Sous les feux de la rampe

Océans, petits pêcheurs et droit à l’alimentation : résister à l’accaparement des océans

Depuis les crises financières de 2007-2008, des universitaires, des ONG et des mouvements sociaux ont fait valoir qu’une nouvelle vague d’accaparement de terres avait lieu. Les stratégies d’accumulation de capital se sont de plus en plus concentrées sur la maîtrise de l’utilisation et des bénéfices des ressources naturelles, en réponse à ce que l’on a appelé la « convergence des crises » (finances, alimentation, climat et énergie)[McMichael, P. 2012. The land grab and corporate food regime restructuing. The Journal of Peasant Studies. 39 (3-4), 681-701]. Dans le processus, un spectre large d' »entreprises et ONG, des défenseurs de l’environnement et des industries minières, ou des entreprises d’écotourisme et des militaires [Fairhead et al. 2012. Green Grabbing: a new appropriation of nature? The Journal of Peasant Studies. 39 (2), 237-261, quote from p. 239] » a été impliqué de différentes manières dans cette saisie des ressources. Bien que l’on se soit beaucoup concentré sur l’impact de ces problèmes sur les paysans et les petits agriculteurs et qu’on ait suscité une résistance inspirante contre leur impact, les luttes des mouvements d’artisans pêcheurs ont été jusqu’à récemment négligées dans les mobilisations mondiales essentiellement « centrées sur les terres ».

Pour remédier à cette situation, un rapport intitulé « The Global Ocean Grab » a été publié en septembre 2014 par les mouvements de pêcheurs et leurs alliés. Selon la publication, l’accaparement des océans « signifie la prise de contrôle par de puissants acteurs économiques d’un processus décisionnel crucial… y compris le pouvoir de décider comment et à quelles fins les ressources marines sont utilisées, conservées et gérées » (p. 3) Depuis lors, l’accaparement des océans a été un terme clé pour définir les menaces auxquelles sont confrontés les pêcheurs à l’échelle mondiale. Les deux mouvements mondiaux de pêcheurs, le Forum mondial des pêcheurs et des travailleurs de la pêche (WFFP) et le Forum mondial des pêcheurs (WFFP) s’en inspirent pour dénoncer les pressions en faveur de la privatisation des pêches, les fausses solutions issues des négociations sur le changement climatique et, plus récemment, les objectifs de développement durable (ODD). Le rapport initial sur l’accaparement des ressources océaniques couvrait en outre un large éventail de questions qui expulsent et/ou déplacent les pêcheurs et leurs communautés dans le monde d’aujourd’hui, depuis les initiatives de conservation jusqu’au tourisme, en passant par l’aquaculture à grande échelle et d’autres industries extractives. De plus, en guise d’appréciation des énormes quantités de pêcheurs qui dépendent des eaux intérieures pour leur mode de vie, les processus sur lesquels l' »accaparement des océans » vise à mettre l’accent sont les suivants : « les eaux intérieures, les rivières et les lacs, les deltas et les zones humides, les mangroves et les récifs coralliens » (p. 4). L' »accaparement des océans », tel qu’il a été utilisé par les deux mouvements mondiaux de pêcheurs, vise donc à mettre l’accent sur « l’exclusion des petits pêcheurs de l’accès à la pêche et aux autres ressources naturelles » (p. 6) de diverses manières.

Croissance bleue

« Lorsque les mouvements mondiaux de pêcheurs ont été fondés, la lutte politique a porté essentiellement sur le secteur de la pêche artisanale par rapport à l’industrie à grande échelle. Jusqu’ à présent, les motifs de contestation se sont élargis à mesure que les artisans pêcheurs perdent l’accès aux lieux de pêche en raison de l’accaparement des terres et de l’eau par les entreprises. Les dirigeants du monde entier veulent s’attaquer aux changements climatiques en mettant en place des mécanismes qui, au bout du compte, nous privent de notre accès aux lieux de pêche et confèrent les droits à la terre et à l’eau aux entreprises. »
Margaret Nakato, WFF, Paris COP21. Le rapport complet de la réunion ici.

Pendant des années, les mouvements de pêcheurs et leurs alliés avaient concentré leurs énergies au niveau mondial sur la lutte pour l’adoption Directives volontaires visant à assurer la durabilité de la pêche artisanale (Directives SSF). Parallèlement à ce travail de définition de visions alternatives basées sur l’approche droits de l’homme, il est apparu clairement que d’autres forces essayaient de traiter les questions des ressources halieutiques et océaniques dans une direction très différente [Pour plus d’informations sur la manière dont cela a eu un impact sur la mise en œuvre des Directives SSF, voir ici]. Comme le suggère la citation de Margaret Nakato du FFM, les mouvements de peuples de pêcheurs qui s’agrippent à l’océan veulent mettre en évidence la lutte multiforme qu’ils mènent. Il ne s’agit plus seulement des luttes plus « étroites » contre la flotte de pêche industrielle [Bien que, voir Sinha 2012 pour une discussion sur la façon dont les luttes des pêcheurs n’ont jamais « simplement » porté sur la pêche, Sinha, S. 2012. Transnationalité et le mouvement indien des travailleurs de la pêche, 1960-2000. Journal of Agrarian Change. 12 (2-3), 364-389].

Dans le contexte du changement climatique, une vision contradictoire de la « croissance bleue » émerge régulièrement depuis la réunion Rio +20. Tout comme son homologue  » verte  » envisage la croissance bleue sur terre, elle veut transformer le changement climatique et la destruction croissante de l’environnement océanique en de nouvelles possibilités d’accumulation de capital. Au lieu de s’attaquer aux causes des crises actuelles, les seules « solutions » proposées par la croissance bleue sont celles du marché, où la condition préalable est de ne pas entrer en conflit avec les intérêts et le pouvoir des entreprises, mais de les renforcer, en leur donnant plus de contrôle sur les ressources naturelles, supposément pour les sauver. Le raisonnement suit la logique selon laquelle pour résoudre le problème du changement climatique, nous devons donner aux entreprises un plus grand rôle dans la manière de gouverner la nature.

En conséquence, une coalition d’acteurs – semblables à ceux qui sont déjà impliqués dans l’accaparement des terres, de l’eau et de l’environnement -, comprenant des États, des institutions financières internationales, des coalitions de sociétés transnationales, des fondations philanthropiques et des ONG environnementales transnationales (bien que basées principalement aux États-Unis), sont devenus des partisans de la « croissance bleue ». Ils se sont réunis dans le cadre de réunions internationales exclusives, notamment à l’occasion du Sommet mondial sur les océans organisé deux fois par an par The Economist, pour discuter de la manière d’aller de l’avant avec leur vision [Plus d’informations sur cette « emprise des entreprises » ici]. En plus de proposer des solutions néolibérales qui conduisent à l’accaparement des ressources, ces événements doivent aussi être vus comme une tentative d’écarter toute forme de solutions réelles qui ciblent la cause fondamentale de la « convergence des crises », à savoir : « la guerre du capitalisme sur la terre » [Voir le livre de John Bellamy Foster, Brett Clark and Richard York].

Conférence des Nations Unies sur les océans- L’accaparement des océans sous le couvert de durabilité

L’un des principaux événements récents, où la vision de la croissance bleue a été défendue, a été la Conférence des Nations Unies sur les océans en juin 2017. Ici, des pratiques non durables flagrantes et/ou de fausses solutions qui ont été critiquées par les mouvements de pêcheurs comme une forme d’accaparement de l’océan, comme le carbone bleu [Bulletin Nyéléni n°7: et le rapport du TNI et du Syndicat indonésien des pêcheurs (KNTI)], une série d’activités extractives à grande échelle (pétrole, gaz), des zones de protection marines et même l’initiative chinoise massivement destructrice One Belt One Road, ont été dissimulées dans le langage de la durabilité. Tous ces instruments ont été considérés comme des outils pour atteindre l’objectif de développement durable 14 (ODD 14), qui devrait autrement concerner la « conservation et l’utilisation durable des océans, des mers et des ressources marines pour le développement durable ». En réponse à cette tentative de réorienter les pratiques qui auraient un impact négatif sur les populations de pêcheurs à petite échelle à travers le monde en les qualifiant de « durables », le WFF et le WFFP ont publié une déclaration puissante dénonçant les ODD et la Conférence des Nations Unies sur l’Océan. Comme ils le soulignent, les ODD sont au cœur de leur action : « donner la priorité aux intérêts lucratifs d’une élite minoritaire tout en marginalisant les voix des personnes sur le terrain que nous représentons, ils soutiennent et enracinent ainsi les inégalités et injustices existantes de l’ordre mondial ». De plus, ils négligent fondamentalement la lutte pour les droits de l’homme et remanient les responsabilités des Etats : « si l’on examine les ODD, il manque un engagement clair en faveur des droits de l’homme. Des droits fondamentaux tels que le droit à l’alimentation, le droit à l’eau et à l’assainissement, et les droits des femmes sont remarquablement absents. Dans ce nouveau contexte, le rôle des Etats est avant tout de faciliter les actions du secteur privé et surtout d’inciter les « engagements volontaires » sur la voie du développement durable [La déclaration complète ici] ».

