L’écho des campagnes 

L’écho des campagnes 1

Façonner l’avenir de Nyéléni par la convergence de la base vers le haut !

Tammi Jonas, Alliance Australienne pour la souveraineté alimentaire (AFSA)

Façonner l’avenir de Nyéléni exige une approche concrète et radicale, ancrée dans les luttes vécues des paysan·nes, pêcheur·euses, pastoralistes, travailleur·euses de l’alimentation et de la pêche ainsi que des communautés locales. Lors du Forum Global Nyéléni à Kandy, nous avons affirmé que la souveraineté alimentaire est un projet politique de libération, dont la force réside dans la convergence depuis le bas, où nous construisons l’unité à travers des stratégies partagées de résistance et de transformation.

Répondant à l’appel à rassembler un plus grand nombre de mouvements, l’AFSA s’est rendue au Sri Lanka en tant que délégation de paysan·nes, de peuples autochtones et d’organisateurs du travail, connecté·es à la lutte quotidienne contre le monopole sur la nourriture et les terres des entreprises dans ce qu’on appelle l’Australie. Alors que nous nous organisons dans un contexte où le capitalisme colonial et d’occupation continue de déposséder les peuples autochtones, et où l’agriculture industrielle domine les politiques et les papilles, nous avons néanmoins remporté des victoires concrètes sur le terrain qui montrent à quoi ressemble la souveraineté alimentaire en pratique.

Grâce à une organisation collective, nous nous sommes battus pendant plus de 15 ans pour la reconnaissance étatique et nationale du rôle crucial que jouent les petits agriculteurs dans l’alimentation des communautés locales tout en refroidissant la planète. Nous avons modifié les lois de planification pour soutenir l’agroécologie et les infrastructures de transformation sur nos exploitations, résisté à des réglementations restrictives sur la sécurité alimentaire et intégré les principes de l’UNDROP dans notre plaidoyer national. Ces victoires n’ont pas été accordées par les gouvernements ; elles ont été obtenues par la mobilisation populaire et l’organisation démocratique. C’est l’approche que nous avons adoptée au Sri Lanka : convergence par l’organisation, et non par la consultation ; le pouvoir construit par en bas, en solidarité mais sans pour autant le céder à nos alliés des ONG.

Lors du forum, nous avons travaillé dans la solidarité aux côtés de camarades pour défendre le leadership féministe ainsi que la participation des jeunes, des diversités de genres et sexuelles dans la prise de décision. Nous avons manifesté notre approche intersectionnelle, plaidant côte à côte avec les pastoralistes, les peuples autochtones et les travailleur·euses afin de rendre leurs luttes visibles à travers nos actions et campagnes collectives. Nous insistons pour que Nyéléni reste responsable devant les mouvements sociaux, avec une coordination politique claire et une prise de décision collective menée par les paysan·nes, les peuples autochtones, les pastoralistes, les pêcheur·euses ainsi que les travailleur·euses de l’alimentation et de la pêche.

Nous sommes rentré·s chez nous animé·es par la promesse de Nyéléni de briser les chaînes de la dette extractive, prêt·es à faire mentir l’idée que notre avenir devait être hypothéqué aux puissants. Ensemble, nous construirons un monde libéré de l’impérialisme financier car la révolution ne saurait être empruntée.

L’écho des campagnes 2

Nyéléni à Kandy : Renforcer les mouvements sociaux du Sri Lanka

Anuka De Silva, Mouvement pour une réforme foncière et agricole (MONLAR en anglais), La Via Campesina

En 2022, en raison d’une grave crise de la dette, de la corruption généralisée, de l’hégémonie du pouvoir et d’une forte inflation alimentaire, le pays a fait face à d’importantes crises politiques, sociales et économiques. La population est descendue dans la rue pour réclamer réformes politiques, démocratie, justice et souveraineté nationale. Les citoyen·nes du Sri Lanka ont joué un rôle majeur dans le changement du paysage politique du pays. C’est pourquoi le Forum Nyéléni est devenu de plus en plus important pour nous en tant que mouvement social.

Dans le cadre des conditions du FMI pour le sauvetage financier, le Sri Lanka a été exhorté à mettre en œuvre une série de mesures d’austérité, incluant la vente de certains actifs appartenant à l’État. L’une des institutions concernées est l’Institut National de Développement Coopératif (NICD), qui fait partie des biens envisagés pour la privatisation. Avec le soutien de Nyéléni, nous avons empêché la privatisation du NICD.

Pourquoi le Forum Nyéléni est-il important pour les mouvements sociaux au Sri Lanka ?

L’organisation du Forum Nyéléni a permis de renforcer la force collective des différentes luttes locales et a souligné l’importance de la solidarité pour relever les défis communs. La convergence à Nyéléni a rassemblé des mouvements populaires pour exiger une action collective visant à démanteler les systèmes d’oppression.

Compte tenu des difficultés agricoles et de l’insécurité alimentaire du pays, la souveraineté alimentaire est un outil essentiel pour contrer les systèmes agricoles dominés par les entreprises qui privilégient le profit au détriment du bien-être des populations. Construire une vision collective de la souveraineté alimentaire et créer un programme d’action politique à travers la Déclaration de Kandy continue de renforcer l’impact de notre mouvement. La convergence des luttes et de la solidarité reste la force qui peut conduire à une véritable transformation, bien plus grande qu’un simple changement politique.

Il est clair que le comité de pilotage sri-lankais du forum a posé une base solide pour la construction de mouvement à long terme en gardant la communauté au cœur de ces efforts, en faisant correspondre les luttes locales avec l’agenda mondial plus large, et en s’engageant avec le gouvernement pour des réformes politiques et une véritable transformation systémique.

L’écho des campagnes 3

Les femmes assurent la transformation systémique

Sarah Luiza et Bianca Pessoa, Marche Mondiale des Femmes Brésil

Depuis le 1er Forum Nyéléni, nous affirmons qu’il ne peut y avoir de souveraineté alimentaire sans féminisme. Grâce à nos efforts, lors du troisième Forum Global Nyéléni, le féminisme a été reconnu comme une partie fondamentale de l’Agenda Commun d’Action Politique, fondé sur sa perspective populaire, anti-capitaliste, anti-raciste et anti-hétéropatricale. Il n’est pas possible d’opérer un changement systémique sans transformer les relations d’inégalité et de violence vécues par les femmes partout dans le monde. Cela a marqué un tournant : la création d’une lutte commune pour toutes les personnes qui veulent voir un changement radical dans la société et dans le monde dans lequel nous vivons. En ce sens, l’Assemblée des femmes a constitué un espace fondamental de convergence.

Nous avons réuni des femmes de tous mouvements, régions, sexualités et origines ethniques, preuve de l’importance de la diversité dans ce processus. Les femmes ont beaucoup à nous apprendre. De leurs différentes réalités, elles partagent des expériences de résistance, de construction d’alternatives au niveau des territoires, montrant que le féminisme n’est pas une promesse creuse. Il se construit à partir de la pratique quotidienne.

Les conséquences des fausses solutions du capitalisme vert déplacent les femmes de leurs territoires et menacent leur vie. C’est pourquoi les femmes défendent la lutte pour la souveraineté énergétique et la justice climatique, qui est bonne pour les populations et non pour le marché. Pour nous, la solution réside dans les territoires et dans la vie. Dans le rapport que les femmes entretiennent avec la nature et les personnes. Ce sont le soin de la vie et des conditions de vie dans l’égalité qui construiront réellement un nouveau monde.

Nous affirmons que l’économie féministe est fondamentale, reconnaissant le travail des femmes et toutes leurs contributions à la reproduction sociale de la vie, du point de vue du soin, de l’égalité et de bonnes conditions de vie. En même temps, nous faisons face quotidiennement à la violence que le capitalisme hétéropatriarcal et raciste nous inflige. Sur cette base, les revendications fondamentales de la lutte féministe telles que l’égalité, la liberté, la justice, la paix, la solidarité internationale, la démilitarisation, la défense de la démocratie, des droits et de la paix, ainsi que la souveraineté alimentaire et l’agroécologie, ont été réaffirmées et concrétisées lors du troisième Forum Nyéléni et pour la voie à suivre.

L’écho des campagnes 4

Nyéléni et au-delà : Leadership et perspectives autochtones dans le mouvement mondial pour la souveraineté alimentaire

Nicole Maria Yanes, Opata, Conseil international des traités indiens (IITC) et Collectif NDN

Pour les peuples autochtones, la souveraineté alimentaire est un mode de vie. Elle détermine la survie de nos territoires, langues, cultures, cérémonies, histoires, vêtements, et de tout ce qui constitue qui nous sommes en tant que Peuples. À travers le monde, les territoires des peuples autochtones sont en première ligne de la colonisation et de l’extraction, présentés comme des « zones de sacrifice » pour les essais militaires, les projets d’extraction et le soi-disant développement. En conséquence, les peuples autochtones sont désormais les premières victimes de la crise climatique provoquée par les gouvernements et les entreprises.

Lors du rassemblement Nyéléni, les délégués autochtones ont joué un rôle majeur. Du partage de nos pratiques de leadership communautaire, des approches de la construction du consensus, des connaissances et des cérémonies traditionnelles, à notre expérience ancrée dans le plaidoyer, la négociation et la construction de mouvement.

Nous avons représenté collectivement nos peuples, en rassemblant le soutien de mouvements mondiaux pour nos efforts continus, y compris la mise en œuvre complète de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones ; que l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) respecte son engagement à modifier le Code de conduite international sur la gestion des pesticides afin d’inclure les droits collectifs des peuples autochtones, en particulier notre droit à un consentement préalable, libre et éclairé ; que l’ONU sépare et ne confonde pas, dans tous ses documents et décisions, les concepts de peuples autochtones avec les communautés locales ; et pour le mouvement « LandBack » des peuples autochtones visant à récupérer des territoires illégalement volés.

Même si les participant·es venaient d’écosystèmes et d’histoires de colonisation distincts, Nyéléni nous a rappelé que défendre notre souveraineté alimentaire nécessite solidarité, collaboration et stratégie partagée. Relier le travail que nous accomplissons sur nos territoires aux scènes internationales n’est pas facile et dépasse ce rassemblement au Sri Lanka. La véritable solidarité exige un engagement et une volonté de comprendre les histoires, les luttes et les objectifs des uns et des autres à travers des écosystèmes, des langues et des réalités politiques diverses. De plus, il convient de noter que l’agenda politique et l’impact de la déclaration dépendent de l’utilisation et de la mise en œuvre que la population leur apporte à travers son usage.

Dans des moments comme ceux-ci, Nyéléni nous rappelle que notre liberté et notre avenir collectifs sont profondément interdépendants. Nos libérations sont liées. Renforcer les alliances entre peuples, régions et mouvements n’est pas seulement une stratégie, mais une responsabilité. C’est un acte de survie en ces temps de montée du fascisme et de l’autoritarisme.

L’écho des campagnes 5

De Nyéléni à Belém. Le combat pour la justice climatique comme élément de convergence

Martín Drago, REDES/Amis de la Terre International

Les responsables et les facteurs de l’effondrement climatique et de la dégradation de l’environnement sont intimement liés aux inégalités sociales, économiques et de genre qui règnent à l’échelle mondiale. Ils sont également un pilier de la construction et de la reproduction du système énergétique actuel, autour duquel les multinationales et les États du Nord mondial ont approfondi les relations coloniales. Par conséquent, parler de justice climatique, c’est réfléchir à changer le système.

Pour atteindre la justice climatique, il est nécessaire de transformer les systèmes économiques, sociaux, politiques et énergétiques, les relations sociales de genre et notre lien avec la nature, par la mise en œuvre massive d’initiatives populaires visant à construire un nouveau modèle fondé sur la solidarité internationaliste et la justice sociale, économique, de genre, raciale et environnementale.

