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Bulletin n° 34 - Migration et Souveraineté Alimentaire

Encadres

samedi 8 septembre 2018, par Manu

Encadré 1 - Lettre ouverte au Forum Mondial sur la Migration et le Développement

À l’attention de la société civile,
À l’attention des institutions multilatérales,
Et à l’attention des mouvements de migrants et de réfugiés,

Le collectif Nyeleni, qui promeut la souveraineté alimentaire comme une alternative susceptible de ralentir la débâcle migratoire actuelle, entreprend, plein d’espoirs, de relayer les initiatives issues de la société civile et les propositions des institutions multilatérales pour trouver une porte de sortie à la situation actuelle afin, en principe, de garantir l’intégrité humaine et le plein respect des droits des migrants et des réfugiés. À ce sujet, nous tenons à exprimer nos inquiétudes quant au tour que prend le processus du Pacte mondial sur les migrations, qui doit être formalisé au Maroc les 10 et 11 décembre prochains. Nous profitons également de l’occasion pour présenter notre position novatrice sur ce processus et pour réaliser nos propres propositions.

Nous sommes préoccupés par le fait que le Pacte mondial sur les migrations s’est détourné de l’aspect crucial des droits de l’homme des migrants et des réfugiés. En effet, le Pacte ne mentionne pas certaines des caractéristiques de la crise migratoire, utilisant des euphémismes comme « les besoins des migrants en situation de vulnérabilité » et « le respect, la protection et la jouissance des droits de l’homme par tous les migrants », mais a également recours à des expressions comme « promouvoir la sécurité et la prospérité dans nos communautés », ce qui signifie que le respect des droits passe après la préservation de la sécurité intérieure et de l’économie.

Il s’agit d’une déclaration extrêmement grave, en particulier dans le contexte actuel, alors que la crise migratoire a pris une ampleur tragique encore inédite dans l’histoire contemporaine. Les familles déchirées à la frontière entre le Mexique et les États-Unis et le confinement des enfants migrants dans des camps de concentration au Texas, le nombre incalculable de morts parmi les réfugiés, en particulier des enfants, des femmes et des personnes âgées qui se noient dans la Méditerranée, les violentes attaques racistes et fascistes dans des grandes villes et les multiples actions intentées contre les migrants dans le monde entier poussent la civilisation à des niveaux de déshumanisation et de barbarisme qui nous ramènent aux plus sombres heures de notre récent passé.

Et pourtant, le titre du Pacte lui-même, « pour des migrations sûres, ordonnés et régulières », indique que l’approche des États est opportuniste et qu’elle vise à favoriser le capital. En d’autres termes, les États, en particulier les plus puissants, considèrent que les migrations génèrent de la force de travail bon marché et disciplinée, permettant ainsi d’accumuler de la richesse et du capital. De la même manière que le système a fait reposer le fardeau de la crise financière de 2008 sur les migrants, il tente maintenant de faire de la tragédie de la migration une opportunité d’augmentation du profit pour les plus riches de ce monde.

Il est également particulièrement inquiétant de constater les différences de traitement entre les migrants et les réfugiés, qui contribuent à masquer le fait que l’expulsion des migrants de leurs terres pour des raisons économiques ou à cause de catastrophes climatiques et l’expulsion des migrants qui fuient des guerres d’occupation et des pillages obéissent aux mêmes raisons inhérentes à la structure du système. Les regards se détournent des forces qui précipitent la migration, de même que des raisons qui poussent à l’exode, et c’est pourtant là qu’il faut viser pour lutter contre les causes structurelles de la migration.

Nous tenons ainsi à exprimer nos inquiétudes, mais également notre ferme volonté de mettre en œuvre des propositions permettant de trouver une issue au drame migratoire.

L’une de ces propositions est d’intensifier notre lutte pour la souveraineté alimentaire, afin que nul ne soit contraint d’abandonner son village pour se nourrir ou pour assurer la subsistance de sa famille. Cela nécessite de lutter pour une charte sur les droits des paysans et pour des réformes de la politique agricole qui soient populaires, publiques et menées par l’État. Il faut également, dans un même temps, mettre un terme à l’appropriation des terres et des ressources naturelles des peuples, ainsi qu’à la spéculation qui en découle, en particulier en stoppant les guerres d’occupation.

Nous avons d’autres propositions que nous souhaitons partager avec la société civile et les institutions multilatérales, et nous n’allons pas nous en priver.

La Via Campesina sera présente au Maroc en décembre pour la formalisation du Pacte mondial sur les migrations, afin de rendre publiques toutes ces préoccupations et de partager nos propositions. La délégation sera menée par nos frères et nos sœurs de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et par une délégation internationale organisée depuis nos régions par l’organisation confrère FNSA (Fédération nationale du secteur agricole).

Nous espérons faire entendre notre message à tous ceux qui veulent bien nous entendre et à tous ceux concernés par le Pacte mondial sur les migrations qui considèrent, vu la catastrophe migratoire causée par le capital, qu’il vaut mieux essayer de mettre en œuvre un Pacte mondial pour la solidarité.

Encadré 2 - La charte du Manden

Les Etats membres de l’ONU s’apprêtent à voter la déclaration des droits des paysan.ne.es Déclaration sur les droits des paysans et autres personnes travaillant en zones rurales en septembre à New York. Mais l’une des premières déclarations des droits fondamentaux fut la charte du Manden, proclamée dans la société des chasseurs malinkés, en 1222 au Mali. La déclaration faisait office de constitution mais avait une portée universelle puisqu’elle s’adressait au monde entier. Elle garantissait le respect de la vie humaine et de l’égalité, l’abolition de l’esclavage et de la faim ! La charte du Manden est inscrite en 2009 par l’Unesco sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Extraits :

Préambule
Le Manden fut fondé sur l’entente et l’amour, la liberté et la fraternité. Cela signifie qu’il ne saurait y avoir de discrimination ethnique ni raciale au Manden. Tel fut le sens de notre combat.
article 1 - Les chasseurs déclarent : Toute vie humaine est une vie. Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie. Mais une vie n’est pas plus « ancienne », pus respectable, qu’une autre vie. De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.
article 5 - Les chasseurs déclarent : La faim n’est pas une bonne chose ; L’esclavage n’est pas une bonne chose ; Il n’y a pas pire calamité que ces choses-là Dans ce bas-monde. Tant que nous détiendrons le carquois et l’arc, la faim ne tuera plus personne au Manden, Si d’aventure la famine venait à sévir ; La guerre ne détruira plus jamais de village au Manden Pour y prélever des esclaves ;
article 7 - L’Homme en tant qu’individu, se nourrit d’aliments et de boissons ; Mais son « âme », son esprit vit de trois choses : Voir qui il a envie de voir, dire ce qu’il a envie de dire, et faire ce qu’il a envie de faire ; En conséquence, les chasseurs déclarent : Chacun dispose désormais de sa personne, chacun est libre de ses actes, tel est le serment du Manden, À l’adresse des oreilles du monde entier.