Pêcheurs pour la souveraineté alimentaire

C’est en réponse à cet éventail de plus en plus large de questions que les mouvements de pêcheurs s’inscrivent dans le cadre d' »accaparement ». Contrairement à ces solutions d’élite qui insistent sur la privatisation et la commercialisation des pêches et des ressources océaniques, les mouvements de pêcheurs s’emploient à établir un contre-pouvoir avec d’autres mouvements de masse dans la poursuite de la justice climatique et de la souveraineté alimentaire [Voir le rapport sur la manière dont cette « convergence » a progressé lors de la COP21 à Paris, ici]. L’objectif de cette « convergence » de mouvements disparates est de lier les luttes qui résistent à la terre, à l’eau, à l’océan et à l’accaparement vert – qui se croisent en effet. Pour affronter efficacement cette pléthore d’accaparements, le mouvement de la souveraineté alimentaire doit d’abord les comprendre, puis se mobiliser, s’organiser et agir ensemble [Pour plus d’informations sur le modèle de production prôné par les artisans pêcheurs et sur la manière dont il peut être considéré comme « l’agroécologie en action », voir l’encadré 1 du Bulletin Nyeleni n°27].

L’écho des campagnes

L’écho des campagnes 1

Bangladesh, un exemple de migration climatique

Golam Sorowor, Secrétaire financier de BAFLF (fédération des syndicats agricoles bangladais)

Le Bangaldesh est un pays densément peuplé, qui est une victime évidente de l’exploitation globale en ce qui concerne les impacts du changement climatique. Ces impacts incluent déjà la croissance rapide de la salinité du sol à cause de la montée du niveau de la mer, des inondations liées à la marée, l’intensification de la survenue d’orages, l’augmentation des températures, des pluies torrentielles, des crues éclair, des sécheresses, des glissements de terrains et l’érosion des rivières. Les conséquences du changement climatique sont que les paysans et les communautés rurales sont confrontés à l’insécurité de leurs moyens de subsistance, à la malnutrition, au chômage, à la pauvreté, au traffic d’êtres humains, à la migration forcée ainsi qu’à des crises alimentaires, liées aux terres et à l’eau.

Plus de la moitié de la surface du Bangladesh n’est qu’à peine à cinq mètres au dessus du niveau de la mer. Une montée des eaux de mer d’un mètre submergerait un cinquième du pays et transformerait 30 millions de personnes en « réfugiés climatiques ». Le problème lancinant des réfugiés climatiques deviendra un problème majeur dans les prochaines décennies au Bangladesh. Beaucoup des villes principales sont déjà sous pression, particulièrement la capitale Dacca. En 1974 la population de Dacca était de 177 000 habitants, en 2017 ils sont 1.8 millions. D’ici à 2035, ce sera 3.5 millions (selon un rapport de la Banque Mondiale). Deux mille personnes venant de différentes parties du pays arrivent chaque jour à la recherche d’un emploi ou d’un abri. Les 10 villes les plus dangereuses dans le monde à cause du changement climatique incluent Dacca. « Les réfugiés climatiques globaux » seront confrontés à des frontières de plus en plus protégées, comme c’est le cas de l’Inde, qui militarise sa frontière avec le Bangladesh, au point qu’il y a déjà des morts signalées chaque mois.

L’agriculture au Bangladesh dépend largement de facteurs climatiques. Un cyclone peut détruire une part signifiative de la récolte de la saison. Le cyclone Sidr a détruit quasiment 95 pour cent des récoltes dans les districts côtiers quand il a frappé le Bangladesh en 2007 (ABD, 2013). Le cyclone Aila a innondé quasiment 200 000 acres de terre agricole avec de l’eau salée (97 000 acres d’Aman sont complètement détruits) et 300 000 personnes ont été déplacées ( 243 000 maisons ont été complètement dévastées). La salinité acrrue des sols et les températures maximales vont conduire à une décroissance du rendement du riz. Un changement de température pourrait aussi faire diminuer la production de pommes de terre de plus de 60%. Les crues éclair de 2017 à Haor ont réduit la production de riz de près de 15.8 millions de tonnes. La recherche a montré une diminution de 69% de la production de riz dans les villages côtiers en 18 ans. Environ ⅓ de la région du Bangladesh est influencée par les marées de la Baie du Bengal.

Pour faire face aux crises climatique et alimentaire le gouvernement promeut des entreprises privées du secteur agro-alimentaire, plus d’investissements dans les semences, des fertilisants et des équipements, en adoptant des semences hybrides et en imposant les OGM au nom de la sécurité alimentaire. Le Bangladesh a déjà lancé la première culture d’OGM Brinjal en 2014. Une pomme de terre OGM est dans les tuyaux et le gouvernement a annoncé des plans pour la commercialisation du premier riz génétiquement modifié Golden Rice en 2018. Tout ceci plutôt que de protéger les paysans et d’encourager la petite agriculture agroécologique.

La stratégie de la Banque Mondial et d’autres bailleurs de fonds interationaux pour la « sécurité alimentaire » gérée par les entreprises est une stratégie risquée pour l’agriculture dans le contexte du changement climatique. Leur intérêt véritable derrière cette politique est de permettre aux entreprises transnationales de semences et d’agrochimie d’accéder aux marchés agricoles du Bangladesh. Par conséquent, il est important de promouvoir les droits des paysans à des semences et d’autonomiser les communautés afin qu’elles puissent protéger leur propre mode de subsistance. Promouvoir la souveraineté alimentaire est la meilleure alternative pour la politique agricole actuelle au Bangladesh.

Le changement climatique, la souveraineté alimentaire et l’agriculture comprennent les problèmes politiques multidimensionnels du bien-être humain, de la gestion environementale et de la bonne gouvernance. Par conséquence, n’importe quelle stratégie pour aborder la souveraineté alimentaire et l’agriculture durable intégrant le changement climatique devraient considérer les moyens de subsistance comme composante fondamentale. Une approche écosystèmique de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire devrait être inclue dans les politiques nationales et les plans d’action pour réduire la vulnérabilité au changement climatique.

L’écho des campagnes 2

La récolte des fraises : une forme moderne d’esclavage

Mohammed Hakach, Fédération Nationale du Secteur Agricole, Morocco

Il fallait plus de 10 ans pour que la réalité de milliers d’ouvrières agricoles Marocaines en Espagne se manifeste. Une réalité caractérisée par la souffrance, l’isolement, l’exploitation et les différents types d’harcèlement. Les femmes rurales Marocaines sont exportées « légalement », dans le cadre de l’immigration prénommée « circulaire » , par le biais de l’agence ANAPEC sous tutelle du ministère de l’Emploi, pour travailler temporairement dans les champs de fraise au sud de l’Espagne .

Le calvaire de ces damnées de fraise commence par le recrutement et se termine par les conditions inclémentes de travail et de séjour.
Pour être recrutée, le patronat agricole espagnole exige des conditions qui nous rappelle le commerce des esclaves de l’ile de gouré au Sénégal. La candidate doit être jeune, mère d’enfants de moins de 13 ans, ayants des mains sillonnées et fissurées, preuve de ruralité, et avoir une silhouette convenable à la taille des serres.

Quant aux conditions de travail, d’hébergement et de salaire les révélations des victimes ainsi que les reportages médiatiques sont unanimes. C’est de l’esclavagisme moderne.
La Fédération Nationale su Secteur Agricole par le biais de son organisation des femmes du secteur agricole n’a pas cessé de dénoncer les exactions subies par les travailleuses agricoles immigrées. Elle considère la situation actuelle insupportable. L’Etat Marocain et L’Etat espagnole sont les premiers responsables.

L’écho des campagnes 3

Une lettre d’une mère

Les lettres rédigées par les migrants sont une source d’information précieuse sur leur situation, leurs périples et sur les abus qu’ils subissent. Ils sont aussi un aspect important de la littérature migratoire. Plusieurs lettres d’adieux ont été trouvées dans les poches de migrants noyés dans la Méditerranée ou ont été rédigées par des migrants en détresse car en prison. Nous avons choisi cette lettre envoyée par une mère à un association de soutien aux immigrants après avoir été séparée de son enfant à la frontière américaine.

