Logo_Bulletin




[Nyeleni - Food sovereignty - Newsletter, Bulletin, Boletin]

Accueil > Bulletin n° 43 - Souveraineté alimentaire en temps de pandémie > L’écho des campagnes

Bulletin n° 43 - Souveraineté alimentaire en temps de pandémie

L’écho des campagnes

dimanche 21 mars 2021, par Manu

L’écho des campagnes

1 - Travailleurs dans l’agriculture et l’alimentation

Extraits de Faire Entendre les Voix du Terrain pages 9-13
http://www.csm4cfs.org/wp-content/uploads/2020/10/FR-COVID_REPORT-2020.pdf

Durant la pandémie, les autorités gouvernementales ont qualifié les travailleurs agricoles et du secteur alimentaire de « travailleurs essentiels », ce qui signifie qu’ils ont dû continuer à travailler dans des conditions dans lesquelles ils sont traité comme facilement remplaçables, les employeurs négligeant souvent de mettre en place des mesures de protection adéquates [1]. Le travail qu’ils font est essentiel ; leur santé et leur vie, il semble au contraire, ne le sont pas. C’est le cas des ouvriers des chaînes d’approvisionnement alimentaire qui participent à nourrir la planète – mais qui, paradoxalement, sont le moins à même de se nourrir eux-mêmes parce que leur salaire ou revenu est insuffisant pour assurer leur sécurité alimentaire par l’accès à une nourriture suffisante, saine et nourrissante. Les risques sont élevés dans les industries alimentaires et agricoles en raison de faiblesses systémiques. 5% seulement des ouvriers agricoles bénéficient d’un système d’inspection du travail ou d’une protection légale de leur droit à la santé et à la sécurité. Les foyers de COVID-19 dans des usines de transformation de la viande à travers le monde donne la meilleure illustration des risques élevés et du prix payé par les ouvriers de la viande en assurant l’approvisionnement alimentaire des marchés, magasins, supermarchés, cantines, restaurants, cafés et bars. Des dizaines de milliers d’ouvriers dans les usines de transformation de la viande ont attrapé la maladie à cause d’une combinaison de facteurs : des mauvaises conditions de travail souvent majoritairement des travailleurs migrants, des conditions de travail et de santé et sécurité fréquemment insuffisantes et surpeuplées, et dans certain cas, des conditions d’habitation insalubres [2]. L’industrie mondiale de la transformation de la viande est contrôlée par un petit nombre de grandes multinationales avec un pouvoir important sur les ouvriers et les gouvernements. COVID-19 a mis en évidence comment les entreprises utilisent leur poids politique pour influencer les gouvernements [3]. Alors que des bénéfices colossaux sont réalisés et des dividendes sont payés aux actionnaires, la pandémie est utilisée pour geler les salaires et les avantages de la protection sociale.

Pour plus d’information :

Le COVID-19 et ses répercussions sur l’agriculture et la sécurité alimentaire
https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---ed_dialogue/---sector/documents/briefingnote/wcms_747486.pdf

Instruments et outils de l’OIT en agriculture :

-  Convention sur l’inspection du travail (agriculture), 1969 (nº 129)

-  Convention sur le droit d’association (agriculture), 1921 (nº 11)

-  Convention sur les plantations, 1958 (nº 110)

-  Convention sur les organisations de travailleurs ruraux, 1975 (nº 141)

-  Convention sur la santé et la sécurité dans l’agriculture, 2001 (nº 184)

-  Recommandation sur les socles de protection sociale, 2012 (nº 202)

-  La sécurité et la santé dans l’agriculture. Recueil de directives pratiques, 2011

2 - Paysans et petits exploitants familiaux

Extraits de Faire Entendre les Voix du Terrain pages 20-24
http://www.csm4cfs.org/wp-content/uploads/2020/10/FR-COVID_REPORT-2020.pdf