À cette fin, il est essentiel de renforcer le pouvoir populaire et ses organisations, et de transformer le système multilatéral avec une approche internationaliste, fondée sur la solidarité et l’intégration des peuples. Cet engagement sera possible par différents moyens qui, en partageant des caractéristiques, stratégies et principes communs, mèneront à la construction du pouvoir populaire selon la définition de chaque peuple sur son territoire.[1]

Construire la justice climatique est l’une de ces voies et donc un axe central de convergence populaire pour changer le système.

L’écho des campagnes 6

Nyéléni – Pourquoi RIPESS a participé

Ruby van der Wekken, RIPESS

RIPESS intercontinental, le réseau de l’économie solidaire, a répondu positivement à l’invitation de Nyéléni à rejoindre son processus il y a deux ans. Depuis, nous nous sommes impliqués dans le Comité de pilotage du troisième Forum Global Nyéléni. RIPESS a ainsi participé au processus préparatoire de convergence vers un Agenda Commun d’Action Politique et a voyagé avec une délégation de 21 représentant·es du monde entier au forum de Kandy, au Sri Lanka.

RIPESS défend depuis 10 ans, par l’intermédiaire des membres présents dans le processus Nyéléni, que les efforts visant la souveraineté alimentaire sont impossibles sans un changement économique systémique, ce qui implique avant tout un changement de l’économie dans son ensemble. Alors que les mouvements ayant rejoint le processus Nyéléni connaissaient déjà des concepts tels que l’économie féministe et l’économie du soin, l’économie solidaire, à la fois en tant que méthodologie et vision plaçant le pouvoir communautaire et les valeurs sociales et écologiques au cœur de la construction d’une autre économie, était moins connue au niveau mondial.

Il est également important de noter que RIPESS a rejoint le processus Nyéléni en reconnaissance du grand potentiel du changement du système alimentaire pour un changement systémique dans nos communautés et à travers cette société, et souhaite contribuer à ce processus en construisant les valeurs, principes et objectifs de l’économie solidaire comme un processus transformateur ascendant.

L’écho des campagnes 7

Luttes convergentes dans la lutte mondiale contre l’aquaculture industrielle

Feini Yin, Alliance Marine Nord-Américaine (NAMA)

La campagne « Lutte mondiale contre l’aquaculture industrielle » de Nyéléni vise à relever les défis pressants créés par l’élevage industriel de produits de la mer, et à bloquer le développement et l’expansion de ces exploitations à travers le monde.

Tout comme l’agriculture, l’aquaculture (la production de produits de la mer dans l’océan, en eau douce ou sur terre) peut être pratiquée de nombreuses façons. Cela va des formes traditionnelles et agroécologiques, comme les étangs de poissons hawaïens autochtones, à l’aquaculture à échelle industrielle et dirigée par les entreprises. Dans ce dernier cas, les entreprises agroalimentaires, les banques, les grandes ONG vertes et les instances dirigeantes transnationales promeuvent l’exportation du modèle de l’élevage industriel vers nos océans, en utilisant des expressions comme « économies bleues » et « révolution bleue ».

En réalité, l’aquaculture industrielle déplace les petits pêcheurs de leurs moyens de subsistance et de leurs territoires, pollue nos eaux et favorise la marchandisation de nos aliments. La production d’aliments pour poissons stimule la production de soja et de maïs. Elle décime également les bancs de petits poissons pélagiques au large de la côte ouest-africaine, ôtant cette source de protéines du Sud mondial, où des millions de personnes dépendent de petits poissons pélagiques pour leur nourriture et leur subsistance, afin de produire des protéines destinées à la consommation dans le Nord mondial.

Il s’agit d’une lutte d’ensemble qui fait le lien entre les questions de souveraineté alimentaire entre la terre et la mer, entre le Sud et le Nord mondial, ainsi qu’avec la justice environnementale, la santé mondiale, le travail et les mouvements des femmes. En tant que mouvement de mouvements, Nyéléni œuvre à construire des campagnes coordonnées pour assurer la souveraineté alimentaire, sanitaire et économique, et à résister au contrôle des entreprises en stoppant et empêchant l’aquaculture et la pêche industrielles, l’économie bleue et la privatisation des biens communs océaniques.

L’écho des campagnes 8

L’importance de la santé publique pour garantir la souveraineté alimentaire

Mouvement pour la santé des peuples (PHM)

En partant de la définition de la souveraineté alimentaire (SA), il est évident qu’une bonne santé au sein des foyers (y compris la santé animale) est essentielle pour maintenir la SA. L’inverse est également vrai : La SA garantit que les foyers aient accès à une alimentation suffisante et nutritive tout au long de l’année pour maintenir la santé de ses membres.

Dans le cadre de Nyéléni, la santé publique (SP) vise à couvrir les mesures préventives : a) l’eau et l’assainissement (et le contrôle des vecteurs comme les moustiques, le cas échéant) ; b) l’accès à une infrastructure opérationnelle de soins de santé primaires (y compris les soins curatifs primaires et les vaccinations) ; c) l’accès à la santé animale primaire ; et d) des mesures de promotion de la santé.

L’éducation à la santé et à la nutrition sera nécessaire pour atteindre les objectifs énoncés :  nous parlons d’une éducation qui va au-delà des aspects techniques ou cliniques : une éducation qui explique les causes structurelles des problèmes de santé, de la malnutrition et des décès évitables, et met en lumière les actions nécessaires pour y remédier.

Dans l’esprit de la SA, les personnes doivent participer activement à la prise de décision et au suivi de la mise en œuvre de ces composantes de la SP. Ce n’est pas encore le cas et reste un défi pour la circonscription de Nyéléni. Fort des activités menées depuis deux décennies, PHM pourra fournir les contributions et le soutien nécessaires à notre grande communauté Nyéléni. (PHM dispose d’un groupe thématique Nutrition et SA qui s’est réuni plusieurs fois mais n’a pas travaillé régulièrement. Parallèlement, la région latino-américaine du PHM a mis en place un groupe régional sur la SA actif et performant, représenté à Kandy).

Pour toutes ces raisons, le PHM a rejoint avec enthousiasme le Processus Nyéléni 3 dès ses débuts, dans l’esprit du droit à l’alimentation et du droit à la santé, et dans l’esprit commun de lutter ensemble contre la détermination sociale des deux. La lutte commune pour la santé, l’agroécologie et la souveraineté alimentaire en est encore à ses balbutiements, et nous devons insister sur la nécessité de recruter davantage de mouvements et d’organisations au sein de Nyéléni pour nous rejoindre dans cette lutte.

L’écho des campagnes 9

2026 : Année internationale du pastoralisme et des pâturages

Fernando García-Dory, Alliance mondiale des peuples et pastoralistes autochtones mobiles (WAMIP)

Nous, mouvement pastoral mondial, plaçons beaucoup d’espoir en Nyéléni comme un espace pour nous tenir côte à côte avec d’autres mouvements de producteurs alimentaires, pour examiner le cadre politique actuel qui impacte nos moyens de subsistance et nos terres, et formuler des propositions conjointes d’alternatives à la crise actuelle. Nous encourageons d’autres mouvements à examiner nos revendications, de la compréhension des aspects fondamentaux des droits des pastoralistes à l’expansion de l’agroécologie vers le pastoralisme. Nyéléni est un espace de convergence précieux avec d’autres mouvements qui a permis de grandes avancées, comme la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP en anglais). L’année prochaine, 2026, sera l’Année internationale du pastoralisme et des pâturages de l’ONU. Nous voulons nous assurer que les pastoralistes sont mis en avant. La FAO et d’autres organismes doivent comprendre que nous représentons un modèle de production doté d’une valeur culturelle, sociale et politique qui autonomise les communautés, contribue à l’endurance des peuples nomades autochtones et fait progresser la souveraineté alimentaire.

L’écho des campagnes 10

Action mondiale de plaidoyer pour les migrants et réfugiés

Paloma Chen, Plateforme transnationale pour les migrants-Europe (TMP-E)

Le mouvement pour la souveraineté alimentaire présent au Forum Nyéléni 2025 ne s’est pas limité au noyau initial de petit·es producteur·rices alimentaires, tels que les paysan·nes, les pêcheur·euses, les pastoralistes, les peuples autochtones et les travailleur·euses dans les campagnes. Il s’est également élargi pour inclure les mouvements féministes, pour la justice climatique, de migrant·es, de consommateur·rices sensibilisé·es, de chercheur·euses universitaires, d’artistes.

La lutte des migrant·es et réfugié·es est indissociable de celle pour la souveraineté alimentaire et les moyens de subsistance. La migration est profondément liée à l’industrie alimentaire mondiale des entreprises, fondée sur l’exploitation, la déshumanisation et des récits utilitaristes qui réduisent les travailleur·euses migrant·es à une main-d’œuvre bon marché. La lutte migratoire est une lutte commune pour l’égalité raciale, de genre et économique, la souveraineté alimentaire et une transition juste qui vise à tisser la résistance et des alternatives au système corporatif qui profite de notre déplacement, de notre répression, de notre exploitation et de notre mort. Mais les sites de production alimentaire peuvent aussi être des lieux de résistance, de dignité et de construction d’avenir. Notre participation au Forum Nyéléni s’inscrit dans un effort plus large visant à renforcer la convergence entre les luttes (des campagnes de régularisation en Europe aux mobilisations transfrontalières comme les Caravanes) pour exiger le droit au logement, à la santé, du travail, la souveraineté foncière et alimentaire ainsi que justice pour tous et toutes.

À travers des débats, des présentations, des ateliers et des groupes de travail, l’effort du forum a cherché à construire une vision politique unifiée contre le système capitaliste dominant, patriarcal, impérialiste, colonialiste, raciste, basé sur les castes et suprémaciste, par la production de deux documents politiques : la Déclaration de Kandy et l’Agenda Commun d’Action Politique. La Déclaration de Kandy, lue le 13 septembre lors de la cérémonie de clôture du forum, inclut parmi ses prochaines étapes des actions telles qu’une journée mondiale de mobilisation contre l’impérialisme, le génocide, la guerre et l’utilisation de la faim comme arme. Cela s’aligne avec l’Action de plaidoyer mondiale présentée par la Plateforme transnationale pour les migrants-Europe lors du forum sur le changement systémique du récit concernant les migrant·es et réfugié·es.

L’écho des campagnes 11

Quand le monde académique rencontre le mouvement : l’échange de connaissances sur la voie de la convergence

Bruno Prado, Bhoopendra Kuma, Yukari Sekine, Collectif des universitaires-activistes agraires du Sud

Lors du troisième Forum Global Nyéléni, lors du tout premier dialogue entre chercheur·euses/universitaires et mouvements qui a réuni plus de 70 participant·es, un engagement commun est apparu pour amener universitaires et mouvements dans un échange plus profond, reconnaissant que les luttes pour la souveraineté alimentaire et la transformation systémique sont indissociables de la démocratisation du savoir.

Le Collectif des universitaires-activistes agraires du Sud (CASAS selon l’acronyme anglais)[2] a été invité à contribuer à ce processus, soutenant la création d’espaces où chercheur·euses, responsables communautaires et organisateur·rices de mouvements pourraient se réunir sur un pied d’égalité : tous les créateur·rices de savoir et détenteur·rices de savoir. Ces échanges ont souligné que la véritable transformation nécessite des relations horizontales entre divers systèmes de connaissances, où l’apprentissage circule dans toutes les directions.

Tout au long des conversations, les participant·es ont appelé à décoloniser la production de connaissances et à remettre en question les pratiques de recherche extractivistes, d’entreprise et descendantes. Les militant·es universitaires ont partagé leurs expériences de co-production de connaissances avec les communautés et ont réaffirmé que la recherche doit servir les besoins des personnes plutôt que les intérêts du capital.

Les discussions ont également souligné l’importance de construire de larges coalitions de connaissances intersectionnelles qui relient les mouvements sociaux, les universités et les institutions publiques. Les participant·es ont convenu de la nécessité de soutenir les jeunes chercheur·euses et les chercheur·euses militant·es en début de carrière, de favoriser des agendas de recherche collectifs et de communiquer les connaissances de manière plus accessible via des forums communautaires, des podcasts et des formats visuels créatifs.