Je m’appelle Claudia. Mon histoire commence quand j’ai traversé la rivière le 21 mai 2018. L’immigration m’a prise ce même jour. J’arrivais avec mon fils Kévin. Ils ont noté nos informations et nous ont emmené dans la glacière où nous avons passé trois heures. Ils nous ont ensuite transferré dans un autre endroit qu’ils appellent le chenil. Mon fils et moi étions là. Il était très inquiet et me disait qu’il ne voulait pas de cette nourriture, que nous étions prisonniers et le 23 de ce même mois ils m’ont séparé de lui avec des mensonges et cela m’a terriblement blessée parce qu’ils ne m’ont pas permis de lui dire au revoir.

Je lui ai seulement dit qu’ils m’emmenaient faire des examens médicaux, mais en réalité ils m’emmenaient à la cour criminelle. Supposément, en rentrant de la cour, nous serions réunis avec eux mais ce n’a pas été le cas. J’ai tellement pleuré. J’ai senti que je perdais la raison, et que quelque chose manquait dans ma vie. Je n’étais pas complète. Ils m’ont transférée à Laredo. Là je suis restée 12 jours, ensuite à Taylor où j’ai passé 24 jours. Mon entretien de peur crédible a été refusé et je vais voir le juge. Mais ce n’est pas juste. Mon fils est détenu depuis si longtemps. Une personne vient dans ce pays pour demander l’asile, pas pour être emprisonnée comme un criminel et pour qu’ils vous prennent votre fils. Pendant tout ce temps nous n’avons pu parler que trois fois et la dernière fois il m’a dit qu’il était triste et a demandé « quand serons nous ensemble ? » et cela a brisé mon coeur. Nous voulons la justice et qu’ils nous réunissent rapidement avec nos enfants. Nous sommes des êtres humains et il y a beaucoup d’autres mères qui souffrent. 28 juin 2018

Texte original en espagnol.

L’écho des campagnes 4

La Nakba palestinienne : un processus continu de déplacement et d’exile

Aghsan Albarghouti, Union des Comités de Travail Agricole, Palestine

Soixante-dix longues années se sont écoulées depuis la Nakba palestinienne de 1948, quand plus de 700 000 Palestiniens furent forcés à quitter leurs terres, leurs fermes et leurs maisons pour se réfugier dans des camps dispersés en Cisjordanie, dans la Bande de Gaza et dans les pays arabes voisins. Aujourd’hui, la population de réfugiés palestiniens se compte en millions, dispersés dans de nombreuses villes à travers le monde.

Soixante-dix ans plus tard, et la Nakba continue. Elle continue alors que des milliers de Palestiniens sont déplacés de force de leurs terres et de leurs maisons, non seulement en Palestine mais aussi dans les pays voisins. Elle continue alors que des réfugiés palestiniens en Iraq et Syrie ont été forcés de quitter leurs maisons à plusieurs reprises au fil des années. Elle continue comme le reflet des difficultés et dures conditions de vie des réfugiés au Liban.

La Nakba continue avec la poursuite de l’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza ; avec les politiques israéliennes de dépossession et démolitions de logements ; avec les guerres menées par Israël contre les Palestiniens vivant dans la Bande de Gaza ; avec les colonies qui continuent d’être installées sur les terres palestiniennes ; avec les agressions par les colons sanctionnées par l’Etat occupant, et avec la tentative de renforcement du contrôle israélien de la ville occupée de Jérusalem et d’expulsion des habitants palestiniens de la ville.

La loi de l’Etat-nation d’Israël récemment adoptée est un autre reflet de la perpétuation de la violence originelle contre le peuple indigène palestinien. Cette loi qui sanctionne les politiques israéliennes omniprésentes d’apartheid cherche à encore davantage débarrasser la terre de Palestine de ses habitants d’origine comme l’Etat occupant d’Israël continue de le faire.

De toute évidence, la persistance de la Nakba contre le peuple palestinien à l’intérieur et en-dehors de la Palestine requiert l’action collective et une réelle solidarité pour obtenir une justice qui comprend le retour des réfugiés à leur domicile, et la liberté de notre terre.

L’écho des campagnes 5

Crises et luttes comme survivre à Amarbail

Forum des Pêcheurs du Pakistan, membre du WFFP

Le mot « migrant » est une marque de tragédie et la lutte des migrants pour respirer est la même que celle d’un arbre se battant pour survivre au gui (Amarbail).Être un migrant n’est pas un crime mais ils sont forcés de vivre une vie pire que celle d’un prisonnier à travers le monde.

Il y a un nombre important de migrants à Karachi (surtout Bengalais et Birmans). Ils vivent près de la mer et côté de la zone industrielle. La plupart travaille dans des emplois liés à la pêche ou en tant qu’ouvriers. Leur crise commence par leur combat pour obtenir une Carte Nationale d’Identité (CNI) qui est un prérequis pour que les droits humains fondamentaux leur soient officiellement accordés, tels que l’accès à l’éducation, aux soins de santé et de meilleurs emplois.

Les opportunités qui génèrent un revenu sont tellement limitées pour les pêcheurs migrants qu’ils vivent bien en-dessous du seuil de pauvreté au Pakistan. La principale raison est l’absence de CNI. Ils n’ont pas le droit de postuler pour des postes au gouvernement ou de naviguer des bateaux en mer pour pêcher.Les seuls gagne-pains pour eux sont le travail d’ouvrier sur les bateaux ou le décorticage de crevettes chez eux sans aucune protection légale. Ils ne reçoivent pas le salaire qui leur est dû à cause de leur statut légal.

Le seul système de santé auquel ils ont accès est un service à l’extérieur des hôpitaux.Sans CNI, leurs patients ne sont ni admis dans les cas extrêmes, ni transfusés du sang de banques de sang.

Les enfants de migrants sont obligés de quitter l’école à la fin de l’école primaire et sont poussés vers l’analphabétisme même au 21ème siècle. Avec l’introduction de nouvelles restrictions à l’admission en école primaire, même leurs espoirs d’éducation primaire sont en train de s’évanouir. Cela est totalement contraire aux obligations de l’Etat : « l ‘Etat doit offrir une éducation gratuite et obligatoire à tous les enfants ».

A cause du manque d’éducation, d’emplois et autres nécessités, les jeunes sont impliqués dans le trafic de drogues et la criminalité de rue pour satisfaire leurs besoins financiers.

Les pêcheurs de la génération actuelle au Pakistan ne sont pas des migrants. Ils sont là en raison de la migration de leurs ancêtres. Le NADRA (service national chargé de la base de données et des d’enregistrements) va à l’encontre la loi pakistanaise sur la citoyenneté de 1951 (Pakistani Citizenship Act) qui affirme que « toute personne née au Pakistan après le commencement de cette loi est citoyenne du Pakistan de naissance », en refusant de délivrer une CNI.

Les communautés bengales estiment que leurs voisins sont chaleureux et leur offrent un soutien pour résoudre les problèmes quotidiens. La société pakistanaise est très accueillante mais les départements les empêchent de s’intégrer dans la société.

L’écho des campagnes 5

Des crises et des luttes. Survivre à l’étouffement de l’Amarbail

Forum des pêcheurs du Pakistan, membre de WFFP

Le terme « migrant » est synonyme de désastre et renvoie à la lutte des migrants pour résister à l’étouffement, de la même façon que l’arbre tente de survivre à l’emprise du gui (Amarbail). Être un migrant n’est pas un crime, et pourtant, dans le monde entier, des migrants sont contraints de vivre une existence pire que l’emprisonnement.

Le nombre de migrants à Karachi, en particulier des Bengalis et des Birmans, est significatif ; ils vivent près de la mer, à côté de la zone industrielle. La plupart d’entre eux exercent des professions liées à la pêche ou sont journaliers. Leur crise a commencé avec la lutte pour l’obtention de la carte d’identité nationale, qui est une exigence préalable à l’obtention des droits de l’homme les plus élémentaires, comme l’accès à l’éducation, à la santé et à de meilleurs emplois.

Les opportunités de gagner de l’argent sont tellement limitées pour les pêcheurs migrants qu’ils vivent bien en-deçà du seuil de pauvreté pakistanais, et cela est principalement dû au fait qu’ils n’ont pas de cartes d’identité. En effet, ils ne peuvent pas postuler à la fonction publique, ni être embarqués sur des navires pour pêcher. La seule façon pour eux de gagner leur pain quotidien est de travailler comme journaliers sur des navires ou de décortiquer des crevettes chez eux, sans aucune protection juridique. À cause de leur statut juridique, ils ne peuvent pas prétendre à des salaires légaux.

Le seul service de santé dont il peuvent bénéficier est celui des services extérieurs des hôpitaux. À défaut de carte d’identité, les patients traités par ces services ne sont pas admis si leur cas est grave et ne peuvent pas bénéficier du don du sang.

