Bulletin n° 65 – Éditorial

À contre-courant de l’aquaculture industrielle

À l’heure où gouvernements et entreprises présentent de plus en plus l’aquaculture comme le remède aux crises alimentaire, économique et climatique, il convient de se demander si ces argumentaires sont pertinents. La recherche montre que l’élevage de crevettes et de saumon prive davantage les plus défavorisés de nourriture qu’il n’en apporte à quiconque. Les volumes de soja cultivé en monoculture et de poissons sauvages transformés en alimentation pour ces espèces sont stupéfiants. L’impact climatique global de l’aquaculture avec une chaîne de valeur aussi mondialisée est presque impossible à évaluer. Pourtant, la Global Seafood Alliance se targue : « l’aquaculture est particulièrement bien placée non seulement pour résister aux impacts du changement climatique, mais aussi pour aider à en atténuer les effets », alors même qu’une étude scientifique estime que l’empreinte climatique des crevettes d’élevage est comparable, par kilogramme de produit, à celle du bœuf. Un nouveau rapport de l’ONU sur la pêche et l’aquaculture (SOFIA, 2026) décrit l’aquaculture comme « contribuant grandement au développement économique », citant une valeur sectorielle estimée à 391 milliards de dollars américains. Mais il passe sous silence les profits accaparés par un petit nombre d’entreprises et les millions de personnes dont la base économique disparaît en raison de la dépossession de leurs territoires ou d’une pollution environnementale sévère.

En réponse aux ravages causés par l’aquaculture industrielle et la menace qu’elle représente pour la souveraineté alimentaire, le Forum mondial Nyéléni a décidé en 2025 de lancer une campagne mondiale pour résister au contrôle des entreprises, à la destruction supplémentaire par cette industrie et à la privatisation des zones océaniques et côtières. Cette édition du bulletin Nyéléni regroupe certains des travaux de la campagne.

Groupe ETC, FIAN, GRAIN, TNI, WFFP