À l’avenir, la collaboration entre le monde académique et les mouvements doit se poursuivre sous forme de parcours collectif et participatif. Le processus Nyéléni nous rappelle que la connaissance n’est pas un privilège, mais un outil partagé de transformation systémique : fondée sur la confiance, l’égalité et la solidarité, et construite par la convergence continue de luttes et de modes de connaissance divers.

L’écho des campagnes 12

Le rapprochement des mouvements : les syndicats rencontrent Nyéléni 

Chris Spindler, AMWU, Syndicat mondial IndustriALL

Même lorsque le mouvement syndical ne représente qu’une minorité de travailleur·euses, c’est souvent le mouvement organisé de représentation du personnel qui fixe l’agenda des conditions industrielles et de travail. C’est ce que les puissances capitalistes cherchent à briser : elles veulent la fin du travail organisé.

Aujourd’hui, le mouvement syndical connaît de nombreux bouleversements. Sans ordre particulier, et loin d’être exhaustifs : technologie et automatisation ; influence politique ; affronter et s’organiser contre les lois anti-syndicales ; s’organiser au-delà du lieu de travail, et même à l’international. Sa façon de répondre à ces questions aura un impact considérable sur sa pertinence, sa croissance et sa capacité à améliorer les conditions pour ses membres et la communauté au sens large.

Le processus Nyéléni met également au défi le mouvement syndical : travailler avec des mouvements sociaux et communautaires plus larges, pas seulement les partis politiques traditionnels ; renforcer l’engagement dans la communauté en tant que force progressiste parallèlement aux campagnes industrielles ; et défier le système politique plutôt que d’accepter son cadre conservateur.

Le mouvement Nyéléni s’oppose à l’idée que l’alimentation soit avant tout une marchandise ou un produit d’exportation, et que les pays devraient rivaliser pour une productivité toujours plus élevée. Les organisations communautaires et les syndicats, chacun à leur manière, remettent en question ces postulats sur l’alimentation et la manière dont le système politique actuel la gouverne.

Nyéléni 2025 a réuni un groupe remarquable d’activistes engagés, qui réalisent un travail extraordinaire dans leurs communautés. C’est un mouvement pour le changement social et les syndicats devraient y prendre part et, si possible, participer à leurs campagnes pertinentes.

J’ai commencé par de grandes questions auxquelles le mouvement syndical doit répondre pour son intérêt et celui de la communauté au sens large, et je crois que le processus Nyéléni devrait également réfléchir à des questions similaires :

  • Comment le processus Nyéléni interagira-t-il avec le mouvement syndical, étant donné que nous partageons des idées communes mais que nous travaillons selon des méthodes et des espaces différents ?
  • Existe-t-il des campagnes où Nyéléni et le mouvement syndical peuvent se retrouver ?
  • Comment le processus Nyéléni passe-t-il des groupes communautaires et sociaux à un mouvement de changement social ? Bien que le forum ait parlé de changement fondamental, cette question est restée sans réponse.
  • Des plans sont-ils en place, dans un avenir proche, pour discuter de ces questions et d’autres concernant l’implication syndicale ?

Nyéléni a été un événement incroyable et stimulant ; un défi à la fois pour mon propre travail de campagne et, j’en suis sûr, pour beaucoup d’autres également.

L’écho des campagnes 13

La justice linguistique comme pratique dans le processus Nyéléni

Sortir de l’ombre : défendre les droits linguistiques fait aussi partie de la lutte

Collectif pour l’autogestion des technologies d’interprétation (COATI)

Le processus Nyéléni a intégré la Justice linguistique comme pratique essentielle, reconnaissant que la possibilité de communiquer fait aussi partie de la lutte. Le Forum de Kandy a rassemblé plus de 750 personnes venues du monde entier et, pour la première fois, une interprétation simultanée a été organisée en 18 langues.

COATI a accompagné l’ensemble du processus, apportant technologie, coordination et engagement politique. 73 interprètes bénévoles et quatre technicien·nes de la région Asie-Pacifique ont été mobilisé·es, contribuant également à l’autonomie technologique régionale.

Le Groupe de travail (GT) sur l’interprétation a rassemblé une équipe diverse et inclusive d’interprètes, traducteur·rices et technicien·nes représentant des accents du Sud et du Nord mondial, de différents âges, genres et parcours militants et professionnels. Plus qu’un choix, cette diversité s’inscrivait naturellement dans la logique du réseau construit, où la pluralité des voix a créé un profond échange humain et renforcé le travail collectif pour la Souveraineté Alimentaire.

COATI a également relevé un défi technique et logistique sans précédent, démontrant que l’autogestion et les technologies libres peuvent réussir voire faire mieux là où les prestataires de services de marché échouent : assurer des processus complexes avec soin, créativité et coopération.

La justice linguistique est un exercice de mots et d’écoute qui construit l’égalité. Celles et ceux qui la rendent possible ne sont pas de simples prestataires de services, mais des sujets engagés, qui font partie intégrante des luttes.

Pour la première fois, la Déclaration finale du Forum Global Nyéléni a reconnu les interprètes et traducteur·rices comme acteur·rices des luttes. Nous voulons l’étendre à toutes les équipes techniques et bénévoles comme une partie fondamentale des luttes collectives, puisqu’ils et elles ont rendu possible la diffusion des paroles en vue d’une participation pleine et équitable. Nous exprimons notre plus profonde gratitude à tous celles et ceux qui ont mis tout leur corps et leur cœur pour faire de la Justice Linguistique une réalité vivante à Nyéléni.

Plus d’informations dans le FANZINE produit par COATI (en anglais, espagnol et français).

L’écho des campagnes 14

Communications populaires au 3e Forum Global Nyéléni

Rohan Antony, A Growing Culture

Pour le Troisième Forum Nyéléni à Kandy, la communication populaire n’était pas un élément secondaire mais une tactique essentielle pour façonner la voix collective et l’imaginaire politique du processus. C’était une manière de s’assurer que les voix des leaders de communautés résonnent bien au-delà des couloirs où elles étaient prononcées, dans les luttes quotidiennes qui se déroulent dans les rues, les champs, les usines et les communautés à travers le monde.

L’Espace de Communication Nyéléni a réuni une équipe de quinze communicateurs issus de mouvements et d’organisations alliées, ainsi qu’un groupe de bénévoles sri-lankais rattachés à l’équipe. Armés de leurs microphones, caméras, pinceaux et stylos, ils ont travaillé collectivement et sans relâche pour faire souffler sur le forum un vent d’énergie, d’imagination et de joie, et rendre ce moment accessible à toutes les personnes présentes à Kandy et bien au-delà.

La Radio Nyéléni remplissait les salles de conversations, de réflexions et de chants de résistance issus de tous les mouvements. L’équipe audiovisuelle a immortalisé des moments puissants et intimes qui façonneront la mémoire visuelle de cette rencontre pendant des années. Une équipe de texte a condensé les débats, décisions et célébrations de chaque journée dans un bulletin multilingue quotidien, garantissant que chaque participant·e, ainsi que ceux et celles qui suivaient à distance, puissent être informé·es. Grâce aux réseaux sociaux et à la presse, les actualités et les voix du terrain ont atteint des milliers de personnes à travers le monde. Les artistes ont transformé murs, allées et espaces partagés en toiles vivantes portant la vérité émotionnelle du forum, présentant des œuvres de résistance du monde entier, des espaces créatifs où les délégué·es pouvaient dessiner, peindre et se détendre, ainsi qu’une fresque participative qui a capturé notre moment de partage à Kandy.

Cet effort collectif a aussi révélé une vérité plus profonde : la communication n’est pas séparée de la lutte, mais elle en fait partie. C’est là que les récits sont contestés, que des solidarités se forment et que le pouvoir est repris. La Déclaration de Kandy et l’Agenda Commun d’Action Politique l’ont confirmé en reconnaissant la communication populaire féministe et venue de la base comme un front stratégique pour une transformation systémique, et en nous rappelant que la souveraineté ne consiste pas seulement à contrôler ce que nous cultivons, mais aussi à reprendre le pouvoir sur nos histoires, des histoires sur qui nous sommes, pourquoi nous résistons, et le monde dont nous rêvons.


[1] ATI (2023) Les voies vers un changement de système : transformer un monde en crise pour un avenir soutenable et juste.

[2] Aguiar, D., et autres (2023). Transformer les études agraires majeures : solidarité, activisme universitaire et agendas d’émancipation dans et depuis le Sud mondial. The Journal of Peasant Studies (Le Journal des Études Paysannes), 50(2), 758–786.

Sous les feux de la rampe

Nyéléni : Construire la solidarité mondiale pour une transformation systémique

Dix-huit ans après la Déclaration de Nyéléni sur la souveraineté alimentaire, le troisième processus Nyéléni élargi a rassemblé des mouvements sociaux, des organisations et des réseaux mondiaux pour converger autour d’une transformation systémique. Ce processus pluriannuel a uni des milliers de groupes et d’alliés de la base pour élaborer un Agenda Commun d’Action Politique (ACAP) solide, visant à promouvoir la souveraineté alimentaire, la justice climatique, ainsi que la justice sociale, raciale et de genre. Ce fut un effort majeur pour construire des alliances et des stratégies politiques partagées entre régions et territoires. Il aura fallu près de deux ans pour rédiger l’ACAP, à la suite de multiples consultations régionales et mondiales.

Contexte et processus

Lors de la réunion mondiale du CIP à Rome (septembre 2022), des orientations stratégiques ont été convenues pour poursuivre la construction du troisième processus Nyéléni. L’accent était mis sur la convergence multisectorielle et les alliances entre mouvements luttant contre la capture par les entreprises et pour la reconquête de la démocratie par la base, fondées sur l’expérience du mouvement pour la souveraineté alimentaire. Lors de la deuxième réunion mondiale à Rome (juin 2023), de nouveaux alliés au-delà du mouvement pour la souveraineté alimentaire sont apparus, et un Comité de Pilotage International a été créé pour guider les processus mondiaux et régionaux.

Le projet d’ACAP a été élaboré par le Groupe de travail sur la méthodologie, à partir du premier cycle de consultations tenu en 2024 avec toutes les régions et organisations mondiales. Ce processus participatif et ascendant s’est poursuivi lors de réunions de consultation régionales :

  • Amérique latine et Caraïbes – Chili (février 2024)
  • Amérique du Nord – En ligne (mars 2024)
  • Europe & Asie centrale (mai 2024)
  • Moyen-Orient et Afrique du Nord – Turquie (juin 2024)
  • Asie-Pacifique – Sri Lanka (juin 2024)
  • Afrique – Éthiopie (juillet 2024)

La première version de l’ACAP a ensuite été présentée lors de la réunion en personne du Comité de Pilotage International (GSC sous ses sigles en anglais) de Nyéléni à Bangalore, en Inde (du 31 août au 6 septembre 2024).

Un second cycle de consultations (du 20 janvier au 14 mars 2025) a permis aux régions et aux organisations mondiales d’affiner l’Agenda Commun d’Action Politique et le Plan d’action. Pour garantir un engagement large, deux sessions de briefing mondiales ont été organisées (28 et 29 janvier 2025). La deuxième version a été soumise aux membres du GSC réunis au Sri Lanka (du 5 au 9 mai 2025). La version finale a ensuite été partagée pour examen interne aux niveaux régional et mondial, puis validée lors d’assemblées préforum des femmes, des jeunes et des diversités, ainsi que par des assemblées régionales et des réunions de mouvements mondiaux. Le processus s’est conclu lors du troisième Forum Global Nyéléni à Kandy au Sri Lanka (du 5 au 15 septembre 2025).