Les enfants des migrants sont obligés de quitter le système scolaire dès la fin du cycle élémentaire et sont ainsi poussés, en plein 21e siècle, vers l’illettrisme. Avec l’introduction d’une loi imposant de nouvelles restrictions à l’admission dans les écoles primaires, même l’espoir qu’ils reçoivent une éducation élémentaire est en train de s’évanouir. Cette loi est totalement opposée aux obligations de l’État, qui est pourtant tenu de « fournir une éducation gratuite et obligatoire à tous les enfants. »

À cause du manque d’éducation, d’emplois et d’autres produits de première nécessité, les jeunes sont impliqués dans des trafics de drogue et dans la délinquance de rue, ce qui leur permet de pourvoir à leurs besoins financiers.

La génération actuelle de pêcheurs au Pakistan ne sont pas des migrants. Ils résident dans ce pays suite à la migration de leurs ancêtres. En refusant de délivrer leur carte d’identité aux migrants, l’autorité nationale responsable de la base de données et de l’enregistrement (National Database & Registration Authority, NADRA) va à l’encontre de la loi pakistanaise de 1951 relative à la citoyenneté, qui stipule que « chaque personne née au Pakistan suite à l’entrée en application de cette loi sera citoyen pakistanais de naissance ».

Les communautés bengalaises pensent que leurs voisins sont accueillants et qu’ils peuvent les aider à résoudre les problèmes quotidiens. La société pakistanaise est effectivement très hospitalière, mais ce sont les autorités qui refusent aux migrants la possibilité de s’y insérer .

L’écho des campagnes 6

Travailleurs saisonniers migrants dans le sud de l’Italie

Unione Sindacale di Bas, Italie

Le syndicat italien Unione Sindacala de Base (USB) entend représenter, défendre et promouvoir les droits des travailleurs et des travailleuses et s’opposer à la fragmentation des luttes des travailleurs en les mettant en contact et en unissant ceux d’un même territoire.

En Italie, les travailleurs saisonniers agricoles, qui viennent en grande partie d’Afrique et du Moyen-Orient, sont confrontés à de terribles conditions d’exploitation, de répression et de discrimination raciale. Cette situation découle d’un modèle de production industrielle qui repose sur l’exploitation des travailleurs agricoles et des paysans. En Italie, la situation est encore aggravée par une loi sur l’immigration inspirée par la droite, qui force les migrants à avoir un contrat de travail afin d’obtenir un permis de résidence temporaire. Cette obligation a entraîné le développement d’un marché noir où les travailleurs migrants doivent accepter des conditions de travail inhumaines dans l’espoir de ne pas être déportés.

En Italie du Sud, en particulier dans les régions des Pouilles, de Basilicate et de Calabre, les saisonniers migrants sont surtout embauchés pour la récolte des agrumes, des tomates et des olives, en fonction de la saison. Ils vivent parqués dans des camps, des usines abandonnées ou des hangars, dans des conditions inhumaines. Ils travaillent pour deux euros de l’heure, dans d’extrêmes conditions, et subissent violences et menaces. L’une des victimes les plus récentes est Soumaila Sacko, un syndicaliste et travailleur malien de 29 ans, qui a été assassiné dans la plaine de Giogia Tauro, près de Reggio de Calabre. Soumaila était à la recherche, avec deux compatriotes, d’assiettes pour son baraquement lorsqu’il a été abattu d’une balle dans la tête.

Cet événement tragique a poussé l’USB à organiser de nombreuses mobilisations dans plusieurs villes italiennes, pour exiger que justice soit rendue et que les droits des travailleurs soient respectés. Cet événement a été couvert par les médias nationaux et a permis à l’USB de lancer un dialogue avec le ministère de l’agriculture et le ministère du travail.

Les travailleurs, tout comme les paysans, sont le dernier lien de la chaîne de production et les paysans sont souvent contraints d’exploiter des travailleurs, parce qu’ils se trouvent piégés dans l’engrenage de la production.

USB, La Via Campesina et Crocevia proposent une position novatrice : il n’est pas question de prendre partie pour les paysans ou les travailleurs, mais de les rassembler afin d’unifier la lutte contre un modèle de production qui étouffe les paysans et ne leur permet pas de dégager un revenu décent, précipitant ainsi l’exploitation des travailleurs saisonniers migrants.

Soumahoro Aboubakar a déclaré : « Nous demandons que les droits des travailleurs, hommes et femmes, quelle que soit leur couleur de peau, soient reconnus et respectés. Dans cette plaine de Calabre, comme dans de nombreux autres endroits, des travailleurs et des travailleuses ont décidé de briser les chaînes de l’exploitation, car ils pensent qu’en étant unis, nous pouvons réellement faire appliquer nos droits, alors que nous n’irons nulle part si nous restons divisés, en particulier dans le contexte d’une « campagne de haine » permanente et systématique. »

Encadres

Encadré 1

Lettre ouverte au Forum Mondial sur la Migration et le Développement

À l’attention de la société civile,
À l’attention des institutions multilatérales,
Et à l’attention des mouvements de migrants et de réfugiés,

Le collectif Nyeleni, qui promeut la souveraineté alimentaire comme une alternative susceptible de ralentir la débâcle migratoire actuelle, entreprend, plein d’espoirs, de relayer les initiatives issues de la société civile et les propositions des institutions multilatérales pour trouver une porte de sortie à la situation actuelle afin, en principe, de garantir l’intégrité humaine et le plein respect des droits des migrants et des réfugiés. À ce sujet, nous tenons à exprimer nos inquiétudes quant au tour que prend le processus du Pacte mondial sur les migrations, qui doit être formalisé au Maroc les 10 et 11 décembre prochains. Nous profitons également de l’occasion pour présenter notre position novatrice sur ce processus et pour réaliser nos propres propositions.

Nous sommes préoccupés par le fait que le Pacte mondial sur les migrations s’est détourné de l’aspect crucial des droits de l’homme des migrants et des réfugiés. En effet, le Pacte ne mentionne pas certaines des caractéristiques de la crise migratoire, utilisant des euphémismes comme « les besoins des migrants en situation de vulnérabilité » et « le respect, la protection et la jouissance des droits de l’homme par tous les migrants », mais a également recours à des expressions comme « promouvoir la sécurité et la prospérité dans nos communautés », ce qui signifie que le respect des droits passe après la préservation de la sécurité intérieure et de l’économie.

Il s’agit d’une déclaration extrêmement grave, en particulier dans le contexte actuel, alors que la crise migratoire a pris une ampleur tragique encore inédite dans l’histoire contemporaine. Les familles déchirées à la frontière entre le Mexique et les États-Unis et le confinement des enfants migrants dans des camps de concentration au Texas, le nombre incalculable de morts parmi les réfugiés, en particulier des enfants, des femmes et des personnes âgées qui se noient dans la Méditerranée, les violentes attaques racistes et fascistes dans des grandes villes et les multiples actions intentées contre les migrants dans le monde entier poussent la civilisation à des niveaux de déshumanisation et de barbarisme qui nous ramènent aux plus sombres heures de notre récent passé.

Et pourtant, le titre du Pacte lui-même, « pour des migrations sûres, ordonnés et régulières », indique que l’approche des États est opportuniste et qu’elle vise à favoriser le capital. En d’autres termes, les États, en particulier les plus puissants, considèrent que les migrations génèrent de la force de travail bon marché et disciplinée, permettant ainsi d’accumuler de la richesse et du capital. De la même manière que le système a fait reposer le fardeau de la crise financière de 2008 sur les migrants, il tente maintenant de faire de la tragédie de la migration une opportunité d’augmentation du profit pour les plus riches de ce monde.

Il est également particulièrement inquiétant de constater les différences de traitement entre les migrants et les réfugiés, qui contribuent à masquer le fait que l’expulsion des migrants de leurs terres pour des raisons économiques ou à cause de catastrophes climatiques et l’expulsion des migrants qui fuient des guerres d’occupation et des pillages obéissent aux mêmes raisons inhérentes à la structure du système. Les regards se détournent des forces qui précipitent la migration, de même que des raisons qui poussent à l’exode, et c’est pourtant là qu’il faut viser pour lutter contre les causes structurelles de la migration.

Nous tenons ainsi à exprimer nos inquiétudes, mais également notre ferme volonté de mettre en œuvre des propositions permettant de trouver une issue au drame migratoire.

L’une de ces propositions est d’intensifier notre lutte pour la souveraineté alimentaire, afin que nul ne soit contraint d’abandonner son village pour se nourrir ou pour assurer la subsistance de sa famille. Cela nécessite de lutter pour une charte sur les droits des paysans et pour des réformes de la politique agricole qui soient populaires, publiques et menées par l’État. Il faut également, dans un même temps, mettre un terme à l’appropriation des terres et des ressources naturelles des peuples, ainsi qu’à la spéculation qui en découle, en particulier en stoppant les guerres d’occupation.

