les biens qu’elle nous offre. Il est donc fondamental d’assurer la transmission à nos générations futures de nos connaissances traditionnelles permettant de prendre soin de la Terre mère pour que nos peuples continuent à en recevoir les bienfaits.

Taina Hedman, Conseil International des Traités Indiens