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Bulletin n° 24 - L’écho des campagnes

mardi 15 décembre 2015, par Manu

L’écho des campagnes 1 - Les pratiques de collecte reflètent la stratégie d’utilisation durable de la terre d’une communauté

M. Somneuk Buddwarn, Communauté de Ban-Thap-Heua-Parak-Moo, District de Nayok, Province de Trang, Thaïlande

La communauté de Ban-Thap-Heua-Parak-Mooest située au sud de la Thaïlande, et la majorité de la population est paysanne. La collecte des produits de la forêt constitue une source importante de subsistance, à la fois dans l’alimentation et dans l’apport d’un revenu supplémentaire. Selon la saison, ils glanent différents produits dans la forêt : des pakria (haricots), différentes espèces de champignons, du miel, des pousses de bambou.

Ces pratiques reflètent la stratégie de la communauté relative à l’utilisation durable de la terre et à la gouvernance ; les villageois doivent respecter des règles et des normes pendant la récolte des produits de la forêt. La terre est gérée selon des principes de propriété collective. La majorité de la terre est consacrée à une agriculture diversifiée, sans produit chimique et destinée, en grande partie, à la consommation locale et aux marchés locaux. La monoculture n’est pas acceptable pour la population locale et des terrains sont consacrés à la plantation d’arbres utilisés pour la construction des maisons et autres besoins, ce qui leur permet d’éviter d’abattre illégalement les arbres des forêts locales.

Selon Somneuk, il est important de respecter la durabilité écologique et sociale dans l’utilisation des terres et des forêts et les populations locales qui vivent dans cette zone depuis plusieurs décennies ont prouvé qu’il est possible de vivre en harmonie avec les forêts et la nature. Mais les perceptions négatives des représentants du gouvernement qui pensent que les villageois ne peuvent pas coexister avec les forêts et la nature, les inquiètent.

En s’appuyant sur ce préjugé, le gouvernement tente de séparer les communautés locales de la nature, comme le met en évidence le plan national d’aménagement de la forêt introduit par le gouvernement militaire peu après le coup de 2014. Ce plan d’aménagement donne au gouvernement le pouvoir de confisquer les terres des villageois et de les expulser sans procédure juridique. Il est donc urgent que les populations de Ban-Thap-Heua-Parak-Moo sensibilisent les représentants du gouvernement sur ce que la durabilité signifie pour eux et comment leur mode de vie est en harmonie avec la nature.

L’écho des campagnes 2 - “Non signifie non”

Le chef Joseph Chio Johnson, un ancien Jogbah Clan, District No. 4, Région Grand Bassa – Libéria

Ces dernières trois années, mon peuple et moi-même avons rencontré l’entreprise Equatorial Palm Oil (EPO) afin de discuter de leur intention de prendre nos terres et d’y installer des plantations de palmiers à huile. Nous avons rencontré cette entreprise plus de 25 fois et chaque fois nous avons dit « non » à leur demande. Nous avons rencontré la Présidente Ellen Johnson Sirleaf en 2014 pour lui demander de dire à cette entreprise de nous laisser tranquille.

L’entreprise a continué à nous rendre visite et à insister pour que nous leur laissions nos terres. Le 3 novembre 2015, nous leur avons dit que nous ne voulions plus les rencontrer, car, pour nous « non signifie non ». L’entreprise dit qu’elle veut nous aider à nous « développer ». Mais lorsque je vais dans leurs plantations, je me rends compte que les gens qui y travaillent et y demeurent, ne vivent pas mieux que nous. Je vois leurs enfants laver les vêtements sales dans le ruisseau et je vois leurs femmes aller chercher de l’eau dans le ruisseau pour la cuisine. La majorité habite dans des huttes couvertes de chaume ; peu d’entre eux habitent dans des maisons avec un toit en métal.

Je suis heureux que nous ayons toujours nos terres. Nous cultivons nos propres légumes. Avec notre terre, nous conserverons toujours notre liberté et notre dignité. Je refuse leur développement qui ferait de mon peuple et de moi-même des sans terre.

Pour plus de photo et d’informations (dont une pétition pour aider le clan Jogbah à protéger leur territoire), rendez-vous sur le site : http://cargocollective.com/sdiliberia/The-Clan

L’écho des campagnes 3 - La loi Montoro : une condamnation à mort pour le village ?