Nous avons d’autres propositions que nous souhaitons partager avec la société civile et les institutions multilatérales, et nous n’allons pas nous en priver.

La Via Campesina sera présente au Maroc en décembre pour la formalisation du Pacte mondial sur les migrations, afin de rendre publiques toutes ces préoccupations et de partager nos propositions. La délégation sera menée par nos frères et nos sœurs de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et par une délégation internationale organisée depuis nos régions par l’organisation confrère FNSA (Fédération nationale du secteur agricole).

Nous espérons faire entendre notre message à tous ceux qui veulent bien nous entendre et à tous ceux concernés par le Pacte mondial sur les migrations qui considèrent, vu la catastrophe migratoire causée par le capital, qu’il vaut mieux essayer de mettre en œuvre un Pacte mondial pour la solidarité.

Encadré 2

La charte du Manden

Les Etats membres de l’ONU s’apprêtent à voter la déclaration des droits des paysan.ne.es Déclaration sur les droits des paysans et autres personnes travaillant en zones rurales en septembre à New York. Mais l’une des premières déclarations des droits fondamentaux fut la charte du Manden, proclamée dans la société des chasseurs malinkés, en 1222 au Mali. La déclaration faisait office de constitution mais avait une portée universelle puisqu’elle s’adressait au monde entier. Elle garantissait le respect de la vie humaine et de l’égalité, l’abolition de l’esclavage et de la faim ! La charte du Manden est inscrite en 2009 par l’Unesco sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Extraits:

Préambule
Le Manden fut fondé sur l’entente et l’amour, la liberté et la fraternité. Cela signifie qu’il ne saurait y avoir de discrimination ethnique ni raciale au Manden. Tel fut le sens de notre combat.

article 1 – Les chasseurs déclarent : Toute vie humaine est une vie. Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie. Mais une vie n’est pas plus « ancienne », pus respectable, qu’une autre vie. De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.

article 5 – Les chasseurs déclarent : La faim n’est pas une bonne chose; L’esclavage n’est pas une bonne chose; Il n’y a pas pire calamité que ces choses-là Dans ce bas-monde. Tant que nous détiendrons le carquois et l’arc, la faim ne tuera plus personne au Manden, Si d’aventure la famine venait à sévir; La guerre ne détruira plus jamais de village au Manden Pour y prélever des esclaves;

article 7 – L’Homme en tant qu’individu, se nourrit d’aliments et de boissons; Mais son « âme », son esprit vit de trois choses : Voir qui il a envie de voir, dire ce qu’il a envie de dire, et faire ce qu’il a envie de faire; En conséquence, les chasseurs déclarent : Chacun dispose désormais de sa personne, chacun est libre de ses actes, tel est le serment du Manden, À l’adresse des oreilles du monde entier.

Sous les feux de la rampe

Perspective mondiale sur la migration

« A l’état sauvage, les humains se déplaçaient à la recherche d’eau et de fruits pour se nourrir, mais aussi pour fuir les animaux féroces et ainsi préserver leur vie. Ils bougeaient pour survivre. A la découverte des premiers objets, ce fut la première étape de l’évolution vers notre race. Alors, les hommes bougeaient pour organiser leur alimentation (chasse, pêche, cueillette) mais également pour se protéger contre leurs rivalités internes. »

C’est par ces mots que Mamadou Cissokho, figure de la résistance paysanne d’Afrique de l’Ouest, débute une tribune, en janvier 2018, et rappelle à chacun ses responsabilités face à la tragédie actuelle des migrations.

Se déplacer pour se nourrir et pour survivre

Quelque soit le continent, les mêmes causes produisent désormais les mêmes effets, avec une ampleur inédite : le changement climatique jette déjà sur les routes de l’exil plusieurs millions de réfugiés, d’Afrique subsaharienne, d’Asie du Sud ou encore d’Amérique Latine, que leur terre ne permet plus d’alimenter (assèchement des sols et des puits, destruction des cultures par les catastrophes naturelles à répétition…). Les déséquilibres politiques, souvent dirigés par des intérêts néo-coloniaux, impérialistes, plongent des pays et des régions entières dans des situations tragiques d’insécurité, de conflits et de guerres que beaucoup tentent de fuir (Amérique Centrale, Yemen, Syrie, Sahel…). Ces situations s’aggravent lorsque apparaissent des épisodes de famine mettant en danger imminent les populations tel que le subit le Yémen.

Mais il faut aussi et urgemment reconnaître la responsabilité du capitalisme débridé et mondialisé, entrainant l’appauvrissement et l’effondrement des communautés indigènes ou paysannes à travers le monde : accaparement des terres et violation des droits coutumiers, extractivisme, normes et restrictions d’accès aux marchés,… les Accords de Partenariats Economiques et autres traités de Libre-échange, véritables traductions et répétitions de la raison du plus fort, participent amplement aux déracinements physiques et culturels des populations.

De plus, dans ce contexte, très dur, il faut rappeler à quel point les résistances subissent partout des répressions étatiques, policières, extrêmement sévères, voir meurtrières.

« Peuples d’écriture ils (les Européens) nous ont légué des manuscrits historiques dans lesquels ils ont confirmé avoir trouvé des personnes soi-disant « sans âme », ils ont ramassé tout ce [ou ceux ?] qu’ils ont trouvé et les ont vendus à leur guise. » (M. Cissokho)

Vol des terres, destruction des cultures alimentaires et populaires

Ce déracinement trouve particulièrement son sens à travers l’exemple marocain. Afin d’approvisionner à bas coûts les marchés européens de tomates et agrumes, l’État Marocain avec la bénédiction des Institutions Européennes, a facilité, dès les années 90, l’implantation d’investisseurs espagnols, français, hollandais (…) en chassant les familles paysannes installées sur de nombreuses terres prétendument royales du Souss Massa Drah. Ces entreprises ont également eu un accès simplifié à la ressource hydrique et aux installations d’irrigation ainsi qu’aux aides agricoles de l’Etat.

Les besoins en main d’oeuvre étaient tels que tout a été organisé pour que des milliers de petits paysans vivant dans les montagnes de l’Atlas abandonnent les terres familiales et rejoignent ce bassin de production d’agriculture industrielle. Le phénomène d’exploitation extrême et de paupérisation de ces travailleurs nationaux, déracinés, non seulement perdure, mais aussi il encourage le départ d’hommes et de femmes vers des horizons encore plus lointains et plus incertains.
En parallèle, les cultures vivrières et coutumières (c’est l’exemple de la culture du blé, une des bases principales du plat marocain) sont délaissées de force pour mieux servir les intérêts de l’exportation et du capitalisme sauvage !
Il s’agit là d’une situation comparable à d’autres expériences dont souffrent bien d’autres populations du globe.

Insécurité alimentaire

Ce constat général s’assombrit davantage au regard des conditions d’accueil des populations déplacées. Les discussions actuelles autour du Global Compact, ce projet de pacte mondial des migrations négocié actuellement à l’ONU, affichent au grand jour le cynisme et l’attitude criminelle des grands décideurs. Non seulement le refoulement aux frontières prend des formes inhumaines, violant la Convention des Droits de l’Homme, mais les Etats « occidentaux » détournent ou conditionnent l’aide au développement à la mise en place d’un contrôle aux frontières (dont un renforcement du dispositif policier) dès les pays de départ.

Il faut s’inquiéter ! Le cynisme et le refus d’accueillir dignement ces personnes réfugiées politiques, économiques, climatiques (…) entrainent la concentration de ces populations démunies dans de grands ghettos urbains (mégalopole) ou ruraux (exemple du sud-italien), voir des campements de réfugiés où l’insécurité est maximale : violence, absence de dispositifs de santé, mal-logement, travail forcé et trafic d’êtres humains…

Aussi, par nature, la personne migrante perd sa capacité et son autonomie alimentaire, et, au meilleur (?) des cas, elle devient dépendante du système agro-industriel, lorsqu’elle n’est pas simplement tributaire de l’aide alimentaire, approvisionnée elle-même par ce même système.

« Travaillons ensemble pour la répartition des richesses et du bien-être partout et chez tout le monde. La force d’un pauvre, c’est qu’il ne perd rien parce qu’il n’a rien à perdre. » (M. Cissokho)

Dignité des personnes migrantes et souveraineté alimentaire, même combat !

