Repenser le commerce mondial à l’heure des tensions géopolitiques
Pendant une grande partie de ce siècle, le système multilatéral établi après la Seconde Guerre mondiale a été corrompu et détourné par un groupe de nations riches et puissantes qui réécrivent ce qui est appelé l’ordre mondial fondé sur des règles et redéfinissent ce que sont la coopération, la justice, la prospérité partagée et la stabilité. À leur tête se trouvent les États-Unis d’Amérique qui, par la puissance combinée du capital et des capacités militaires, contournent les règles collectives et imposent des décisions unilatérales qui transforment fondamentalement la politique et le commerce mondiaux. Cela a conduit à un système international fragile où toutes les règles peuvent être changées et où la puissance brute détermine les résultats.
Cela ne rend pas pour autant le système international et multilatéral assiégé juste, équitable ni démocratique. Ses principaux organes, comme le Conseil de sécurité de l’ONU, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ont longtemps été des instruments de promotion des intérêts des anciennes puissances coloniales. Comble de l’ironie aujourd’hui, même les règles imposées par ces institutions sont mises à mal.
Le commerce et l’investissement internationaux, qu’ils soient négociés par des accords de l’OMC, des accords bilatéraux de libre-échange ou des partenariats économiques stratégiques, se sont transformés en armes dans les conflits géopolitiques. Les tarifs douaniers, sanctions et restrictions financières ne sont pas utilisés pour corriger les déséquilibres commerciaux, mais pour exercer une pression politique impitoyable et soumettre les nations et les peuples. Les mesures économiques ciblent ceux qui osent tracer une voie alternative au capitalisme mondial et aux idéologies fascistes.
Comme le démontre la dernière guerre en date en Asie de l’Ouest, ces actions dépassent largement les nations impliquées. Pour les pays en développement, les conséquences sont catastrophiques. Les tarifs douaniers fluctuants, les sanctions agressives et la volatilité des prix des produits de base menacent les moyens de subsistance de la classe ouvrière, mettent à rude épreuve les systèmes alimentaires et accroissent la dépendance aux marchés extérieurs de moins en moins stables.
Les petit·es paysan·nes et les travailleur·euses, piliers des économies locales, se retrouvent pris dans un étau de fluctuations mondiales des prix, de coûts de production croissants et de revenus en baisse.
Lorsque les politiques économiques répondent aux ambitions impériales et coloniales de peuplement, l’espoir d’un commerce juste et équitable s’évapore. Cuba, la Palestine et le Venezuela illustrent comment l’instrumentalisation du commerce combinée aux positions coloniales conduit à la punition collective des peuples.
Cependant, ce moment de crise offre aussi une lueur d’espoir. Alors que la confiance dans les systèmes existants s’estompe, les pays et les mouvements sociaux se lèvent pour réclamer un renouveau sous le signe du véritable multilatéralisme : fondé sur la coopération plutôt que sur l’oppression, et sur la démocratie participative plutôt que sur une représentation opaque.
Focus on the Global South, La Via Campesina