Daniel Boyano Sotillo, Collectif Jardin du puits, Espagne

La loi sur la « rationalisation et la durabilité des autorités locales » connue sous le nom de « loi Montoro » qui est entrée en vigueur le premier janvier 2014, sans dialogue préalable ni consensus avec les autorités affectées – aura un effet dévastateur sur les populations rurales et les territoires en Espagne.

La crise rurale actuelle va s’intensifier puisque cette loi encourage un pillage caché et l’expropriation des municipalités locales et autres autorités locales ainsi que des conseils de quartiers et des conseils ouverts* qui représentent de réels exemples de vrai démocratie. Le Conseil ouvert, par exemple, est une forme d’organisation sociale développée pour gérer les ressources naturelles utilisées par les riverains. Ces conseils ne font pas partie de l’état ni du marché, ils gèrent et règlementent les systèmes de ressources par le biais d’assemblées communautaires avec une participation directe depuis de nombreuses années.

D’après cette nouvelle loi, les conseils régionaux et leur « consortium de gestion » seront responsables de l’administration des forêts publiques, des terres communes et de l’eau, de la chasse, de la mycologie et des ressources ligneuses. Ces consortiums travaillent déjà avec de grandes entreprises de construction et de services qui ne recherchent que le profit financier. Le gouvernement calcule qu’il peut tirer 21 millions d’euros d’environ 4 millions d’hectares de terres rurales au niveau national. Il est également estimé que cette loi détruira le tissu économique local car elle entrainera la perte de 200.000 emplois dans l’Espagne rurale.

Nous avons le devoir vis à vis de nos ancêtres, de la société, de la nature et de nos valeurs morales, de nous organiser en tant que société civile et de lutter contre cet autoritarisme. Nous devons assurer que ces petites instances de pouvoir local et leur héritage perdurent ainsi que les Conseils ouverts, les Conseils de quartier et les Associations volontaires de services qui garantissent la participation de la société par la démocratie directe.

* Pour en savoir plus sur les Conseils ouverts
http://www.soberaniaalimentaria.info/publicados/numero-17/71-el-concejo-abierto
Signer ici contre la loi Montoro : http://www.stopexpolio.com/pagina-de-firmas-contra-la-ley/
Campagne : Cette ville n’est pas à vendre http://www.estepueblonosevende.es/2013/11/presentacion-campana-este-pueblo-no-se.html

L’écho des campagnes 4 - Les habitants du village respectent certaines normes collectives

Ms. Kusuma Kampin, Communauté de Huaykontha, District de Lom Sak, Province de Phetchabun, Thaïlande

« Nous savons quand, comment et quels produits glaner dans la forêt. Normalement nous ramassons différentes espèces de champignons pendant la saison des pluies, des pousses de bambou au début de la saison des pluies et des vers de bambou et des légumes locaux en été » explique Kusuma, quand nous lui demandons de nous parler des pratiques de collecte des produits de la forêt locale.
La collecte de produits de la forêt est une source importante de nourriture et de subsistance pour les habitants du village de Huaykontha. La collecte se fait principalement à des fins alimentaire ou pour générer un petit revenu. Il n’existe aucune « règle » écrite sur ces pratiques de cueillette, tous les habitants doivent respecter certaines normes collectives, par exemple : ne pas couper toutes les pousses de bambou, en laisser au moins une qui repoussera ; faire des trous dans le bambou pour attraper les vers mais ne jamais couper le bambou.

Huaykontha est située dans une zone contestée où les représentants du gouvernement accusent les habitants d’avoir envahi illégalement la forêt et de s’y être installés, alors que les habitants déclarent qu’ils demeuraient dans cet endroit bien avant que la terre n’ait été désignée comme sanctuaire. Depuis le coup d’état militaire de mai 2014, les habitants du village sont victimes de menaces et d’intimidations croissantes de la part des représentants du gouvernement qui s’efforcent de limiter leur accès à la terre et particulièrement leur utilisation des terres agricoles. Des punitions sévères ont été introduites pour sanctionner la collecte de produits de la forêt. Cependant, grâce à une forte cohésion communautaire et à de précaution (dont la surveillance régulière du mouvement des représentants du gouvernement dans la région), les habitants du village peuvent continuer leur pratiques traditionnelles.