La Via Campésina, ses organisations membres et leurs alliés engagent la résistance en reliant la lutte pour les droits et la dignité des personnes migrantes au combat en faveur de la souveraineté alimentaire.
En multipliant les espaces de mobilisation contre les grandes multinationales, contre le contrôle grandissant qu’elles exercent sur les ressources et la production alimentaire au détriment des petits paysans, contre les politiques et les traités qui les favorisent, … le mouvement paysan s’attaque à l’origine du processus de prolétarisation des populations et de déstabilisation du principe démocratique de souveraineté populaire.

En défendant un droit d’usage à la terre et à l’eau, en réclamant un droit à produire et à échanger ses semences traditionnelles, en travaillant à la reconnaissance des droits collectifs, à la liberté syndicale, à un véritable statut pour les femmes paysannes, etc …la Via Campésina et la Déclaration des droits des Paysans et des Paysannes apportent des réponses aux causes des migrations.

Contre ces murs qui s’érigent dans un vent de folie totalitaire, il est essentiel de construire des ponts entre nos peuples, entre paysans du monde !

« En lieu et place des armes, prenons la solidarité ! » (M. Cissokho)

Le système agro-industriel se nourrit de l’exploitation du plus petit. L’homme et la femme, travailleurs migrants, déracinés, sont extrêmement fragiles et vulnérables face à ces prédateurs économiques, et, en « consentant » malgré eux le sacrifice de leurs droits, ils alimentent plus encore l’appétit du système qui les broie.

Au sein de la Via Campésina et de ses organisations, de multiples initiatives de résistance et de solidarité voient le jour : formation et accompagnement des travailleurs migrants pour faire respecter leurs droits, information et sensibilisation des consommateurs, occupations de terre pour installer les travailleurs ou les personnes migrantes…

La Via Campésina et ses alliés trace la voie d’une souveraineté alimentaire pour des peuples et des paysans sans frontières.

L’écho des campagnes

L’écho des campagnes 1

Notes d’une nouvelle paysanne périurbain aux USA

Caitlin Hachmyer, Ferme Red H, Californie, USA

Je regarde au loin, par-dessus mes cultures, vers les champs. Je ne possède pas cette terre. Je la cultive, je suis responsable de ce sol. Mais le soin que j’y apporte est en conflit permanent avec le fait de savoir que j’investis toujours davantage d’argent dans une entreprise dont je ne verrais peut-être jamais les profits.

Les jeunes paysans qui viennent de s’installer ont tendance à louer. Leur succès dépend de leur capacité à tirer partie d’une niche du marché, ce qui favorise les individus éduqués et dotés d’un réseau, issus de cercles socio-économiques privilégiés. Le caractère prohibitif de l’achat et les complexes mécanismes de location désavantagent une grande partie de la force de travail agricole. Des millions de travailleurs agricoles mexicains, par exemple, disposent d’une formation et de connaissances agricoles bien plus approfondies que la plupart des jeunes aspirant à devenir paysans, mais ils ne sont pas dotés du capital social et financier qui leur permettrait d’accéder à la terre. La race et la classe sont des obstacles.

Nos produits sont périssables et notre marché de niche est local. Nous devons cultiver à proximité de nos marchés urbains et périurbains. Nous devons cultiver précisément là où les prix des terrains sont les plus élevés. Donc nous louons, ce qui posent de nombreux problèmes. Par exemple, les conflits qui découlent de l’incompréhension des propriétaires à l’égard de l’agriculture ; les accords verbaux qui ne se concrétisent pas à cause d’attentes divergentes ; les baux à court terme qui fragilisent notre investissement dans le terrain et dans la terre ; la vente du terrain ou la mort du propriétaire ; la perte du terrain au profit d’un « meilleur » développement « aux objectifs plus élevés » ; l’impossibilité d’investir dans des cultures pérennes ; les conflits de personnalité…

Cultiver dans des zones périurbaines signifie que notre ferme est visible par le public, voire par les propriétaires. Et cultiver des plantes diversifiées et spécialisés sur un terrain qui peut être l’arrière-cour de quelqu’un implique généralement un investissement important pour restaurer l’écologie des sols et garantir des récoltes de qualité.

Les paysans du monde entier sont considérés comme faisant intégralement partie de la solution au changement climatique. Des méthodes hautement écologiques qui emprisonnent le carbone dans les sols auront une grande importance stratégique. Les fermes ayant recours aux semis directs et qui travaillent à des niveaux intensifs, commerciaux, gagnent davantage par acre que la plupart des exploitations conventionnelles, mais un investissement financier plus élevé n’a pas de sens pour des paysans qui ne peuvent pas compter sur la sécurité de la terre. Les méthodes de culture écologique constituent un portefeuille d’investissement pour le paysan : il y a un retour immédiat, puisque la valeur nutritive des intrants améliore rapidement la santé et le rendement des cultures, mais le retour véritable se fait sentir sur le long terme, avec des systèmes de sols profonds et complexes, la fixation d’habitats et d’insectes, des cours d’eau sains et de beaux paysages biodiversifiés.

Nous avons besoins que les paysans puissent investir leur terre sur le long terme. Cependant, même les fermes à petite échelle sont encore des entreprises, et nos pratiques agricoles ne peuvent pas toujours correspondre à nos idéaux écologiques quand nous n’avons pas la possibilité d’actualiser les bénéfices à long terme de ces pratiques sur un terrain que nous ne possédons pas.

Les jeunes paysans périurbains du mouvement alimentaire local vivent dans des tentes, des garages reconvertis, de petites maisons ou des studios. Ils se demandent s’ils peuvent se permettre d’avoir une famille. Leur mode de vie simple est déphasé par rapport à celui de la communauté plus large à laquelle ils appartiennent. Comment peuvent-ils créer et soutenir une transformation sociale en profondeur et un engagement pour la souveraineté alimentaire ? Par exemple, plus de 400 millions d’acres de terres arables vont bientôt changer de mains aux USA. La période en appelle à des réformes approfondies.

Nous faisons tous partie d’un système agricole complexe, entrelacé, que nous cultivions ou non. Lorsque cet état de fait sera plus largement compris, la valeur de ceux qui soignent directement nos systèmes agricole et aquifère, et la nécessité de véritables investissements au niveau de la communauté se feront plus clairs. Nous avons besoin de changements structurels qui mettront les paysans, ceux qui prennent soin de la terre, au centre de la propriété de la terre commune. Nous avons besoins que des portions de terres cultivables soient retirées du marché et redistribuées à ceux qui construisent notre système alimentaire, la fondation de nos vies.

Je rêve d’un jour où je pourrai contempler la terre autour de moi en sachant que je peux y rester pour toujours.

L’écho des campagnes 2

Nouveaux espaces pour le collectivisme

Joel Orchard, Alliance des jeunes agriculteurs des Rivières Nord, Australie

Je pense qu’on traverse une période de changement important dans le secteur de l’agriculture á petite échelle, spécialement en ce qui concerne le mouvement des jeunes fermiers. Il y a tellement d’opportunités pour explorer de nouveaux espaces pour le collectivisme et les connexions entre la nouvelle néo-paysannerie et l’émergence de consommateurs plus éduqués et ayant une meilleure compréhension de l’alimentation dans des populations urbaines grandissantes. Ces relations forgent de nouvelles approches á la souveraineté alimentaire. La limite rural-urbain est en état de siège alors que les villes s’étendent sur les terres traditionnellement agricoles, cimentant les sols fertiles; les terres agricoles périurbaines sont une marchandise de valeur, qui subissent un rapide embourgeoisement. Comment les terres périurbaines sont gérées et rendues disponibles pour la production alimentaire doit devenir un critère de planification central pour arriver á des économies alimentaires locales fructueuses.

La succession conventionnelle dans l’agriculture familiale est graduellement remplacée par une activité croissante dans les économies alimentaires locales par les fermiers de première génération de contextes urbains et professionnels. Ils arrivent en général avec de fortes convictions et principes éthiques environnementaux et sociaux et cherchent des terres agricoles périurbaines á proximité de services et avec un accès direct au marché. Ils apportent un nouveau discours politique á l’agriculture á petite échelle, façonné par des idées et des valeurs de justice alimentaire, un sentiment anticonformiste, et basé sur des économies solidaires, ainsi qu’un désir de s’intégrer profondément dans les paysages et les écologies sociales. Là est mon espoir de construire une base plus solide pour le développement du mouvement pour la souveraineté alimentaire.

Les marchés des agriculteurs ont fourni les fondations de base pour la distribution directe et les chaines de valeur courtes. Pourtant, ils sont aussi aux prises avec des cultures de protectionnisme, d’individualisme et d’élitisme. Le mouvement d’agriculture soutenue par les communautés construit des relations encore plus étroites entre le fermier et le consommateur au niveau de l’interface alimentaire communautaire rurale-urbaine. Mais si les économies alimentaires locales restent consuméristes et individualistes, il y a peu d’espoir pour un changement systémique plus large.