Les associations de paysans/petits agriculteurs familiaux soulignent que la pandémie a révélé l’insoutenabilité et les insuffisances du système alimentaire global contrôlé par des grandes entreprises, et les inégalités et faiblesses qu’il reproduit. Les mesures de confinement ont impacté de manière disproportionnée les paysans et leurs communautés et d’autant plus les pauvres et les classes ouvrières. Les Etats ont profité de la pandémie pour exercer un contrôle autoritaire plus étendu sur les populations. On a observé une croissance des cas d’expropriation des terres et des ressources en eau, des assassinats de leaders sociaux, ainsi que des violences domestiques à l’encontre des femmes. La pandémie a été utilisée comme une opportunité pour avancer des réformes néolibérales et pro-entreprises dans des pays de toutes les régions. Les fermetures de marchés locaux (fermiers, hebdomadaires, marchés de village etc.) tout en gardant les supermarchés ouverts ont eu des effets désastreux sur les moyens de subsistance des petits producteurs, et n’ont pas étaient justifiées par les besoins de sécurité.

Paysans at agriculteurs familiaux ont été à l’origine de la mise en place d’initiatives et mécanismes pour les personnes et communautés vulnérables. Les associations de paysans ont organisé des campagnes de dissémination d’information sur la prévention de la contagion, ont appelé à des mesures pour protéger les ouvriers agricoles et du secteur alimentaire, et dénoncé les violences contre les leaders et les peuples, en particulier les femmes. Ils ont appelé à des changements radicaux des systèmes alimentaires pour davantage d’équité et durabilité, et des politiques publiques sociales adéquates et des mécanismes de protection des plus vulnérables. Celles-ci comprennent la production domestique d’aliments pour la consommation domestique ; des marchés territoriaux avec des chaines d’approvisionnement courtes et des liens efficaces entre zones rurales et urbaines ; l’agroécologie ; une régulation des prix en faveur des producteurs plutôt que des intermédiaires ; l’accès aux et le contrôle des ressources naturelles par les producteurs ; des aides aux fermes familiales et aux associations de femmes et des financements directs de leur organisations ; et des mesures financières adaptées y compris des taux d’intérêts bas à crédit.

3 - Pecheurs

Extraits de Faire Entendre les Voix du Terrain pages 14-17
http://www.csm4cfs.org/wp-content/uploads/2020/10/FR-COVID_REPORT-2020.pdf

Des millions d’hommes et de femmes sont directement impliqués dans la pêche artisanale, y compris la transformation et la commercialisation du poisson et dépendent du poisson comme source saine et abordable de protéine. Les pécheurs rapportent que les confinements indiscriminés démontre une tendance préexistante à minimiser le rôle du poisson dans les systèmes alimentaires. En même temps, les mesures de distanciation sociale et la fermeture des marchés locaux ont empêché de nombreux petits pêcheurs d’aller pêcher. La stigmatisation en raison du virus des marchés de produits frais où le poisson est souvent commercialisé a aussi créé des problèmes. Les femmes représentent 80 à 90 % du secteur post-récolte et travaillent à proximité des installations de traitement et de vente au détail, ce qui les expose à un risque plus élevé de contracter le COVID-19. Dans les usines de transformation du monde entier, les femmes ont tendance à occuper des postes temporaires et moins bien rémunérés, n’ont pas accès aux protections sociales après avoir perdu leur emploi, sont plus susceptibles d’être licenciées et ne peuvent pas défendre leurs droits au travail. Beaucoup de pêcheurs migrants ont étés bloqués sur des bateaux ou dans les ports, incapables de rentrer chez eux, vivant dans des conditions de vie exiguës sans eau ni nourriture adéquates. Pendant ce temps, les bateaux-usines congélateurs, et ceux qui pratiquent la pêche industrielle pour produire de la farine de poisson sont autorisés à poursuivre leurs activités. D’autre part, il y a de nombreux exemples de communautés de pêcheurs qui ont contribué à remédier à l’insécurité alimentaire des populations dans leurs communautés. À Oaxaca, au Mexique, les pêcheurs locaux ont donné leur temps et utilisent leurs bateaux pour fournir chaque semaine 50 à 60 tonnes de produits de la mer gratuitement à leurs communautés . Dans le Kwazulu-Natal, en Afrique du Sud, ils se sont organisés pour fournir 100 colis de nourriture aux plus démunis.