L’arrivée d’étrangers qui collectent les produits de la forêt inquiète également la communauté Huaykontha. Les étrangers collectent les produits à des fins commerciales et d’une manière destructive qui dégrade et épuise la forêt ce qui justifie les accusations des représentants du gouvernement qui accusent les villageois de détruire la forêt et qui imposent de sévères sanctions. Selon Kusuma, « ces gens viennent et repartent mais nous vivons dans le village et leurs pratiques nous causent beaucoup de problèmes. Le rôle de l’état devrait être de nous protéger et de maintenir notre mode de vie et la subsistance des habitants du village, mais ce n’est jamais le cas. Ils nous considèrent toujours comme des criminels. Ils n’essaient jamais de comprendre que notre mode de vie est durable, voilà le problème. »

L’écho des campagnes 5 - J’ai appris à être le porte-parole de la forêt

Jean François Mombia Atuku, RIAO General Coordinator, République Démocratique du Congo

Ma plus tendre enfance a été passée sur le fleuve Congo. J’aimais prendre ma pirogue et sillonner le fleuve d’un bout à l’autre. Comme les enfants de la forêt connaissent les arbres et toutes les espèces, moi je connais chaque petite partie du fleuve avec précision. J’aime le fleuve mais j’aime aussi la forêt et c’est pour cela que j’aime la défendre face aux menaces des entreprises de toutes sortes qui opèrent en toute impunité dans mon pays la République Démocratique du Congo (RDC).

J’ai appris à être le porte-parole de la forêt en travaillant avec les communautés Pygmées dans le village de Boteka. Dans toutes les provinces du Congo, la pression sur les ressources naturelles est grave et les communautés font face à de graves menaces pour assurer une alimentation à leurs familles. Les entreprises détruisent les forets et les champs et des espèces très nutritives comme les chenilles sont en voie de disparation. Pourtant ces chenilles constituent la base de l’alimentation des communautés et sont culturellement au centre de la vie de ces peuples. Les populations de nos villages vivent principalement de l’agriculture mais depuis quelques années, la pratique de cette agriculture est devenue très difficile car de nombreuses terres ont été volées à nos communautés pour être donné à des multinationales comme Unilever et Feronia depuis des centaines années. Il nous faut reprendre ces terres sinon la difficulté de nourrir les populations va encore s’aggraver. Le combat du RIAO et de ses membres est très important pour arrêter les inégalités et mettre fin au colonialisme dans les champs en RDC.

L’écho des campagnes 6 - La forêt ne se résume pas à planter puis à récolter


Vincent Magnet, Nature sur un Plateau, Limousin, France

Je m’appelle Vincent, j’ai 40 ans et je fais partie à titre bénévole d’une association locale. Nature sur un Plateau agit sur le Plateau de Millevaches, une moyenne montagne granitique vallonnée et très peu peuplée du centre de la France. Notre territoire est aujourd’hui très forestier (54%).

A cause de l’exode rural, la forêt a remplacé les landes sous deux formes bien différentes, les feuillus spontanés et les résineux plantés massivement en monocultures. Désormais, nous assistons à d’énormes coupes à blanc de l’ensemble.

Il y a chez nous une grande méconnaissance de la forêt et de la manière de l’exploiter correctement. Notre association a proposé aux élus locaux qu’une parcelle publique enrésinée de 4 hectares soit mise à disposition de l’association pour une longue durée. Ceci afin de la gérer selon plusieurs modes et montrer ainsi à la population locale que la forêt ne se résume pas à planter puis à récolter.

Les arguments en faveur de la forêt continue, mélangée (feuillus et résineux), donc sans coupes à blanc systématiques sont multiples :

• Écologiquement, en coupant des arbres âgés ici et là, on maintient la forêt en place et su biodiversité. La petite trouée sera très vite comblée par les jeunes arbres en dessous. Il est prouvé qu’une forêt pérenne mélangée et stratifiée est bien plus robuste aux divers aléas (tempête, ravageurs, sécheresses, maladies).

• Économiquement, il est toujours plus intéressant de couper des arbres âgés et de qualité. Un arbre croit beaucoup plus vite en volume sur la seconde moitié de sa vie et le rendement matière sera meilleur. Sans coupes à blanc, la croissance de la forêt ne repart pas à zéro à chaque fois, la production de bois est donc continue et permanente.

• Enfin, socialement, l’exploitation réfléchie et collective d’une forêt permet de créer en grand nombre des emplois très valorisants et rémunérateurs. La création d’activités permettant la transformation et l’utilisation locale et du bois peuvent aussi générer rapidement une véritable richesse pour l’économie locale tout en préservant la qualité et la diversité de l’écosystème forestier.