Pourquoi l’ACAP est important

L’Agenda Commun d’Action Politique est au cœur du processus Nyéléni. Structuré en cinq sections, il aborde les défis mondiaux à travers une approche intersectionnelle :

  • Section 1 : Qui sommes-nous – Décrit les divers secteurs et acteurs impliqués dans le processus.
  • Section 2 : Pourquoi nous agissons — Analyse les crises mondiales interconnectées enracinées dans l’oppression et l’inégalité systémique, y compris le capitalisme, l’impérialisme, le colonialisme, le patriarcat, le racisme, le système des castes et la discrimination envers les communautés marginalisées. Il dénonce la capture de gouvernance par les entreprises, l’accaparement des terres et des ressources, l’exploitation par des agro-industries motivées par le profit, l’aggravation des impacts climatiques, les conditions de travail précaires et les « fausses solutions » mises en avant par des systèmes axés sur le capital, y compris le colonialisme numérique et les marchés financiers spéculatifs.
  • Section 3 : Ce que nous cherchons à accomplir et comment — Présente six axes thématiques :
    • Démocratie et droits des peuples
    • Paix et solidarité internationale
    • Économies populaires
    • Souveraineté alimentaire et agroécologie
    • Réforme des terres, eaux, territoires et agraire
    • Santé, justice climatique et souveraineté énergétique
  • Section 4 : Renforcer nos mouvements — Définit des stratégies de mobilisation, de construction de mouvements, de solidarité, d’éducation politique, de partage des connaissances et de communication populaire.
  • Section 5 : La voie à suivre — Déclare un engagement collectif pour une transformation systémique et des conclusions opérationnelles.

L’ACAP vise non seulement à présenter des propositions, mais aussi à unifier les luttes pour la souveraineté alimentaire, la justice économique, sociale, de genre, raciale et environnementale au sein d’une vision systémique partagée. Sa force réside dans son origine participative, en effet chaque section reflète une analyse, un débat et une révision collective par des centaines d’organisations à travers le monde.

Une fois finalisé, l’ACAP sera présenté lors d’événements de convergence mondiale (Il sera présenté à l’occasion du Forum social mondial en août 2026), afin de renforcer les alliances et d’étendre l’action collective. Face à de multiples crises interconnectées et systémiques, le défi à venir est de dépasser les efforts fragmentés et de façonner un avenir commun grâce à des initiatives émancipatrices déjà en cours de construction au sein des mouvements.

Lisez la Déclaration de Kandy.

Bulletin n° 62 – Éditorial

3e Forum Nyéléni : Construire la solidarité mondiale pour une transformation systémique

Photo : Fresque réalisée par le collectif Fearless Collective lors du 3ᵉ Forum Nyéléni à Kandy, au Sri Lanka. Cette fresque est le résultat d’une méthodologie développée et mise en pratique par le collectif : à partir de l’image d’une assiette vide, les participant·e·s ont discuté des questions de sécurité, de souveraineté et de justice alimentaires, et ont réfléchi à ce que l’on ressent lorsque les droits sont bafoués. Ces réflexions ont pris vie dans la fresque : une paysanne luttant contre la canne à sucre, une pêcheuse affrontant les éoliennes — des images qui rendent visibles un segment de la société si souvent tenu pour acquis : les paysan·ne·s qui produisent la nourriture que nous mangeons. Les artistes sont aussi des acteur·rice·s politiques, et lors du Forum, l’art n’a pas été un simple produit dérivé, mais un outil politique central et puissant pour transmettre des luttes et des messages à l’échelle mondiale.


Du 6 au 13 septembre 2025, la ville de Kandy au Sri Lanka a accueilli le 3e Forum Global Nyéléni. Des petit·es producteur·rices alimentaires, des consommateur·rices, des peuples autochtones, des syndicats, des défenseurs des droits humains, des défenseurs de la justice climatique et sanitaire, des communautés urbaines défavorisées, des groupes de femmes et de diversité de genres, des acteur·rices de l’économie sociale et solidaire, des universitaires, des artistes et d’autres représentant·es de mouvements de la base et d’organisations de la société civile se sont réuni·es à l’Institut national de développement coopératif (NICD). Ensemble, ils ont élaboré un Agenda Commun d’Action Politique (ACAP) pour une transformation systémique vers la justice économique, sociale, de genre, raciale et environnementale.

Au fil des années, le processus Nyéléni a permis la construction de mouvements collectifs, offrant un espace où les mouvements de la base partagent leurs luttes, analysent les tendances et travaillent ensemble vers des solutions communes. Fort de l’héritage des deux premiers forums Nyéléni, tous deux organisés au Mali, ce troisième forum a élargi sa portée en s’alliant aux mouvements pour la justice climatique, la santé des peuples et l’économie sociale et solidaire.

Reflet de sa diversité, le forum a réuni des participant·es de toutes les régions du monde, avec une équipe de 73 interprètes bénévoles organisée par le collectif COATI, travaillant sans relâche pour garantir la justice linguistique et l’interprétation dans 18 langues officielles.

Plus que tout, le forum a réaffirmé que la souveraineté alimentaire était indissociable de la solidarité mondiale. De la Palestine au Congo, d’Haïti au Soudan et au-delà, les participant·es ont exprimé leur volonté de se dresser contre l’oppression sous toutes ses formes et de bâtir un monde ancré dans la dignité, la justice et le soin. La solidarité avec la Palestine et tous les peuples confrontés à l’occupation, à la guerre et à la dépossession est apparue comme une responsabilité partagée et un reflet de la vision collective de justice du mouvement.

Le forum s’est conclu par la publication la Déclaration de Kandy et la promesse d’un ACAP enrichi. Ces deux textes doivent servir de boussole politique guidant les actions et la vision des mouvements mondiaux œuvrant pour la souveraineté alimentaire et la justice.

Cette édition du bulletin Nyéléni partage quelques-uns des temps forts du forum, d’après les points de vue de plusieurs participant·es. Pour citer la Déclaration de Kandy : « Dans toute la richesse de nos diversités — pour renforcer nos luttes — nous élevons nos voix ensemble et proclamons : Transformation systémique — maintenant et pour toujours ! »

Comité international de planification (CIP) pour la souveraineté alimentaire, Transnational Institute (TNI)    

L’écho des campagnes 

L’écho des campagnes 1

Timbulsloko : Un village qui s’enfonce dans la mer

Susan Herawati, KIARA, Indonésie

Timbulsloko est un village situé sur la côte nord de Java, dans l’une des régions qui s’enfoncent le plus vite d’Indonésie. Les premières infiltrations d’eau de mer ont été enregistrées en 1990, marquant le début d’une transformation profonde de l’aspect de ce village et des moyens de subsistance. Dès 1995, le niveau de la mer montait progressivement, et augmentait en moyenne de 18 cm chaque année entre 2002 et 2016. Associée à un affaissement des sols, cette montée a englouti une bonne partie de Timbulsloko. Plus de 100 hectares de terres et entre 400 et 1 300 mètres de littoral ont déjà disparu, ainsi que de nombreuses habitations.

Ce n’est pas seulement une catastrophe naturelle. L’expansion industrielle a aggravé cette crise. Après la coulée de boue Lapindo, des industries ont quitté l’est de Java en 2006 pour s’installer au centre de Java, attirées par des risques environnementaux moins élevés et une main-d’œuvre meilleur marché. Demak, le district où se trouve Timbulsloko, est vite devenu un grand pôle industriel. Cette transformation, couplée à l’expansion du port de Tanjung Mas, n’a fait qu’empirer les choses. Les industries pompent d’immenses quantités d’eau souterraine, ce qui accélère davantage l’affaissement des sols. Par conséquent, les inondations sont devenues incontrôlables, et chaque année Timbulsloko disparaît un peu plus.

Cette lente catastrophe a bouleversé le quotidien des habitant·es. Dans les années 1960, la côte était couverte de rizières, de cocoteraies, d’arbres fruitiers et de cultures de légumes. Les familles se nourrissaient de riz, de maïs et de légumineuses ; et l’agriculture assurait à la fois l’alimentation et des revenus. Mais au fur et à mesure que la mer a grignoté les terres fertiles, cultiver est devenu impossible. La population locale a été contrainte d’abandonner l’agriculture au profit de l’élevage de crevettes et de chanos, et désormais la majorité dépend exclusivement de la pêche (parfois dans des conditions précaires).

Les conséquences sont graves. En raison de pertes de revenus et de l’insécurité alimentaire, certaines familles peinent à survivre. Cette communauté agricole autrefois prospère est aujourd’hui en première ligne de la crise climatique, prise en tenaille entre la hausse du niveau de la mer et des politiques de développement non durables qui continuent à l’ensevelir.

L’écho des campagnes 2

L’autogouvernance communautaire des terres comme voie vers la justice climatique et de genre

Massa Koné, UACDDDD, Mali

Au Mali, la lutte pour la terre est depuis longtemps une lutte pour la dignité. Pendant des décennies, les communautés rurales, les femmes et les organisations de la société civile – menées par l’Union des associations et coordinations d’associations pour le développement et la défense des droits des personnes défavorisées (UACDDDD) – ont exigé la reconnaissance de leurs droits. Leur persévérance a porté ses fruits en 2017, lorsque le Mali a adopté une loi historique sur le foncier agricole (LFA), suivie d’un décret d’application en 2018.

Pour la première fois, les droits fonciers coutumiers des communautés rurales ont été légalement reconnus, créant un nouveau cadre dans le système de gouvernance foncière du Mali qui protège le contrôle des communautés sur leurs ressources. Les commissions foncières villageoises (COFOV) sont au cœur de ce système.

Plus que des structures juridiques, les COFOV sont des espaces de démocratie de proximité. Dans les régions menacées par l’agro-industrie et les projets d’extraction, elles redonnent le pouvoir de décision aux communautés, qui fixent collectivement les règles d’utilisation, de gestion et de transfert des terres. Les femmes, historiquement exclues, assument désormais des rôles de leadership, transmettent des connaissances et préservent la souveraineté alimentaire. Leur présence affirme que la justice foncière et la justice de genre sont indissociables.

À ce jour, l’UACDDDD a soutenu la création de COFOV dans plus de 380 villages grâce à un processus participatif en dix étapes, fondé sur la législation nationale et des décennies de lutte. En donnant la priorité aux femmes et aux jeunes, cette approche garantit une gouvernance foncière inclusive, équitable et pacifique. Il est important de noter que les COFOV défendent non seulement un accès équitable à la terre, mais aussi une gestion collective des territoires basée sur l’agroécologie paysanne.

Alors que le monde se dirige vers la COP 30, l’expérience du Mali offre une leçon vitale : la justice climatique n’émergera pas de promesses faites du haut vers le bas, mais des communautés qui gouvernent leurs territoires comme des biens communs. Les COFOV démontrent qu’une transformation profonde est possible si l’on permet aux communautés de gouverner leurs terres comme un bien commun, pour l’avenir de tous.

L’écho des campagnes 3

Le pouvoir de guérison de l’agroécologie

Angie Belem Ruiz, Galaxias-UNICAM SURI, Argentine

Les galaxies de refuges agroécologiques sont des fermes gérées collectivement en Argentine, installées sur des terres reprises à l’agrobusiness. Lancées en 2018 par UNICAM SURI, l’université paysanne du Mouvement Paysan de Santiago del Estero (MOCASE-VC), elles offrent un refuge, du soin et un travail digne pour les jeunes, les femmes, les personnes de tous les genres et les migrant·es touché·es par l’exclusion, la violence et l’addiction.

J’ai intégré Las Galaxias lorsqu’un tribunal m’a condamnée à cinq ans de prison pour appartenance à un groupe de jeunes ayant des problèmes d’addiction à la drogue, dans un quartier défavorisé de la banlieue de La Matanza, Buenos Aires. Lors du procès, un membre de la coordination de Las Galaxias a demandé au juge de me laisser purger ma peine dans l’une de leurs communautés, où je travaillerais la terre plutôt que d’être enfermée. À ma grande surprise, le juge a accepté, et m’a permis non seulement d’aller y vivre et y travailler, mais aussi d’amener avec moi mes deux plus jeunes filles.