4 - Peuples Autochtones

Extraits de Faire Entendre les Voix du Terrain pages 17-19
http://www.csm4cfs.org/wp-content/uploads/2020/10/FR-COVID_REPORT-2020.pdf

Les associations de peuples autochtones ont rapporté que le COVID-19 a aggravé de nombreux problèmes structurels préexistants tels que le manque d’infrastructures de base : eau, électricité, routes non-goudronnées. Les effets sur la santé des populations autochtones en raison de la pollution engendrée par les mines situées sur leurs territoires exacerbent l’injustice, la discrimination, les inégalités, les violations du droit à l’alimentation et à la nutrition, du droit à la santé et d’autres droits de l’Homme qu’elles subissaient déjà. La perte de la biodiversité et des habitats où vivent de nombreuses populations autochtones génère les conditions nécessaires au développement de maladies infectieuses telles que l’actuel COVID-19.
Les principales activités des peuples autochtones - production agricole de subsistance, pêche à petite échelle, élevage et cueillette – ont été affectés par les mesures de confinement.

En certains endroits, une eau propre et des installations sanitaires simples ne sont pas disponibles dans les communautés, augmentant leur vulnérabilité. Face à cette situation, les peuples autochtones ont mis en place leurs propres initiatives de contrôle sanitaire, par le biais de pratiques ancestrales ou actuelles. Des jeunes voix autochtones témoignent : « la pandémie a révélé les inégalités, la discrimination, la sectorisation, la division des classes et les fondamentalismes des sociétés dominantes envers les peuples autochtones ». De même, « on constate des actes de criminalisation lorsqu’ils défendent leurs droits. Ceci est également une pandémie ». En regardant vers l’avenir, les peuples autochtones sont clairs qu’ils continueront à promouvoir la souveraineté alimentaire, la souveraineté traditionnelle, garantir un logement décent, relancer leurs formes traditionnelles d’aide sanitaire, promouvoir des actions de protection des personnes âgées détentrices de savoirs traditionnels avec une approche anticoloniale et une responsabilisation. Ils doivent préserver les pratiques communautaires, les pratiques traditionnelles.

5 - Pasteurs

Extraits de Faire Entendre les Voix du Terrain page 41
http://www.csm4cfs.org/wp-content/uploads/2020/10/FR-COVID_REPORT-2020.pdf

Les associations pastorales de 12 pays d’Afrique de l’Ouest ont noté que le COVID-19 a renforcé des crises multiples affectant des territoires déjà fortement touchés par l’insécurité qui règne dans la région depuis plusieurs années.
L’un des risques est la mort du bétail en raison de la limitation des déplacements et des migrations saisonnières. La migration saisonnière est une pratique développée pour faire face aux chocs. S’ils ne peuvent pas la pratiquer, l’ensemble de leurs mécanismes de résilience sera menacé et nous risquons d’assister à une récurrence de la famine entraînant un éclatement des familles et un exode massif vers les centres urbains.

On pourrait observer une recrudescence des conflits ruraux et une réduction significative de l’offre de protéines animales pour les populations locales.
D’autres pasteurs en Iran et en Mongolie font aussi face à l‘impact des mesures de confinement. Le report de la migration saisonnière pourrait entraîner une perte de poids et des maladies chez le bétail en raison de la hausse des températures dans les zones d’hivernage, ainsi que des dépenses supplémentaires pour l’achat d’aliments et d’eau. Les éleveurs ne peuvent plus vendre les matières premières, notamment la laine, le cachemire, ainsi que les produits carnés parce que les marchés locaux, les usines et les lieux touristiques sont fermés.

6 - Urbains précaires en situation d’insécurité alimentaire


Extraits de Faire Entendre les Voix du Terrain page 25-29
http://www.csm4cfs.org/wp-content/uploads/2020/10/FR-COVID_REPORT-2020.pdf

L’incidence des infections par le virus COVID-19 est plus élevée dans les villes qu’ailleurs, où les inégalités socio-territoriales dans les zones urbaines contribuent de manière significative aux inégalités dans l’accès à une alimentation adéquate. Les consommateurs qui achètent leurs aliments dans les supermarchés ont vu leur approvisionnement gravement perturbé, en particulier au début de la pandémie du Covid-19. En outre, il a été constaté une augmentation de la consommation de produits industrialisés, de faible qualité nutritionnelle. L’un des programmes publics de sécurité alimentaire et nutritionnelle les plus pertinents, qui a été abandonné dans de nombreuses villes, est l’alimentation scolaire. Une enquête de la FAO montre que parmi les villes ayant répondu à une enquête électronique, 88% ont déclaré avoir suspendu l’offre de repas fournis aux élèves. En revanche, la livraison aux consommateurs dans le cadre de l’agriculture soutenue par la communauté (AMAP) a été autorisée unilatéralement dans tous les pays, même lorsque d’autres formes de vente directe ont été arrêtées, principalement parce que les aliments ne sont pas emballés et sont manipulés en toute sécurité par les producteurs.

