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Bulletin n° 32 - Justice Climatique

L’écho des campagnes

jeudi 14 décembre 2017, par Manu

Les Voix de la COP23

Manuel Pereira Araujo, MOKATIL - Est Timor :
Nous sommes commvaincu que la terre est notre corps, l’eau est notre sang et la lumière du soleil, notre énergie.

Marthin Hadiwinata, Kesatuan Nelayan Tradisional Indonesia (Pêcheurs traditionnels d’Indonésie) - Indonésie :
Les Nations Unies mettent en avant le concept de "Carbonne Bleu" comme une solution du changement climatique. Le carbonne bleu se réfère au carbonne qui est stocké dans les écosystème côtiers, comme les mangroves. Les mangroves peuvent absorber jusqu’à dix fois la quantité de carbonne qu’une forêt de pins par exemple. Toutefois, ces soit-disant régimes de carbonne-bleu sont comparables aux REDD (Reduced Emissions from Deforestation and Forest Degradation ) Réduction des émissions de CO2 provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts/ Le problème est que ces systèmes excluent les personnes qui ont compté sur les écosystèmes côtiers pendant des générations comme source de nourriture et de médicaments. Les schémas de carbone bleus conduisent également à la criminalisation des pêcheurs. En vertu de la législation côtière en Indonésie, les personnes qui tentent d’accéder à ces mangroves « protégées » peuvent être arrêtées et inculpées. Le carbone bleu met d’avantage en danger les populations locales en privatisant leurs moyens de subsistance.

Katia Avilés-Vásquez, Organisation Boricuá pour l’Agroécologie - Puerto Rico :
À Porto Rico, après les ouragans de septembre 2017, les forces de la nature se sont rapidement transformées en problèmes sociaux désastreux créés par les hommes au pouvoir. Les femmes fut les plus touchées. Dans presque toutes les brigades de travail organisées pour faire parvenir des ressources de survie aux populations, l’urgence majeure était de mettre les femmes en sécurité, car les conditions qui étaient auparavant abusives s’étaient transformées littéralement en une question de vie ou de mort. Dans un cas, à Vieques, nous avons utilisé un gros bagage apporté avec de la nourriture pour aider une femme à échapper à une situation violente. Les femmes sont en première ligne lorsqu’une catastrophe survient. Mais elles ont aussi le plus grand rôle à jouer dans la reprise.
La plupart des personnes en charge de l’organisation des brigades de travail sont des femmes. Cependant, les porte-parole et les décideurs ont tendance à être principalement des hommes parce que les caractéristiques associées à ceux qui prennent le micro et se lèvent sont principalement des caractéristiques masculines. On nous apprend à refuser les qualités féminines. En parlant d’une transition juste dans les Caraïbes, il est très important de remettre en question cette notion de ce que nous considérons comme fort, de ce que nous considérons comme du leadership et de ce que nous considérons comme un succès. La Terre Mère est féminine. La puissance féminine nous a envoyé un ouragan pour nous secouer et nous rappeler que ces hommes doivent mettre fin à leur dépendance au pétrole et aux carburants fossiles.

Massa Koné, Convergence Globale des luttes pour la Terre et l’Eau - Mali :
Il était important pour nous de montrer notre résistance en étant présents à la COP23. Tout d’abord, je pense que parmi les nombreuses actions que nous avons menées à la COP23, l’action directe Ende Gelände (« Ici et pas plus loin ») contre l’énorme mine de charbon allemande était très symbolique. L’Allemagne n’aurait pas dû tenir la COP23 alors qu’elle avait une grande mine à ciel ouvert. C’est comme s’ils se moquaient de nous. Deuxièmement, je pense que le système capitaliste sonne le glas pour la Terre. Il va la noyer. Par conséquent, nous devons converger ensemble pour suggérer des propositions concrètes pour sortir de là où nous sommes.
Ce que nous devons faire, c’est de rassembler les intérêts de tous les différents courants : les paysans, les pêcheurs, les pasteurs, tous ensemble. Nous ne pouvons pas développer une réponse pour un seul flux, il nous faut des réponses qui prennent toutes les problématiques ensembles. Tous obtiennent leurs réponses à travers des solutions concrètes que nous appelons agroécologie et souveraineté alimentaire. Cette proposition inclut la reconnaissance des droits communs, l’autonomie des semences et l’autonomie de tous les acteurs de la production alimentaire. À un moment donné, à mesure que nous grandissons, nous serons une grande masse contre le système. Cette masse amplifiera notre lutte. Nous obtiendrons des résultats le jour où toute une masse de personnes se lèveront ensemble contre le système.


Fanny Métrat, Confédération Paysanne - France :

Les solutions proposées par les gouvernements à la COP23 bénéficient aux multinationales. Les gouvernements ne parlent jamais de réduire la dépendance aux combustibles fossiles ou de réduire la consommation ou les déchets. Ils parlent plutôt de marchés du carbone. Les marchés du carbone donnent aux entreprises qui ont le plus d’argent la capacité de payer afin de continuer allègrement à polluer. Les marchés du carbone sont une fausse solution parce qu’ils favorisent les profits des entreprises. Les gouvernements et les entreprises demandent aux paysans d’accepter de nouveaux organismes génétiquement modifiés et toutes les dernières technologies tout en continuant à promouvoir les grandes fermes industrielles.
Il est important de reconnaître que les fausses solutions sont enracinées dans le patriarcat. Nous ne voyons que des hommes aux tables de négociation et dans les salles des conseils d’administration. Ce sont les hommes de la COP23 qui décident quelles seront les fausses solutions qu’ils vont mettre en place. En revanche, dans La Via Campesina, la lutte féministe est très forte. Nous comprenons l’importance de la révolution féministe. Et avec de plus en plus de parité entre les sexes dans La Via Campesina, nous réussirons à être une structure qui porte la parole féministe avec force.