J’ai commencé par apprendre à m’occuper de chèvres aux côtés de Mabel, une agricultrice qui m’a enseigné à traire les bêtes, assurer l’hygiène, refroidir le lait et en faire du fromage. Ensuite, je me suis occupée des poules pondeuses : les nourrir, leur donner de l’eau, les faire sortir et nettoyer le poulailler. Aujourd’hui, à la Galaxia La Dorotea, je m’occupe des moutons et je partage les tâches avec d’autres jeunes.

Grâce à ce travail, ma vie a complètement changé. Produire des aliments sains et vivre en communauté est devenu thérapeutique et pédagogique. Je suis passée de prisonnière à coordinatrice, avec des responsabilités d’organisation et administratives.

L’agroécologie m’a soignée. Elle m’a redonné ma dignité, a resserré mes liens avec mes filles, et m’a montré que la coopération et la vie au contact de la terre peuvent changer le désespoir en espoir. Pour moi, les Galaxias sont bien plus qu’un refuge : c’est le chemin vers la liberté, en guérissant la Terre Mère et en construisant des systèmes alimentaires justes et durables.

L’écho des campagnes 4

Donner le pouvoir aux peuples

Mouvement des Peuples Affectés par les Barrages (MAB), Brésil

Ces deux dernières années, l’Amazone brésilien a enregistré les pires sécheresses de son histoire. De grandes rivières telles que le rio Madeira en Rondônia, le plus grand affluent de l’Amazone dont la profondeur peut dépasser les 20 mètres, est tombé en dessous de 25 cm en 2024. Au cours de ces périodes, les productions alimentaires et halieutiques des communautés traditionnelles et littorales (appelées « ribeirinhas » en portugais) ont été affectées, de même que leur accès à la santé, à l’éducation, et d’autres droits.

L’intensification de la crise climatique et des événements météorologiques extrêmes qu’elle provoque a été plus rapide que la réponse apportée par l’État. C’est pourquoi, tout en maintenant leur pression sur les gouvernements, les populations touchées s’organisent dans le Mouvement des Peuples Affectés par les Barrages (MAB) dans la région et mettent déjà en place leurs propres mesures d’adaptation, s’appuyant sur le principe de répondre avant tout aux besoins des personnes et de façon collective.

En Rondônia, grâce à la lutte pour la justice climatique, les communautés affectées ont obtenu la construction de plus de 800 systèmes et réseaux pour la collecte, le filtrage, le stockage et la distribution des eaux, construits par les personnes dans un effort collectif.

Les populations qui, par le passé, ont contribué le moins au réchauffement climatique et qui protègent nos forêts, paient aujourd’hui le prix fort ; mais elles ont besoin d’élaborer des solutions avec des conditions différentes. Mettre les populations au pouvoir et transformer la société et le développement de la base vers le haut est la réponse à la crise actuelle.

L’eau pour la vie !

Encadres

Encadré 1

Vers la CIRADR +20 pour promouvoir la souveraineté alimentaire et la justice climatique

La deuxième Conférence mondiale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR +20) se déroulera en Colombie en février 2026, en réponse à l’appel d’organisations de la base réunissant des paysan·nes, des peuples autochtones, des pastoralistes, des pêcheur·euses traditionnel·les et des communautés rurales. La Colombie, l’un des rares pays à mettre en œuvre la réforme agraire, s’est proposée pour accueillir cet événement mondial.

La CIRADR +20 se tient à un moment clé, à l’heure où l’accaparement des terres, la spéculation, les inégalités et la destruction écologique continuent à déplacer des millions de personnes et accentuent la faim et la pauvreté. Pour les communautés rurales, les terres et les territoires sont la base de la vie, de la culture, de la dignité et de la souveraineté alimentaire. C’est pourquoi cette conférence est bien plus qu’un forum politique : c’est un espace pour réclamer la justice, remettre en cause le pouvoir des entreprises et encourager un changement systémique reposant sur les droits des personnes.

La première CIRADR en 2006 était un espace historique d’ouverture à la fois pour les gouvernements et les mouvements sociaux, qui ont organisé le forum « Terres, Territoires et Dignité ». Elle a ouvert la voie à des avancées notables, telles que les Directives sur les baux fonciers, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones (UNDRIP) et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP en anglais), qui ont fait avancer la reconnaissance des terres comme droits humains. Pourtant, malgré des victoires dans certains pays, la mise en œuvre reste limitée.

Vingt ans plus tard, et au regard des multiples crises actuelles, les organisations de petit·es producteur·rices alimentaires espèrent que la CIRADR +20 ira plus loin : remise en cause de la concentration des terres, garantie des droits collectifs et coutumiers, promotion de la réforme agraire de redistribution, défense de la justice de genre et générationnelle et des territoires comme des espaces de résistance, d’espoir et de transformation.

Encadré 2

Verdir les données, mais les données ne peuvent être vertes

Alors que les mouvements pour la justice alimentaire, agricole et climatique veulent mettre en commun leurs luttes pour un changement systémique, les marchés du carbone fleurissent grâce aux outils et processus numériques : trouver des informations, faire des calculs, programmer une activité productive, transmettre des informations vers un autre continent ou automatiser les nurseries, etc. semble être des procédés fluides, précis et écologiques.

Dans le nouvel ordre mondial numérique, les petites et microfermes, les forêts communautaires et même les jardins personnels des paysan·nes peuvent intégrer les marchés du carbone, car il est possible de calculer et commercialiser leur capacité de stockage du CO2.

Les mesures satellites, l’agriculture de précision grâce à des capteurs dans les champs et les forêts, la connectivité accrue, l’utilisation à grande échelle des smartphones et tablettes, le modelage par intelligence artificielle, l’essor de la robotisation et de l’automatisation des usines : voilà des exemples de technologies que les entreprises espèrent déployer dans le cadre de leurs efforts pour compenser leurs émissions. Ces mesures seraient associées au versement de crédits carbone, d’obligations bleues et vertes, d’obligations climat et d’autres instruments financiers qui feront l’objet de discussions à la COP 30.

L’élan que la numérisation offre aux marchés du carbone doit être dénoncé comme une escroquerie, un serpent qui se mord la queue. Les technologies numériques ne pourront jamais être propres, car elles reposent sur les énergies fossiles pour alimenter les centres de données et les gadgets, et nécessitent un extractivisme agressif pour obtenir ces matériaux.

Verrons-nous les géants de la technologie numérique à la COP 30, cherchant à attirer avec des compensations, tout en proposant leurs outils pour mesurer les émissions spéculatives ?

Encadré 3

Réforme agraire, agroécologie et lutte pour la justice climatique

La crise climatique à laquelle nous faisons face s’inscrit dans une longue histoire de dépossessions, évinçant nos peuples de leurs territoires, de colonisation dont l’héritage perdure et de mainmise des grandes entreprises sur nos systèmes alimentaires.

Le modèle d’agriculture industrielle, où le profit prime sur les personnes et la nature, a systématiquement détruit la biodiversité, pollué la planète et aggravé la crise climatique. Elle se manifeste chaque année avec des événements météorologiques extrêmes, qui affectent en premier lieu ceux et celles qui travaillent la terre, pêchent et cultivent la nourriture de nos communautés.

Lutter contre ce système alimentaire emmené par les entreprises et destructeur requiert un changement total de notre approche de la terre, de l’eau, des biens communs et des territoires, et du partage de leur contrôle.

C’est pourquoi pour les paysan·nes, les peuples autochtones, les pêcheur·euses, les pastoralistes, les petit·es producteur·rices alimentaires et les travailleur·euses agricoles, la lutte pour la réforme agraire est l’élément central de la lutte globale pour la justice climatique. Cela s’explique simplement : sans la gestion des terres, de l’eau, des semences et des territoires par les peuples, pas d’agroécologie, cette pratique qui guérit la terre et soutient les communautés.

La réforme agraire intégrale va donc au-delà d’une simple redistribution des terres. Il s’agit de se réapproprier les biens communs nécessaires pour construire des territoires de soin et des économies reposant sur la solidarité.

Cela doit passer par la participation démocratique des personnes qui produisent et consomment des aliments. La réforme agraire que des mouvements sociaux comme La Via Campesina appellent de leurs vœux est, en somme, une lutte pour les conditions matérielles qui permettent aux petit·es paysan·nes de vivre dignement et de produire des aliments en harmonie avec la nature, grâce à l’agroécologie.

Pourquoi l’agroécologie ? L’agroécologie paysanne rejette la dépendance aux intrants chimiques et aux semences industrielles. Au contraire, elle promeut la biodiversité, préserve les sols et l’eau et reconstruit les écosystèmes perdus ou endommagés. Il s’agit d’un modèle de production, d’une vision politique et d’un mode de vie ancrés dans le respect pour la Terre Mère et le bien-être collectif.

En associant la biodiversité, la santé des sols, la conservation de l’eau et les savoirs locaux, l’agroécologie paysanne construit des systèmes alimentaires résilients où le carbone est stocké dans les sols et la végétation. Ces exploitations agricoles absorbent une grande quantité de carbone et participent à la réduction du CO2 dans l’atmosphère. Le couvert arboré, la diversité des cultures et l’équilibre écologique ravivent les sols, restaurent les paysages et préviennent l’érosion, tout en régulant les climats locaux, gardant l’humidité et refroidissant la terre à l’échelle locale et internationale. Pour la pêche et le pastoralisme, l’agroécologie protège les écosystèmes aquatiques et la biodiversité tout en garantissant un accès juste aux ressources. Les pastoralistes utilisent la transhumance et la rotation des pâturages pour éviter la désertification et assurer la fertilité des sols.

Les luttes pour la réforme agraire et l’agroécologie doivent donc aller de concert si nous souhaitons faire tomber les systèmes alimentaires industriels et parvenir à une véritable justice sociale, économique et climatique.

Sous les feux de la rampe

Sous les feux de la rampe 1

De Nyéléni au Sommet des Peuples : les convergences pour le changement

« Il n’y a pas de cause unique à notre lutte parce que nous ne vivons pas une vie à problème unique. » Audre Lorde

En 2025 et 2026, les mouvements sociaux ont plusieurs occasions de converger et de construire des alternatives systémiques aux crises croisées que nous traversons actuellement. Ce sera pour nous l’occasion de nous mobiliser contre les entités qui accaparent nos terres et territoires, qui oppriment nos communautés et divisent nos mouvements avec des politiques d’extrême droite : des entreprises transnationales, des oligarques et leurs connivences avec des dirigeants autoritaires.  Le troisième forum mondial Nyéléni (tenu en septembre), le Sommet des Peuples en amont de la COP 30 et la CIRADR +20 rassemblent des mouvements sociaux qui œuvrent pour un changement systémique, en partant de points différents et de contextes géographiques et politiques divers, mais avec des objectifs communs.

La question de comment contrer l’escalade de l’accaparement des ressources en raison des politiques néolibérales (voir l’article « Sous les feux de la rampe 2 ») sera au cœur de tous ces espaces. L’une des principales réponses à cette question est la revendication d’une réforme et d’une redistribution agraires.

Le mouvement pour la justice climatique s’oppose au système des énergies fossiles qui rend notre monde invivable, pollue et fait main basse sur les terres et les eaux des pêcheur·euses et des paysan·nes. Nous luttons contre le complexe militaire-industriel, responsable de souffrances considérables, de 5 % des émissions mondiales et de la criminalisation des défenseur·euses de l’environnement tout en recevant des milliards d’argent public qui pourraient être consacrés aux services publics ou au financement de l’action climatique. Nous luttons contre la financiarisation de la nature, lorsque de prétendues actions climatiques deviennent un nouveau moyen pour que les banques et fonds d’investissement profitent de la destruction, tout en dépossédant les peuples autochtones et ruraux. Nous savons qu’il ne peut y avoir de justice climatique sans justice économique, sans indemnisations pour les destructions du passé, ou l’allègement de la dette. C’est impossible sans réforme foncière, sans les savoirs autochtones et paysans et sans s’attaquer aux inégalités criantes. Aussi, nous sommes solidaires des autres mouvements, notamment le mouvement pour la souveraineté alimentaire.

