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Bulletin n° 38 - Les semences paysannes, le cœur de la lutte pour la Souveraineté Alimentaire

Sous les feux de la rampe

lundi 9 décembre 2019, par Manu

Sous les feux de la rampe 1 - Campagne mondiale “Semences paysannes : patrimoine des peuples au service de l’humanité”, un moyen de promouvoir la souveraineté alimentaire

Les semences paysannes sont le patrimoine des peuples au service de l’humanité. Les semences représentent la vie, la base de la production alimentaire mondiale, elles sont essentielles afin que les paysans produisent une alimentation saine correspondant à leur culture et cruciales pour les consommateurs et les citoyens qui recherchent une alimentation saine et variée. Les semences font partie de la culture paysanne, elles sont notre héritage, elles nous permettent de résister, de maintenir notre sagesse ancestrale et de défendre notre identité paysanne.

Cependant, sous couvert d’« amélioration » de la productivité des semences, les industries agroalimentaires ont créé un système semencier néolibéral qui a homogénéisé, appauvri et monopolisé les semences, causant ainsi la perte des trois quarts de la diversité des semences et annihilant une diversité que les peuples – grâce au travail des paysans – avaient mis 10 000 années à créer.

Trois sociétés Monsanto-Bayer, Syngenta-ChemChina et Dupont-Dow, contrôlent plus de 50% des semences commerciales du monde – il s’agit, de plus en plus, de semences génétiquement modifiées pour résister aux herbicides et produire des insecticides. Sous l’impulsion de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce), la Banque mondiale et le FMI (Fonds monétaire international) et par le biais d’accords de libre-échange et de législations semencières protégeant les droits des obtenteurs telles que l’UPOV (Union pour la Protection des Obtentions végétales), ce système semencier permet uniquement la circulation de ses propres semences, et criminalise la sauvegarde, l’échange, l’utilisation, le don et la vente des semences paysannes locales. La situation est telle que les paysans ont perdu le contrôle sur les semences locales, qu’ils sont criminalisés quand ils utilisent et échangent leurs semences du patrimoine et sont fréquemment sujets à des rafles et à des confiscations de leurs semences. La biodiversité est menacée par l’utilisation d’engrais chimiques, de semences hybrides et d’organismes génétiquement modifiés – y compris les conséquences des nouvelles techniques d’obtention- développés par les sociétés multinationales. Les citoyens n’ont accès à une alimentation saine, variée et appropriée à leur culture, qu’avec difficulté.

La Via Campesina et ses alliés luttent pour changer cette situation. Dans le cadre de sa campagne mondiale « Semences paysannes : patrimoine des peuples au service de l’humanité » lancée à Rome en 2001, La Via Campesina et ses organisations membres ont réalisé des formations, des campagnes d’éducation, de soutien mutuel et d’échange de semences. Le mouvement paysan continue à lutter pour que les législations nationales et les traités internationaux garantissent le droit des paysans à sauvegarder, utiliser, échanger, vendre et protéger leurs semences contre le bio-piratage et la contamination génétique ; nous écrivons des livres sur l’histoire des semences, nous effectuons des études et des cartographies. Le réseau mondial d’écoles agroécologiques de La Via Campesina organise également des foires d’échange de semences. La campagne mondiale promeut ainsi la récupération des systèmes traditionnels pour la préservation, le maintien et l’échange des semences locales et le droit collectif inaliénable des paysans sur leurs semences.

Le 16 octobre 2018, lors de la Journée internationale d’action pour la souveraineté alimentaire des peuples et contre les multinationales, La Via Campesina a intensifié sa campagne en appelant à une action coordonnée nommée « Adoptez une semence [1] » . Le mouvement en appelle à chaque paysan/ne, chaque famille paysanne ou communauté pour qu’ils s’engagent à adopter une variété de plante, à devenir le gardien de cette semence, à en assurer sa propagation, reproduction et distribution et à s’engager dans la défense collective de leurs droits à les utiliser, échanger, vendre et protéger. Jusqu’à présent, des paysans du Brésil, de la Palestine, du Paraguay, de l’Inde, de Thaïlande, du Zimbabwe, de la Corée du Sud, de l’Indonésie du Canada et de plusieurs autres pays.se sont engagés dans la préservation de variétés natives et dans la formation d’autres paysans aux techniques agroécologiques – par des actions directes et des foires de semences.