Ces changements vers une production á plus petite échelle, vers l’agroécologie et la diversité font face á de nouveaux défis. Les modèles alimentaires locaux sont limités par l’accès á la terre et la question du coût abordable, ainsi que par un large éventail de contraintes bureaucratiques réglementaires sur la production, le logement et l’utilisation des terres. Le système alimentaire industriel a renouvelé ses efforts de compétition et de cooptation.

J’ai récemment passé une semaine en Thessalonique pour le 7eme Symposium International d’Urgenci sur l’Agriculture Soutenue par La Communauté et j’ai rencontré de jeunes agriculteurs engagés á ces valeurs communes et confrontés á toutes ces questions. Les obstacles que nous devons vaincre et les ponts que nous construisons ne sont pas régionalement uniques. Le mouvement international pour la souveraineté alimentaire nous donne le langage commun fort dont nous avons besoin pour nous intégrer dans les actions et activités transformatives afin de construire de nouvelles économies alimentaires á travers le globe.

L’écho des campagnes 3

Importance de l’éducation politique

George Naylor, président de la National Family Farm Coalition, USA

J’ai grandi toute mon enfance jusqu’á quatorze ans dans une ferme de l’Iowa, dont ma femme et moi nous occupons maintenant. Mes parents et moi avions déménagé á la grande ville de Long Beach, en Californie, déjà depuis 1962, résultat du fait que mes parents devenaient trop âgés pour être fermiers et d’une crise de l’agriculture depuis presque 10 ans. Cette dépression agricole venait de la destruction des garanties de la parité de prix Roosevelt-Wallace, qui était devenue le fondement de l’agriculture familiale aux USA. Beaucoup de mes nouveaux compagnons de classe venaient de l’est, bien que nous essayions très vite de ne pas être associés avec cette culture. Notre famille achetait des provisions au marché japonais géré par des gens qui avaient été prisonniers dans des camps de détention durant la Seconde Guerre Mondiale. En plus des belles fraises et des légumes, leur magasin offrait de hautes piles de nourriture emballée telle que de la margarine, des céréales de petit déjeuner, et aussi de la viande et les hot dogs qui provenaient de mon état d’origine, l’Iowa. (vous imaginez? mes copains de classe disaient qu’ils préféraient le goût de la margarine á celui du beurre?!) Grace á mon nouvel environnement, je me suis détaché assez rapidement de mon mode de vie á la ferme et de la communauté que j’avais du abandonnés. Comme beaucoup de gens de la ville que j’ai rencontrés depuis, même mon intuition de quand les cultures doivent être plantées et récoltées avait quasi disparu. Quand j’étais un enfant á la ferme, ma mère mettait plus de 400 portions de fruits et légumes en conserve pour accompagner les carottes et pommes de terre que nous stockions pour avoir un régime équilibré durant les mois d’hiver. Nous mangions du bœuf de nos propres vaches parfois trois fois par jour, ainsi que des œufs de nos poules. Nous apportions les œufs au marché de notre ville ou ils étaient collectés á la ferme plusieurs fois par semaine, c’est-á -dire, jusqu’á ce que les œufs deviennent si bon marchés et que Campbell’s Soup refuse de payer plus que 3 cents par livre pour des vieilles poules.

Toutefois, « cultivés á la maison » et « fait á partir de rien » signifiait vraiment quelque chose- Ça demandait beaucoup de travail et de persévérance, mais c’était la norme parmi les familles de mes amis fermiers et voisins. Quel contraste avec ce á quoi j’étais devenu habitué durant mes années en Californie où tout venait d’un supermarché ou l’autre (le marché japonais avait déjà sombré dans l’oubli, et fut remplacé par Lucky ou Krogers). Si ce n’était pour ma vie précédente á la ferme et ma famille encore active dans l’agriculture en Iowa, moi non plus je n’aurais pas imaginé non plus quelle était la provenance réelle de la nourriture.

En faisant un saut en avant jusqu’en 2018, regardez l’urbanisation accélérée, l’industrialisation de la production et de la transformation de la nourriture. Pas étonnant qu’on voit á présent une certaine fascination pour la bonne nourriture et comment elle est produite. La question est: est-ce que la bonne nourriture est juste comme le dernier IPhone ou voiture électrique, ou est-ce que la bonne nourriture est une porte d’entrée pour comprendre comment la nourriture est devenue une marchandise, alors que nous sommes tous obligés de vivre dans de grandes villes en prenant n’importe quel job possible pour pouvoir survivre? Si nous pouvons voir où cela nous a menés, pouvons-nous voir où cela nous mènera? Pouvons-nous arriver á la compréhension POLITIQUE et créer une société différente où nous définissons les règles afin de respecter les contributions économiques de chacun et de valoriser les ressources naturelles qui peuvent soutenir écologiquement les générations futures?

Au début des années 2000, j’ai manifesté contre les accords de libre commerce et de l’OMC dans les délégations de la Via Campesina, et j’ai appris comment les politiques alimentaires nationales allaient été modifiées par les accords de commerce néolibéraux internationaux qui élimineraient les réserves alimentaires et les soutiens aux prix des marchandises pour imiter la politique américaine qui avait détruit l’agriculture familiale. J’ai appris comment la dépendance aux importations alimentaires serait créée dans tant de pays, en étranglant ainsi la chance des politiques nationales agricoles et alimentaires ou toute souveraineté politique – en faisant de l’alimentation une arme. J’ai visité plusieurs métropoles comme Sao Paulo et Mexico City pour voir comment le libre commerce avait déjà détruit les communautés rurales et transformés les fermiers et paysans fiers en des réfugiés urbains dans ces métropoles, comme ça s’était passé avec ma famille en 1962.

Selon moi, nous ne devons jamais perdre de vue des implications globales du terme Souveraineté Alimentaire. Alors que nous pouvons continuer á conscientiser et á encourager une nouvelle culture qui valorise les agriculteurs et les communautés rurales en achetant localement etc, cela doit aller main dans la main avec l’éducation politique pour développer le pouvoir politique et créer un monde qui valorise toutes les personnes et la Terre Mère dont nous dépendons tous.

L’écho des campagnes 4

Potentiel de l’interface rural – urbain

Blain Snipstal, Collectif Black Dirt Farm, Maryland, USA

La lutte pour la souveraineté alimentaire repose sur notre capacité à revaloriser notre relation à la mère nature et aux autres, et à faire basculer les relations de pouvoir, fondamentalement matérielles et économiques, qui régissent notre système alimentaire et la société dans son ensemble. Cela signifie que davantage de terres doivent revenir aux personnes de couleur, au peuples autochtones et aux travailleurs pauvres.

Récemment, l’interface entre l’urbain et le rural, qui a longtemps été un espace de conflit dans notre société, est devenue la ligne de front que l’extrême-droite et l’actuelle administration américaine utilisent pour galvaniser leurs bases. En conséquence, les organisateurs qui travaillent à la libération sociale et écologique doivent faire preuve du plus grand soin et avoir recours à une pensée stratégique sur la meilleure manière de repousser ces forces antagonistes de droite, qui ne souhaitent utiliser que la violence, la peur et la coercition pour atteindre leurs buts.
Aujourd’hui, où notre société approche les 80 % d’urbanisation, nous devons trouver un moyen d’envisager un futur où la vie urbaine n’a pas lieu au prix de la vie rurale, où le mode de vie rural est distingué et valorisé de manière inhérente, et où le mode de vie urbain peut s’épanouir en harmonie avec la planète.

L’avenir du mouvement pour la souveraineté alimentaire dans cette société doit pouvoir se confronter à l’histoire de cette rencontre entre le rural et l’urbain et aux préjugés et aux comportements qu’une telle rencontre fait surgir. La clé de notre succès pourrait très bien se trouver dans cet espace et dans la variété d’acteurs qui travaillent à l’ouvrir au maximum.

En tant que membres du collectif Black Dirt Farm, nous avons de nombreuses années d’expériences de création d’espaces critiques de dialogue, d’éducation populaire et de travail pratique décent pour ouvrir cette interface et remettre en son centre une politique agraire radicale. Ce qu’il convient ici de noter, c’est que cette politique agraire radicale, ou afroécologie, comme nous l’appelons, doit reposer sur des modifications matérielles de la vie des personnes et de la terre grâce au travail collectif (c’est-à-dire à l’assistance mutuelle), ainsi que sur la transformation de nos manières de penser et d’agir individuellement et collectivement. À partir de ces expériences, nous avons découvert que l’interface entre le rural et l’urbain détient le potentiel de créer une dynamique multidimensionnelle aux valorisations multiples, où des acteurs urbains progressistes peuvent commencer de se projeter dans des espaces plus naturels ou plus ruraux, et les acteurs ruraux, c’est-à-dire les paysans, peuvent construire des communautés (sociales et économiques) et ouvrir leurs terrains comme espaces communautaires d’assistance mutuelle.