La souveraineté alimentaire offre une organisation totalement différente de la production et la consommation alimentaires. Elle revendique l’alimentation comme un droit humain et non une marchandise et redonne le pouvoir aux classes ouvrières rurales et urbaines (beaucoup de ces personnes sont également des producteur·rices alimentaires). L’objectif est de relocaliser les systèmes alimentaires et de respecter et construire des savoirs traditionnels. Ce cadre a également politisé l’agroécologie : la science, la pratique et le mouvement pour l’agriculture écologique qui s’est imposée comme l’un des meilleurs exemples de solutions issues de la base dans le monde.

Lors du troisième Forum Nyéléni, les mouvements ont approfondi et étendu ce cadre pour parvenir à une transformation systémique, par exemple en s’attaquant aux fausses solutions, en s’opposant à l’utilisation de la nourriture comme arme de guerre, dont nous voyons les effets dévastateurs à Gaza, et en ajoutant aussi des aspects économiques et de justice climatique. Ces moments requièrent que nous élargissions et renforcions nos alliances et luttes collectives pour l’émancipation, la justice, l’autonomie et le droit à l’autodétermination.

Les mouvements de la base composés de peuples autochtones, paysan·nes, pêcheur·euses, personnes noires, féministes, travailleur·euses, migrant·es sont les grands protagonistes dans la lutte pour la justice climatique, la souveraineté alimentaire et la redistribution des ressources.

Ce sont les paysan·nes, les pêcheur·euses et les peuples autochtones qui sont en première ligne de la défense contre les projets extractifs sur leurs terres. Ce sont les récupérateur·ices de déchets qui travaillent dur pour un monde sans plastique dérivé du pétrole. Ce sont les féministes de la base qui ont revendiqué des économies pour la vie et les soins, pas pour l’extraction. Ce sont les communautés noires et autochtones qui partagent avec le monde leurs savoirs historiques et traditionnels concernant la médecine et la production alimentaire. En leur redonnant leurs terres, de vraies solutions de la base peuvent se concrétiser.

Les peuples organisés ont depuis longtemps apporté des changements progressifs à plusieurs échelles. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à l’effondrement des démocraties, à la montée de puissants oligarques et à la collusion des entreprises avec la classe politique. Ensemble, de Nyéléni au Sommet des Peuples et lors de la CIRADR +20, nous aborderons ce défi avec espoir et solidarité. Avec des solutions réelles et pratiques qui améliorent le quotidien de tout le monde.

Sous les feux de la rampe 2

La réforme agraire et la redistribution doivent être au cœur des politiques climatiques

Confier les terres et les territoires aux petit·es producteur·rices alimentaires, peuples autochtones et communautés rurales constitue l’une des stratégies les plus efficaces pour arriver à la justice climatique. Les régimes fonciers garantis et équitables sont directement liés à une gestion des ressources écologiquement saine des territoires, des systèmes alimentaires durables, la justice sociale, la paix et le bien-être. Sans politiques de redistribution, la concentration des terres et des ressources continuera d’alimenter la destruction écologique et de creuser les inégalités.

Les inégalités foncières jouent un rôle central pourtant sous-estimé dans la triple crise environnementale du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution. Aujourd’hui, 1 % seulement des exploitations agricoles contrôlent 70 % des terres agricoles mondiales, alors que la majorité des communautés rurales, les peuples autochtones et les petit·es producteur·rices de denrées alimentaires sont victimes de dépossessions et de violence. Il s’agit non seulement d’une violation de leurs droits humains, mais aussi d’une entrave à leur capacité prouvée à être des gardiens des écosystèmes. Les territoires sous leur responsabilité enregistrent régulièrement des taux de déforestation inférieurs, davantage de biodiversité, une meilleure gestion de l’eau et une résilience accrue au climat.

Depuis la crise financière de 2008, les terres sont de plus en plus considérées comme des biens financiers, entraînant de la spéculation, des acquisitions à grande échelle et le déplacement de communautés. Plus récemment, les « accaparements verts » liés aux compensations carbone et marchés de la biodiversité se sont multipliés, et ces mécanismes représentent désormais 20 % des grands accords fonciers. Ces initiatives, vendues comme des solutions aux dérèglements climatiques, participent souvent à la spoliation de communautés et à l’érosion de la gestion écologique. Pendant ce temps, les systèmes alimentaires industriels et aux mains des grandes entreprises, qui dépendent de monocultures, d’énergies fossiles et d’agrochimiques, restent les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre, de la déforestation, et de la dégradation des sols et de l’eau.

Les petits exploitants quant à eux, qui n’utilisent que 35 % des terres cultivées dans le monde, mais nourrissent plus de la moitié de l’humanité, utilisent des systèmes agricoles divers et agroécologiques qui renforcent la résilience et réduisent les émissions. Leur contribution est indispensable pour l’adaptation climatique, la conservation de la biodiversité et la souveraineté alimentaire. Néanmoins, leur capacité à garder ce rôle dépend de droits garantis aux terres, à l’eau et aux territoires.

La question de qui détient et contrôle les terres est donc indissociable du défi de construire un avenir juste et durable. Agir contre les inégalités foncières par le biais de politiques de redistribution des régimes fonciers n’est pas seulement un devoir des États relevant des droits humains, c’est aussi un impératif social et écologique. Une réforme agraire peut arrêter et inverser l’accaparement des terres, réduire les inégalités, renforcer la conservation reposant sur les communautés et permettre des transitions justes vers l’agroécologie et des systèmes alimentaires durables.

C’est pourquoi la réforme agraire et des politiques de redistribution des régimes fonciers doivent être des pierres angulaires des stratégies climatiques. Leur promotion par le biais de politiques publiques permet aux communautés rurales et aux peuples autochtones de gouverner et gérer leurs territoires de façon autodéterminée. Une attention particulière doit être portée aux mesures garantissant le respect, la protection et l’application effective des droits des paysan·nes, petit·es producteur·rices de denrées alimentaires, peuples autochtones et communautés rurales dans le contexte des marchés du carbone et de la biodiversité. En somme, confier le contrôle des terres aux peuples et communautés rurales et assurer leurs droits fonciers existants (en particulier les droits collectifs et coutumiers) jette les bases de transitions justes vers des modèles économiques et des sociétés durables et équitables.

Bulletin n° 61 – Éditorial

Ancrés dans la résistance : les territoires pour la justice climatique

Illustration créée pour le 3e Forum Global Nyéléni  – Cultiver ou mourir, Chardonnoir. Des paysan·nes se dressent comme des géants, leurs mains et leurs récoltes comme bouclier et épée. Ils défendent la terre, protègent la vie et retrouvent la souveraineté, faisant des cultures un acte de rébellion, de résilience et d’espoir.

Les terres, eaux, forêts et écosystèmes constituent la base de la vie pour les peuples autochtones, les paysan·nes, les pêcheur·euses traditionnel·les, les pastoralistes, les peuples des forêts, les travailleur·euses et les autres communautés rurales. Les peuples autochtones considèrent leurs territoires comme l’intégralité de l’habitat qu’ils habitent ou utilisent, le point d’ancrage de la culture, de l’identité et des moyens de subsistance. Au-delà de la production alimentaire, ces territoires assurent des fonctions sociales, culturelles, spirituelles et écologiques essentielles. Pourtant, les biens fonciers et naturels sont vivement disputés, et leur répartition inégale reflète la discrimination structurelle et les injustices historiques. Au fil des siècles, des processus d’enfermement, de colonialisme et de dépossession ont concentré le contrôle aux mains d’acteurs puissants, exacerbant ainsi l’oppression et l’exclusion.

Aujourd’hui, l’effondrement climatique, la perte de biodiversité et l’injustice environnementale, causés par des économies néolibérales basées sur la financiarisation, le patriarcat et le colonialisme, renforcent ces luttes. L’accès, l’utilisation et le contrôle des communautés sur les terres et les territoires restent essentiels pour faire avancer les transformations systémiques souhaitées par le mouvement pour la souveraineté alimentaire. Les territoires sont des terrains de résistance contre les projets d’extraction qui mettent en danger la santé, les moyens de subsistance et les écosystèmes, mais ce sont aussi des espaces où les communautés créent des alternatives reposant sur l’agroécologie. Ces modèles promeuvent la souveraineté alimentaire, la dignité et la justice (sociale, climatique, environnementale, de genre et intergénérationnelle).

Alors que les mouvements sociaux se préparent à la COP 30 sur le Climat et la deuxième Conférence mondiale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR +20), cette édition du bulletin Nyéléni met en avant le rôle central des terres et des territoires dans la création de futurs justes et durables.

FIAN International, Les Amis de la Terre International, Groupe ETC, La Via Campesina

L’écho des campagnes

L’écho des campagnes 1

L’architecture de la dette mondiale viole les droits humains

La Via Campesina Équateur

Actuellement, l’Équateur est endetté à hauteur de 8 705 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international, ce qui en fait le quatrième pays le plus endetté au monde. Dans le 23e accord entre l’Équateur et le FMI, le prêt est décrit comme un soutien aux politiques de l’Équateur visant à stabiliser l’économie et à protéger la dollarisation. Il doit également permettre de mettre en place un programme de réformes structurelles.

Cependant, les organisations paysannes, autochtones et de la société civile ont remis en question le prêt et ont mis en garde contre l’impact des mesures et des conditions imposées par le FMI. Parmi les principaux accords figurent l’élimination des subventions aux carburants, le travail à l’heure, une nouvelle réforme fiscale, entre autres conditions.

Nous affirmons que cette architecture de la dette mondiale viole les droits humains, plongeant les paysans, les peuples autochtones et l’ensemble de la classe ouvrière dans la pauvreté et l’endettement. Nous alertons aussi sur la vague de criminalisation, de stigmatisation et de persécution à notre égard, intensifiée par notre lutte et notre résistance en faveur d’une vie digne. De nombreux·ses dirigeant·es et représentant·es de mouvements sociaux sont poursuivi·es par la justice et sont en danger, alors que se profilent des mesures complexes au coût social extrêmement élevé.

L’écho des campagnes 2

Le FMI et la BM ont intensifié la pression en faveur de la privatisation des terres au Sri Lanka

Anuka Vimukthi, MONLAR, Sri Lanka

Deux jours avant l’élection présidentielle de septembre 2024, le Sri Lanka a été contraint de signer un accord de restructuration de la dette avec des créanciers internationaux, sans discussion publique ni débat parlementaire. Cet accord secret a donné la priorité au remboursement de la dette plutôt qu’aux droits et au bien-être de notre peuple.

Pendant des années, les institutions financières internationales ont poussé le Sri Lanka vers une agriculture orientée vers l’exportation par le biais de programmes d’ajustement structurel. Ces réformes ont favorisé l’agrobusiness et l’agriculture intensive en capital, nous rendant, nous les paysan·nes et les petits pêcheurs, dépendants des marchés pour les semences, les engrais, les filets et les bateaux, érodant ainsi notre autonomie et nos systèmes alimentaires. 

Aujourd’hui, dans le cadre du 17e programme du FMI, le fardeau de la stabilisation économique pèse sur les plus pauvres. Les mesures d’austérité, y compris la tarification de l’énergie selon le principe du recouvrement des coûts, ont presque triplé les prix du carburant et de l’électricité, ce qui a eu un effet dévastateur sur les moyens de subsistance. L’augmentation des taxes sur les équipements et les intrants a plongé de nombreux·se paysan·nes dans la pauvreté et l’endettement.