7 - Les femmes

Extraits de Genre, COVID-19 et systèmes alimentaires : impacts, réponses communautaires et revendications politiques féministes http://www.csm4cfs.org/wp-content/uploads/2020/10/Genre-Covid-19-et-systemes-alimentaires-Octobre-2020_compressed.pdf

Nous pensons que le droit à l’alimentation, la sécurité alimentaire et la nutrition ainsi que la souveraineté alimentaire ne seront jamais réalisés sans assurer le plein respect, la protection et la réalisation des droits des femmes et le démantèlement des relations de pouvoir patriarcales, féodales et néolibérales.

Nous voulons aller au - delà de l’ objectif universellement accepté d’égalité entre les sexes et d’autonomisation des femmes, qui n’affirme pas explicitement la centralité des droits des femmes, la reconnaissance de notre autodétermination, de notre autonomie et de notre pouvoir de décision dans tous les aspects de notre vie et de notre corps, y compris la nourriture que nous produisons et consommons. Nous reconnaissons, à la lumière de cette pandémie, la nécessité de déconstruire le discours dominant sur les femmes qui sont très souvent présentées comme des victimes ayant besoin de politiques de lutte contre la pauvreté et d’aide sociale.
Nous considérons que le système alimentaire mondial actuel est construit sur la discrimination fondée sur le sexe et la violation des droits des femmes et qu’il perpétue ces pratiques. Afin de parvenir à une société juste et équitable dans laquelle les femmes peuvent pleinement jouir de leurs droits et de leur autodétermination, nous devons mettre au centre le modèle alternatif de consommation et de production fondé sur l’agroécologie et le paradigme de la souveraineté alimentaire.

Nous considérons que toute revendication politique doit être fondée sur des principes féministes clés tels que la justice, l’égalité et l’équité entre les genres, la non-discrimination et l’intersectionnalité, la participation et la reconnaissance.

8 - La jeunesse

Extraits de La jeunesse exige une transformation radicale de nos systèmes alimentaires, http://www.csm4cfs.org/wp-content/uploads/2020/11/Youth-Covid-Report-final-FR.pdf

Le Covid-19 et les réponses des gouvernements ont des effets dévastateurs sur les jeunes et sur nos communautés dans le monde entier. Nous subissons les effets combinés d’une crise sanitaire aiguë, d’une crise alimentaire actuelle et imminente, et d’une crise climatique - qui sont toutes des conséquences de crises systémiques bien plus larges.

En cette période de crises multiples, les jeunes sont confrontés à plusieurs défis. Alors que les marchés échouent, que les écoles ferment et que les emplois disparaissent, nous voyons les opportunités disparaître et notre avenir s’effriter. Cependant, nous ne restons pas les bras croisés.

En tant que communauté de jeunes du monde entier, nous sommes actifs dans le développement de solutions aux défis auxquels nos communautés sont confrontées : nous nous organisons pour continuer à fournir une alimentation à nos communautés et à prendre soin des personnes âgées ainsi que de nos enfants ; nous réduisons la distance entre le producteur et le consommateur ; nous défendons les programmes d’alimentation scolaire et les marchés locaux ; nous reconstruisons les économies et les territoires ruraux, en veillant à ce que les jeunes puissent rester et revenir à la campagne ; nous prenons soin de la terre et la soignons en cultivant des aliments nourrissants grâce à l’agroécologie ; nous nous opposons à la violence domestique contre les femmes et les filles ainsi qu’au racisme, à l’homophobie, à la xénophobie et au patriarcat ; et nous défendons les droits des travailleurs et des migrants ainsi que les droits des populations rurales. Nous imaginons également de nouvelles façons d’organiser le monde : en envisageant des systèmes alimentaires sains, durables et dignes, et en prenant des mesures pour les réaliser.