Sans semences, il n’y a pas d’agriculture, sans agriculture, il n’y a pas d’alimentation, et sans alimentation il n’y a pas de peuple !

Sous les feux de la rampe 2 - L’action "Adoptez une semence" parcourir le monde et les territoires

Les semences paysannes sont un patrimoine des peuples au service de l’humanité. C’est une position du mouvement paysan international et aussi le nom de la campagne lancée par La Via Campesina pour défendre et préserver les semences paysannes. Dans le cadre de cette campagne, La Via Campesina a lancé plusieurs fois et dans plusieurs régions du monde l’action “Adoptez une semence” appelant les paysans et les familles paysannes à échanger et multiplier des semences paysannes.

Lors de la journée internationale d’action pour la souveraineté alimentaire, le 16 octobre 2018, La Via Campesina a lancé un appel à ses organisations membres et alliées et à toutes les familles paysannes, afin de participer à l’action "adoptez une semence" (pour plus d’informations à ce sujet, lisez l’encadré 1). La première expérience était au Brésil et son organisation membre le Mouvement des Petits Agriculteurs (MPA).

L’échange mondial a été organisé au Brésil du 29 août au 4 septembre 2018, où une délégation de LVC a parcouru 1700 km à la visite de familles paysannes. Les délégués, venus de Corée, Costa Rica, Palestine, Suisse et du Zimbabwe, représentent des organisations qui sont déjà impliquées dans la conservation des semences au niveau de leurs pays. Lors de cet échange international, les délégués de LVC ont vu de près l’expérience du MPA (mouvement des petits agriculteurs) dans les états de Sergipe et de Bahia au nord-est du brésil, et le système de "maisons de semences" construites pour stocker les semences des communautés paysannes, chapeautés par une "maison mère des semences" qui stocke toutes les semences du territoire et sert également de lieu de production agricole et de formation. L’échange a été aussi l’occasion de débat et d’information sur les lois semencières, sur les pratiques agroécologiques et des expressions de la culture et l’art rural.

Ce 16 octobre 2019, qui est, rappelons le journée internationale de lutte pour la souveraineté alimentaire des peuples a encore été l’occasion d’un échange international de semences paysannes organisé en Palestine par l’Union des Comités d’Action Agricole (UAWC) et La Via Campesina. Des paysans venus des quatre coins du monde ont participé à l’échange : Honduras, Brézil, Puerto Rico, République Dominicaine, Afrique du Sud, Colombie, Pays Basque, Mozambique, Allemagne et Etats-Unis. L’UAWC est forte d’une grande expérience en matière de préservation des semences paysannes, et a créé sa première maison de semences il y a 17 ans à Hebron. La maison a pu sauver certaines variétés de l’extinction et défier l’occupation israélienne qui imposait des semences hybrides commercialisées par Bayer-Monsanto. Toutes les semences de la banque de l’UAWC proviennent des paysans, et passent un processus de vérification qui dure deux ans dans un laboratoire interne avant d’être redistribuées aux paysans (pour plus d’informations à ce sujet, lisez l’écho des campagnes 1).

Le prochain échange international de semences de La Via Campesina aura lieu en Corée en 2020. Des foires d’échange de semences sont organisées dans plusieurs régions du monde par les membres et les alliés du mouvement. L’action "adopte une semence" est un acte de solidarité, de résistance et de mysticisme qui doit être généralisé partout dans le monde, pour préserver les semences paysannes, base de notre agriculture et de notre vie.


[1Pour de plus amples informations se référer à l’encadré 1 de ce document.