Le FMI et la Banque mondiale poussent depuis longtemps à la privatisation des marchés fonciers. Avec ce dernier programme, ils réitèrent leur demande, faisant craindre une dépossession massive des terres. 

En tant que membre de MONLAR, je fais partie d’un mouvement grandissant qui résiste à ces mesures injustes. Nous intensifions notre campagne et exhortons le gouvernement à reconnaître la souveraineté alimentaire et les droits des paysan·nes et des travailleur·euses dans les campagnes comme des éléments essentiels de la politique agricole et économique du Sri Lanka.

L’écho des campagnes 3

Le défaut de paiement du Kenya a conduit à des accords de libre-échange qui criminalisent les paysan·nes

Susan Owiti, Ligue des Paysan·nes du Kenya 

Le Kenya a une dette publique très élevée. Le ratio dette/PIB du pays était d’environ 68 % en 2024.

Actuellement, les obligations du gouvernement kényan en matière de service de la dette absorbent environ 48 % du budget national et près de 55 % des revenus du pays. Cette situation touche directement les paysan·nes, car les fonds qui auraient dû soutenir les droits des paysan·nes au Kenya sont redirigés vers le service de la dette. 

Cela signifie également que les ménages sont contraints d’emprunter pour survivre et même pour payer les services qui ont été privatisés. La hausse des coûts, l’endettement croissant et la forte pression exercée par les créanciers poussent les ménages dans une crise de plus en plus grave. Les agriculteur·rices, piégé·es dans le système agricole conventionnel qui repose sur les pesticides et les engrais, s’endettent de plus en plus car l’État supprime ou réduit toutes les subventions et mesures incitatives. En l’absence de planification ou de soutien de l’État pour une transition agroécologique cohérente, de nombreux paysans sont laissés à la merci du marché, qui n’est jamais à la hauteur. 

Le manquement du Kenya à ses obligations en matière de dette a conduit à la négociation d’accords de libre-échange qui favorisent des lois criminalisant le mode de vie des paysans, telles que la loi sur les haricots mungos (en anglais Mung Bean Bill), qui criminalise la culture sans licence de cette plante ou la Loi sur les Variétés de Semences et Végétales. Un autre exemple est le Partenariat Stratégique de commerce et d’investissement entre les États-Unis et le Kenya, qui comprend des conditions telles que la levée de l’interdiction des OGM.

L’écho des campagnes 4

Argentine : la souveraineté alimentaire est reléguée au second plan

Diego Montón, Mouvement paysan autochtone argentin, MNCI Somos Tierra

En mars 2025, le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé une restructuration de la dette argentine, en lui accordant illégalement 20 milliards de dollars. Cette somme s’ajoute aux 41 052 milliards de dollars déjà prêtés en 2018. 

La dette de l’Argentine représente 30 % du total des prêts du FMI, ce qui en fait le principal débiteur. La dette représente près de 10 % du produit intérieur brut : elle est impossible à rembourser. Nous nous demandons pourquoi le FMI continue de prêter à l’Argentine. Laura Richardson, cheffe du Commandement Sud des États-Unis, a déclaré lors d’un événement organisé par l’Atlantic Council : « L’Amérique latine est essentielle parce qu’elle possède de l’eau, de la nourriture, du pétrole et 60 % du lithium de la planète. » Javier Milei a promulgué un régime d’investissement (RIGI) qui accorde de larges avantages au capital financier, sans impôts ni réglementations. La directrice du FMI, Kristalina Georgieva, a exhorté les Argentins à voter pour continuer dans cette direction. 

Au-delà de la restructuration qui accompagne chaque accord avec le FMI, la dette oblige les États à permettre l’extractivisme. La seule voie qui s’offre aujourd’hui à l’Argentine est de s’organiser et de lutter pour répudier la dette envers le FMI et avancer ensemble vers la souveraineté alimentaire, l’indépendance économique et la justice sociale.

Encadres

Encadré 1

La finance mondiale dicte la libéralisation du commerce : un appel à repenser le commerce entre les pays

Le Consensus de Washington, imposé par le FMI et la Banque mondiale par le biais de prêts conditionnels, a institutionnalisé le néolibéralisme. Ses politiques fondamentales comprennent la libéralisation du commerce, la privatisation des entreprises publiques, la réduction des dépenses publiques, la déréglementation et la re-réglementation en faveur des entreprises. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) renforce encore ces principes par le biais d’accords commerciaux mondiaux qui favorisent le capital transnational. 

La Via Campesina (LVC) a émergé comme force de résistance paysanne mondiale aux réformes néolibérales et à l’OMC. Bien que les mobilisations paysannes aient contribué à freiner les progrès de l’OMC depuis 2001, l’accord sur l’agriculture de 1995 permet toujours à des nations puissantes comme les États-Unis et l’Union européenne de mettre en œuvre des programmes commerciaux agressifs qui pénalisent le soutien aux petits producteurs de denrées alimentaires. Les accords commerciaux bilatéraux et régionaux ont encore aggravé la pauvreté rurale. Ces régimes commerciaux empêchent les gouvernements du Nord comme du Sud de mettre en œuvre des politiques de souveraineté alimentaire. Ils considèrent la réglementation du marché intérieur, les prix de soutien pour les petits producteurs alimentaires et les marchés publics comme des « distorsions commerciales », et privilégient l’accès des entreprises à l’intérêt public. 

Au cours des deux dernières années, des manifestations paysannes ont éclaté dans plus de 65 pays, soulignant la nécessité d’un nouveau système commercial. LVC lance une campagne visant à construire un nouveau cadre mondial pour le commerce agricole entre les pays, qui soit ancré dans les principes de coopération et de solidarité transnationale et qui défende la souveraineté alimentaire de chaque pays. Il est important que les petits producteurs et les mouvements de travailleur·euses, ainsi que tous ceux qui sont attachés à la souveraineté alimentaire, se joignent à cet effort collectif pour construire une véritable alternative économique. Pour en savoir plus : www.viacampesina.org  

Encadré 2

La financiarisation comme moteur de l’accaparement des terres

La financiarisation joue un rôle central dans la vague mondiale d’accaparement des terres et des ressources naturelles, favorisant la concentration des terres et sapant la capacité des communautés à se nourrir et à nourrir les autres. Depuis la crise financière de 2008-2009, la terre est de plus en plus traitée comme un actif financier. Environ 65 millions d’hectares ont été acquis dans le monde, et les fonds de pension, d’assurance et de dotation ont investi environ 45 milliards de dollars dans les terres agricoles entre 2005 et 2017. En 2018, ces entités représentaient 45 % de tous les investissements dans les terres agricoles.

Les crises écologiques actuelles (changement climatique, perte de biodiversité et dégradation des écosystèmes) découlent de l’extraction capitaliste. Pourtant, les acteurs du monde de la finance et de l’entreprise considèrent désormais ces crises comme des opportunités d’investissement. Les fonctions naturelles telles que le stockage du carbone sont rebaptisées « services écosystémiques », une valeur économique leur est attribuée et elles sont commercialisées. La valeur de ces « actifs naturels » s’élèverait à 4 000 billions de dollars. Les marchés du carbone et de la biodiversité en particulier ont alimenté une nouvelle vague d’accaparements verts, environ 20 % des transactions foncières à grande échelle étant désormais liées à la bioéconomie. À eux seuls, les marchés du carbone devraient voir leur valeur quadrupler au cours des dix prochaines années, intensifiant la pression sur les terres et dépossédant les communautés au nom de la durabilité et des promesses « d’émissions net zéro ».

Encadré 3

La déréglementation et le tournant néolibéral dans l’agriculture mondiale

Le FMI et la Banque mondiale, par le biais des conditionnalités attachées aux prêts et autres financements et des conseils politiques, ont joué un rôle central dans la financiarisation accrue, la déréglementation des marchés et les réglementations favorables aux entreprises dans les secteurs de l’alimentation, de l’agriculture et des secteurs liés. Ces mesures ont entraîné l’accaparement de terres, une plus grande exposition des petits exploitants à la volatilité des prix, la concentration des marchés et du pouvoir financier par les entreprises agroalimentaires, et l’expansion de l’agriculture industrielle polluante.

Plus récemment, la déréglementation du secteur du blé au Pakistan, conformément aux conditions du FMI, a éliminé le prix de soutien minimum et a entraîné la fin de la Pakistan Agricultural Storage and Services Corporation (PASSCO)[1]. En Argentine, les mesures d’austérité approuvées par le FMI ont entraîné des licenciements massifs et des coupes dans les services sociaux, la déréglementation du marché alimentaire et la déréglementation de la loi sur les terres rurales. En Équateur, l’élevage de crevettes soutenu par la BM a détruit les forêts de mangroves et déplacé les communautés locales, soulignant ainsi les coûts environnementaux et sociaux de ces politiques.

Ces changements dans l’environnement réglementaire ne sont pas limités aux pays en développement et ne sont pas non plus mis en œuvre par les seules institutions de prêt.

L’accord Blair House de 1992, un accord bilatéral clé entre les États-Unis et l’Union européenne sur les subventions agricoles, en est un bon exemple.  Il a conduit l’UE à mettre fin aux quotas de production laitière. De nombreux petit·es agriculteur·rices européen·nes ont alors été confronté·es à une concurrence accrue et à l’instabilité des prix. Il n’est donc pas surprenant qu’entre 2007 et 2022, le nombre de petites exploitations agricoles dans l’UE ait diminué de 44 %, tandis que le nombre de mégaexploitations a augmenté de 56 %.

L’accord Blair House a ensuite ouvert la voie à l’Accord sur l’Agriculture (AoA en anglais)[2], le premier cadre multilatéral sur le commerce agricole, qui a jeté les bases de nombreuses négociations ultérieures sur des accords de libre-échange de l’OMC, et a permis la mondialisation des entreprises agroalimentaires, tout en marginalisant la paysannerie. 

Aux États-Unis aussi, les politiques de déréglementation ont eu un impact considérable sur le secteur agricole, en particulier le démantèlement du modèle de prix de parité[3] et du système de gestion de l’offre d’après les quotas qui assurait autrefois la stabilité des petit·es agriculteur·rices.

La déréglementation autonome dans les pays riches a également contribué à l’expansion du pouvoir des marchés et des acteurs de la finance au sein des systèmes alimentaires. Cela a conduit à des échanges spéculatifs, à des prix alimentaires record, à une volatilité accrue des prix dans le monde entier et à l’ouverture de nouveaux marchés pour les semences génétiquement modifiées.

Il est donc évident que l’idéologie économique néolibérale, où les marchés financiers priment sur les personnes, aggrave les inégalités, impose des mesures d’austérité qui affaiblissent les économies rurales et sape la responsabilité publique. Les manifestations en cours dans différents pays reflètent une résistance croissante face à des États qui se soustraient à leur obligation de servir leur peuple et non les marchés.

Au contraire, nous avons besoin d’une plus grande réglementation du marché pour protéger les intérêts des citoyens, et non d’une déréglementation.

[1] La Pakistan Agricultural Storage and Services Corporation (PASSCO) (« entreprise de stockage et services agricoles du Pakistan »), une entité gouvernementale, achète du blé et d’autres cultures de base à des prix de soutien afin de garantir des revenus équitables aux producteur·rices de denrées alimentaires, de maintenir des réserves stratégiques et de stabiliser les prix du marché.

[2] L’AoA est un accord de l’OMC visant à réformer le commerce des produits agricoles. Il a été établi au cours du Cycle d’Uruguay de l’Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce (GATT selon l’acronyme anglais) et est entré en vigueur avec la création de l’OMC en 1995.

[3] Dans le cadre du prix de parité, le gouvernement fixe les prix de soutien, par le biais de prix planchers ou de subventions, sur la base du coût des intrants et des niveaux de vie de l’époque de référence, ajustés pour tenir compte de l’inflation.

