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Bulletin n° 26 - L’écho des campagnes

lundi 13 juin 2016, par Manu

L’écho des campagnes

La lutte pour protéger la planète fait partie de notre lutte de tous les jours pour la vie
María Everarda, Guatemala, CONAVIGUA
Je m’appelle Everarda de León. J’ai 42 ans et je suis née dans la ville de Maya Achí. Je travaille pour le comité de coordination national des veuves du Guatemala (CONAVIGUA), une organisation membre de La Vía Campesina. Nous ne possédons pas de terres. À la place, nous louons des lopins dans lesquels nous semons des haricots, du maïs et des légumes. Aujourd’hui, les changements climatiques compliquent énormément la production. Nous croyons que c’est un résultat de la destruction de notre Terre mère. Depuis l’an 2000, même la production de cultures vivrières est devenue difficile. Le rendement des terres a dégringolé, les rivières se sont asséchées et les barrages hydroélectriques ont détruit nos coteaux.
La lutte pour protéger la planète fait partie de notre lutte de tous les jours pour la vie ; pour les capitalistes, la terre n’est qu’une autre marchandise. La propriété de la terre est de plus en plus concentrée, les fermes de plus en plus grandes. Nous voulons une réforme agraire complète fondée sur des principes et des valeurs. Cette réforme devra être inclusive, pas seulement pour assurer la souveraineté alimentaire, mais aussi la survie des communautés. J’ai deux enfants. La vie est très difficile pour les enfants de nos jours. Je pense que les luttes des femmes ont donné aux nouvelles générations la possibilité d’une vie digne. Elles ont ouvert la voie à la possibilité d’une vie rurale épanouie, en harmonie avec la Terre mère.

Il revient aux jeunes de réaliser le rêve d’une réforme agraire !
Zainal Fuad, Indonésie, SPI
Je m’appelle Zainal Fuad. Ma famille vit au Java oriental. Nous produisons de la cassave, du maïs et des arachides. Je siège au Conseil national de l’Indonesian Peasant Union (SPI, syndicat paysan de l’Indonésie) – lequel est aussi membre de La Via Campesina en Asie de l’Est et du Sud-est.
En Indonésie, avant l’indépendance, les Hollandais se sont emparés de millions d’hectares de terres. Même si après l’indépendance la terre a été nationalisée au moyen de réformes agraires qui ont commencé dans les années 1960, ce fut un échec à cause de la vague de capitalisme qui nous a frappés, que poussaient agressivement les grandes sociétés privées et l’État. Ce processus se poursuit même maintenant.
Le SPI milite en faveur de la réforme agraire en occupant des terres ! Nous avons ciblé l’occupation d’un million d’hectares de terres d’ici 2019, tout en faisant pression sur le gouvernement pour qu’il distribue environ 9 millions d’hectares. Ce mouvement est important pour nos paysans qui ne disposent que de très petites superficies ou sont sans terre. Nous avons besoin de terres pour subvenir à nos besoins. Sur les terres occupées, nous produisons en appliquant les méthodes agroécologiques et distribuons notre production à travers nos coopératives. C’est un grand défi que de mobiliser les jeunes et les garder sur la terre. Nous avons relevé ce défi parce que nous croyons qu’il revient aux jeunes de réaliser le rêve d’une réforme agraire !

Nous maintenons toujours une relation spéciale avec notre terre
Themba Chauke, Afrique du Sud, LPM
Je m’appelle Themba Chauke, membre du mouvement des sans terre (Landless People’s movement) d’Afrique du Sud. En Afrique du Sud, nous connaissons une des pires sécheresses dont on se souvienne. Causée par El Niño, elle fait augmenter de plus en plus le prix des aliments. Il est urgent que le gouvernement mette en œuvre une réforme agraire favorisant une forme d’agriculture que les gens peuvent comprendre. C’est ce que nous appelons l’agriculture paysanne ou l’agroécologie. Nous n’y utilisons pas d’intrants agrochimiques — à la place, nous utilisons ce que nous avons ainsi que les semences en notre possession. Ma famille provient de la région où se trouve maintenant le Parc national Kruger. Elle a été expulsée de ces terres à l’époque de l’apartheid, dans les années 1960. Mais nous maintenons toujours une relation spéciale avec notre terre d’origine et nous y pratiquons nos rituels. Lorsque je grandissais, j’allais souvent aux champs pour voir ce que ma communauté faisait sur les fermes — je voulais aider et apprendre. C’est ainsi que j’ai appris l’agriculture. Je dis même à ma jeune fille de 11 ans qu’elle doit respecter cette forme d’agriculture et qu’elle devrait toujours appuyer les petits paysans. Dans le réseau de La Via Campesina, les paysans et paysannes apprennent les uns des autres de nouvelles techniques d’agroécologie, une activité très importante dans le contexte actuel.

Être paysan signifie être fier !
Attila Szocs, Roumanie, Eco Ruralis
Je m’appelle Attila Szocs. Je suis un producteur de semences de la Roumanie et je suis membre d’une organisation paysanne appelée Eco Ruralis. Je produis des semences paysannes que je distribue dans notre réseau. Des membres d’Eco Ruralis et moi, nous travaillons une ferme collective située à proximité de notre siège social où nous produisons nos semences. À la Conférence internationale sur la réforme agraire, j’ai eu le plaisir de connaître le travail du MST et ses idées à propos de la gestion des terres. La réforme agraire est devenue un besoin urgent en Europe et en Europe de l’Est. En Roumanie, trois paysans disparaissent chaque heure et le pays adopte l’agro-industrie. C’est important de garder les paysans et paysannes sur la terre et aussi de s‘assurer que nos jeunes se passionnent pour l’agriculture. La réforme agraire constitue une alternative. Nous avons besoin de ce concept pour produire de manière agroécologique et les paysans roumains sont les seules personnes qui peuvent le faire dans la société roumaine. C’est aussi important que La Via Campesina soit présente en Roumanie. L’énergie et l’enthousiasme du mouvement sont une inspiration et il est important pour nos membres d’observer cette énergie et de savoir qu’être paysan signifie être fier.