Sous les feux de la rampe

Sous les feux de la rampe 1

Implications de la finance mondiale sur la souveraineté alimentaire

L’une des plus grandes menaces pour la souveraineté alimentaire est le pouvoir de la finance mondiale sur l’économie réelle, les systèmes alimentaires et la gouvernance alimentaire et économique.  Depuis l’avènement du néolibéralisme dans les années 1980, les marchés financiers se sont développés à l’échelle mondiale, le capital financier étendant son emprise sur les économies nationales et infranationales par le biais de la banque, de la microfinance et des investissements extractifs et spéculatifs dans des secteurs stratégiques tels que l’alimentation, la terre, l’agriculture, l’eau, l’exploitation minière, l’énergie, le développement immobilier et l’infrastructure physique. Cela a été rendu possible par les changements dans la réglementation financière et les technologies financières numériques (fintech) qui permettent aux capitaux de circuler librement à travers les frontières nationales et dans le monde entier et d’atteindre les communautés par le biais d’applications bancaires ou de paiement numériques (via les téléphones mobiles). Un large éventail d’instruments financiers, des fonds de pension, les fonds communs et les fonds indiciels aux valeurs mobilières et aux produits dérivés, a permis aux entreprises et aux particuliers de bénéficier de façon disproportionnée de ces investissements, au détriment de l’économie réelle, de la biodiversité, de l’environnement, de la stabilité de l’emploi, de l’accès à la nourriture et du climat. La mondialisation financière a ouvert la porte à la spéculation sur les denrées alimentaires et agricoles – où les traders achètent et vendent de futurs contrats sur les denrées alimentaires et/ou parient sur les prix à venir pour engendrer des bénéfices – augmentant la vulnérabilité du monde à des crises financières et alimentaires récurrentes. 

Les crises financières ont de graves répercussions sur les moyens de subsistance, l’emploi, les revenus, la souveraineté alimentaire et la santé des petit·es producteur·rices de denrées alimentaires, des travailleur·euses et des communautés rurales et urbaines pauvres, en particulier dans le Sud mondial. Les conséquences sont exacerbées par la faiblesse (ou l’absence) des mesures nationales de protection sociale, de lutte contre la faim et la malnutrition, de soins de santé et d’allègement de la dette, qui sont des outils importants permettant d’absorber les chocs économiques. Depuis des décennies, les programmes d’ajustement structurel (PAS) et les mesures d’austérité élaborés par la Banque mondiale et le FMI ont enfermé de nombreux pays du Sud dans des pièges vicieux liés à la dette, dont les principaux éléments sont la libéralisation du commerce et de l’investissement, la privatisation et la déréglementation. En échange de prêts destinés à assurer le fonctionnement des économies nationales et l’accès aux marchés financiers mondiaux, la BM et le FMI continuent d’exiger des réductions massives des aides publiques aux biens et services essentiels, la suppression des protections pour les travailleur·euses, les petits producteurs agricoles et l’environnement, ainsi que des réformes radicales des politiques et réglementations nationales au service du secteur des entreprises et des marchés libres. 

Les PAS et le néolibéralisme ont ouvert la voie à la financiarisation de l’alimentation, qui accroît considérablement l’implication des entités financières (banques commerciales, fonds souverains, fonds d’investissement privés, sociétés de gestion d’actifs, etc.) dans les systèmes alimentaires et dans les transactions mondiales de produits financiers liés à l’alimentation, à la terre et à d’autres éléments essentiels à la production alimentaire. La crise alimentaire de 2008 a accéléré la financiarisation de l’alimentation, car les États se sont précipités pour sécuriser les approvisionnements alimentaires, créant ainsi de nouvelles possibilités de profit pour les investisseurs financiers. 

La financiarisation et la faiblesse de la réglementation antitrust ont permis aux entreprises de consolider leur taille de marché et leur pouvoir dans les systèmes alimentaires par le biais de fusions et d’acquisitions. Les grandes entreprises attirent davantage d’investissements financiers de la part des banques et des gestionnaires d’actifs, ce qui leur permet à leur tour de se consolider davantage, entraînant une concentration des entreprises dans les systèmes alimentaires.  L’augmentation du pouvoir financier et sur le marché permet aux entreprises de façonner la gouvernance des systèmes alimentaires en influençant les politiques, les réglementations, les lois et la recherche nationales et internationales en leur faveur, au détriment de millions des petit·es producteur·rices de denrées alimentaires, des travailleurs, des peuples autochtones et des populations rurales, périurbaines et urbaines. Il incombe de toute urgence aux mouvements pour souveraineté alimentaire du monde entier de développer des mesures stratégiques, légales et applicables pour faire reculer et empêcher l’infiltration de la finance mondiale dans les systèmes alimentaires du monde.

Sous les feux de la rampe 2

Une pression mondiale pour une annulation de la dette est nécessaire !

Au cœur de la crise alimentaire mondiale actuelle se trouve un système commercial façonné par des politiques néolibérales qui favorisent les profits plutôt que les personnes et où priment les intérêts des pays exportateurs, grands et riches. Ces politiques mettent en avant des approches axées sur le marché, permettant aux grandes entreprises agroalimentaires de dominer au détriment des petit·es producteur·rices de denrées alimentaires qui nourrissent les communautés depuis des générations. La concentration du marché retranche les petit·es producteur·rices de denrées alimentaires et les travailleur·euses de l’agroalimentaire en marge de la société et de l’économie, et l’accès à l’alimentation devient un privilège plutôt qu’un droit.

Les politiques néolibérales et dominées par le marché sont profondément liées à la politique de la dette. Les pays en développement sont confrontés à d’importants défis économiques en raison de la concentration des marchés agricoles, de la baisse des revenus et des dettes extérieures écrasantes envers les créanciers publics et privés.  Pour conserver l’accès aux capitaux internationaux, les gouvernements des pays fortement endettés sont contraints de donner la priorité au remboursement de la dette plutôt qu’au bien-être de leurs citoyen·nes et d’adopter des politiques favorables aux entreprises et au marché plutôt que des programmes qui soutiennent la souveraineté alimentaire et l’agriculture durable.  Cela crée un cercle vicieux dans lequel les besoins des populations continuent d’être marginalisés au profit des obligations financières envers les créanciers internationaux.

Selon la CNUCED, la dette extérieure des pays en développement a atteint le chiffre record de 11 400 milliards de dollars américains. En 2023, 54 pays en développement (dont près de la moitié en Afrique) ont consacré au moins 10 % des fonds publics au paiement des intérêts de la dette. Aujourd’hui, 3,3 milliards de personnes vivent dans des pays qui dépensent plus pour le paiement de la dette que pour la santé ou l’éducation.

Le troisième Forum Global Nyéléni, prévu en septembre, se tiendra au Sri Lanka, un pays qui a été confronté à de graves problèmes économiques en raison de sa dette extérieure. Le Sri Lanka s’est retrouvé en défaut de paiement de la dette extérieure en 2022, entraînant un programme de restructuration sous l’égide du FMI. Le gouvernement a été contraint de donner la priorité aux paiements de la dette plutôt qu’aux droits des citoyens, ce qui a gravement affecté la capacité du pays à investir dans la production alimentaire, les moyens de subsistance ruraux et la sécurité sociale de sa population.

Les données actuelles montrent que 60 % des pays à faible revenu et 30 % des pays à revenu intermédiaire sont confrontés au surendettement, ce qui limite leur capacité à investir dans la souveraineté alimentaire et les services sociaux, aggravant ainsi la faim et les inégalités. Le troisième Forum Nyéléni doit devenir un espace de résistance et de campagne contre ces politiques. La dette n’est pas seulement un fardeau financier, c’est une entrave qui limite la capacité des gouvernements à donner la priorité au bien-être de leurs populations, et une arme pour poursuivre l’extraction des richesses des sociétés touchées par la crise, initialement créée par la dette.

L’annulation de la dette est essentielle pour rompre ce cycle. Elle permettrait aux pays de donner la priorité à leurs populations et à leurs communautés, en se concentrant sur des systèmes alimentaires agroécologiques où les petits producteurs de denrées alimentaires peuvent nourrir leurs communautés en harmonie avec les territoires.

Sous les feux de la rampe 3

Comment lever des fonds pour construire la souveraineté alimentaire ?

La construction de la souveraineté alimentaire et le développement de l’agroécologie nécessitent des infrastructures sociales, physiques, économiques et financières, publiques, dédiées et permanentes.  Des types et des montants de financement appropriés et suffisants sont requis à plusieurs niveaux, afin de garantir que les petit·es producteur·rices de denrées alimentaires disposent des fonds et des autres ressources (telles que la terre, l’énergie et l’eau) nécessaires pour investir dans la production, la transformation, le stockage et la distribution/commercialisation. Dans le même temps, des environnements politiques favorables sont indispensables pour fournir les financements requis et renforcer les fondements sociaux, économiques et environnementaux de la souveraineté alimentaire et de l’agroécologie : les financements ne sauraient enfermer les petit·es producteur·rices de denrées alimentaires dans des cycles d’endettement, et les politiques doivent les protéger de la concurrence des entreprises agroalimentaires.

Une mesure cruciale consiste à réorienter les budgets multilatéraux nationaux et mondiaux consacrés à l’alimentation, à l’agriculture et au climat, en abandonnant les systèmes alimentaires et les chaînes de valeur industriels et corporatistes au profit de la souveraineté alimentaire et de l’agroécologie. L’élimination des subventions directes et indirectes colossales que les entreprises agroalimentaires reçoivent pour la production, les exportations, le transport, la commercialisation et la protection contre leurs responsabilités socio-environnementales libérera d’énormes quantités d’argent à différents niveaux, qui pourront être utilisées pour financer l’infrastructure nécessaire à la souveraineté alimentaire.

Simultanément, des flux de recettes publiques peuvent être mobilisés par le biais de différents types d’impôts :  impôt progressif général ; imposition appropriée des sociétés, y compris pour les bénéfices tirés des grands marchés et des transactions numériques ; impôts exceptionnels sur les bénéfices tirés de la spéculation sur les denrées alimentaires, les marchandises et les terres ; taxes sur la malbouffe et les aliments ultra-transformés, etc. Les paradis fiscaux offshore doivent être fermés, et des lois contre l’évasion fiscale et la corruption doivent être instituées et appliquées, y compris la saisie des actifs des riches fraudeurs fiscaux. L’argent provenant de ces mesures peut être utilisé pour subventionner l’approvisionnement alimentaire à petite échelle, les coopératives de producteurs-consommateurs, les marchés territoriaux, les banques alimentaires communautaires, les programmes de santé et d’assurance communautaires et d’autres services collectifs importants pour la souveraineté alimentaire. Plus important encore, ces mesures peuvent libérer de l’argent pour alléger la dette des communautés rurales et urbaines pauvres et leur donner accès à un crédit adéquat, leur permettant ainsi de reconstruire leurs capacités économiques.

La souveraineté alimentaire repose sur le droit des personnes et des communautés à se nourrir et à mener une vie pleine, saine et productive dans la dignité, la justice et l’égalité pour les générations actuelles et futures.  Pour cela, les gouvernements et la société doivent investir massivement et de manière continue dans la transformation des systèmes sociétaux, politiques et économiques, afin que l’approvisionnement alimentaire à petite échelle reçoive les ressources financières dont il a besoin de toute urgence. Il s’agit notamment de mesures telles que l’achat public d’aliments produits de manière agroécologique pour la restauration scolaire et d’autres besoins alimentaires communautaires, l’investissement public dans les marchés territoriaux et la protection de l’environnement, la fin de la spéculation alimentaire, et des politiques garantissant des salaires décents et des conditions de travail sûres pour les travailleur·euses du système alimentaire, en particulier pour les femmes. Les crises alimentaires sont créées et exacerbées par la finance internationale déréglementée, qui met à mal la souveraineté alimentaire.  Les actions décrites ci-dessus par les gouvernements et les agences multilatérales sont importantes pour protéger nos systèmes alimentaires et envoient également des signaux positifs à l’ensemble de la société pour soutenir la souveraineté alimentaire.