L’écho des campagnes 5

Liens rural – urbain

Georges F. Félix, Boricuá de Agricultura Ecológica,(Puerto Rico)

Le Burkina Faso est largement auto-suffisant sur le plan de l’alimentation. Plus de 80% de la population burkinabé pratique l’agriculture de subsistance avec des cultures vivrières comme le sorgho, le millet et le maïs. Les marchés périurbains autour de Ouagadougou sont le résultat de l’expansion urbaine dans laquelle beaucoup de produits sont acheminés á travers les marchés locaux et régionaux. Les produits sont souvent vendus au porte á porte par des vendeurs. Les récoltes comprennent des légumes á feuilles vertes, des cultures de racines et des fruits. L’agriculture périurbaine á Ouagadougou est un moyen de subsistance dépendant des changement du niveau d’eau des lacs proches et de la propriété foncière précaire, pourtant elle survit comme source des aliments divers et traditionnels trouvés sur les marchés locaux.

L’agriculture périurbaine de Ouagadougou permet aux femmes de gagner de l’argent en vendant sur les marchés locaux. Aminta Sinaré est un professeur de math qui tient un jardin organique vivrier avec 40 autres femmes. Mme Sinaré dit: « Nous cultivons des salades (légumes) durant la saison froide. Pendant la saison des pluies (quand il fait chaud), nous cultivons les gombos, les choux et d’autres légumes. Nous produisons ce qui est adapté á la saison [ici]. »

Le Burkina Faso est un pays enclavé situé au cœur du Sahel, qui est extrêmement vulnérable aux changements climatiques et globaux. Les deux dernières décennies, les agriculteurs ont vu une forte variabilité dans les régimes pluviométriques, des sécheresses aux inondations, conduisant á des pertes de récoltes, une érosion accrue des pâturages, et de manière plus importante, des crises alimentaires [West CT, Roncoli C, Ouattara F (2008) Local perceptions and regional climate trends on the Central Plateau of Burkina Faso. Land Degradation & Development 19 (3):289-304. doi:10.1002/ldr]. Mais l’accès á l’eau et la forte utilisation de produits chimiques dans la production agricole affligent l’agriculture périurbaine.

Le défi de la souveraineté alimentaire dans les interfaces urbain-rural au Burkina Faso peut fournir des liens politiques important entre les agriculteurs ruraux et urbains. Tous deux doivent aborder le besoin de production accrue de nourriture et désintoxiquer le processus de production alimentaire. Sécuriser la propriété foncière et fournir un soutien très nécessaire á l’échelle de bassins hydrauliques, en incluant une restructuration du système agricole sont aussi des demandes communes.

Encadres

Encadré 1

Souveraineté alimentaire à l’interface entre le rural et l’urbain #1

L’interface entre les zones rurale et urbaine se situe dans les banlieues éloignées, des repartos, des suburbs, et dans les quartiers mal desservis des centres-villes des pays du Nord, et dans les favelas, les barrios, les slums et les ceintures de misère qui entourent les grandes villes du Sud. Mais on la trouve aussi dans les villages et les villes qui parsèment la campagne mondiale. Il s’agit d’un espace si omniprésent qu’il est facile de ne pas le repérer.

D’autant plus que, dès la révolution industrielle, le capitalisme a créé une division entre le rural et l’urbain en assujettissant les ruraux et de leur économie à la logique du capital métropolitain. Le système alimentaire capitaliste d’aujourd’hui continue d’arracher les richesses de la campagne sous la forme de nourriture, d’énergie, d’eau, de matières premières, de travail et, de plus en plus, de spéculation et de financialisation foncière. Le capitalisme, plutôt que d’attirer notre attention sur le potentiel libérateur de l’interface, exacerbe les inégalités et les frictions de la division entre le rural et l’urbain.

L’importance de l’interface entre le rural et l’urbain pour la souveraineté alimentaire comporte deux versants : cet espace met à disposition des endroits où les producteurs et les consommateurs peuvent établir des relations autres que celles basées sur le marché, par exemple des marchés paysans, des conseils de la politique alimentaire et des AMAP. Cette interface ouvre également des espaces sociaux, où les cultivateurs et les « mangeurs » peuvent politiser ces nouvelles options en élaborant des formes inédites de citoyenneté alimentaire, comme des communs ou des alliances politiques. Ces alliances politiques entre les communautés rurales, périurbaines et urbaines sont indispensables à la construction de la souveraineté alimentaire. Pourquoi ? Parce que soumise au néolibéralisme, la campagne a été « vidée », perdant la plus grande partie de ses institutions publiques (et bon nombre de ses paysans). Les communautés rurales se retrouvent en position de vulnérabilité face aux extractions de richesses à grande échelle des entreprises, à l’appauvrissement et à de nombreuses formes de violence d’état, de gangs ou de paramilitaires.

Souveraineté alimentaire à l’interface entre le rural et l’urbain #2

Dans les pays industrialisés, les familles de paysans représentent à présent une telle minorité de la population qu’il leur est impossible de construire à eux seuls un pouvoir politique. Dans le Sud, les paysans, les pêcheurs et les bergers, qui ont toujours été opprimés, sont éparpillés sur de grandes étendues, sans moyens de communication ou infrastructures viables, éloignés des villes où sont prises les décisions politiques structurelle.

Néanmoins, les lieux et les espaces de l’interface entre le rural et l’urbain fournissent un laboratoire aux politiques d’opposition et de préfiguration qui sont indispensables à la souveraineté alimentaire. D’un côté, l’implication dans les luttes agraires, dans les requêtes politiques de démantèlement des entreprise, pour le droit à l’alimentation, pour la redistribution des terres et pour l’accès à des marchés équitables émerge dans des zones urbaines et périurbaines. D’un autre côté, des alternatives comme la permaculture et l’agroécologie montrent aux consommateurs à quoi pourrait ressembler notre système alimentaire si les obstacles politiques à leur adoption à grande échelle étaient supprimés.

La dense construction sociale qui s’élabore à l’interface entre l’urbain et le rural peut aider à articuler les divers (et souvent fragmentés) pouvoirs des mouvements sociaux, en reliant la souveraineté alimentaire à des luttes comme les mouvements municipaux, la justice alimentaire, la justice environnementale et les mouvements pour l’égalité des genres. Les possibilités d’apprentissage mutuel et de convergence entre ces mouvements ouvrent la voie à ce que la souveraineté alimentaire serve de levier pour transformer les systèmes capitalistes où nos systèmes agricole et alimentaire sont englués.

Encadré 2

Marchés locaux et  interface urbain-rural en Equateur[1]

Si les gens ne mangent pas d’aliments locaux sains, alors les semences locales de qualité et la biodiversité communautaire, essentielles à la production agro-écologique, disparaîtront. C’est pourquoi, au cours des cinq dernières années, nous avons développé un processus permettant d’établir des relations directes et gagnant-gagnant entre les paysans et les organisations de consommateurs urbains, afin de renforcer les systèmes alimentaires locaux. Dans la pratique, cela a permis de développer l’influence des paysans, d’augmenter leurs salaires, et de renforcer leur capacité à négocier avec des acheteurs. Les consommateurs gagnent l’accès à des aliments sains et locaux à un prix plus faible, tout en soutenant la production agro-écologique. Des producteurs de plusieurs communautés ont rejoint le mouvement de Canastas Comunitarias (Paniers Communautaires, un modèle similaire aux AMAP « Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne ») et ont mis en place des ventes directes ainsi que des marchés et des foires de producteurs agro-écologiques.

Les Canastas et les réseaux alimentaires alternatifs favorisent des relations plus personnelles, bénéfiques, et transparentes, entre les organisations rurales et urbaines; ils sensibilisent le public et offrent des opportunités pour aborder certains problèmes, comme les relations hommes-femmes ou les politiques appropriées à la sécurité alimentaire, à l’investissement rural, et à la biodiversité. Selon l’agricultrice Lilian Rocío Quingaluisa, de la province de Cotopaxi: «Pour nous, paysannes, c’est génial d’avoir des contacts directs avec des citadins. Cela signifie que nous avons un meilleur salaire, que nous n’avons pas à travailler la terre des autres, que nous sommes plus indépendantes, et que nous pouvons consacrer plus de temps à notre famille et à nos animaux.» 21  Une autre agricultrice, Elena Tenelema, ajoute: «Les paniers éliminent les abus des intermédiaires. En plus, ils nous garantissent un revenu, que nous pouvons utiliser pour améliorer notre santé, pour notre éducation ou pour acheter des animaux. C’est l’une des choses les plus importantes pour lesquelles nous nous battons en tant qu’agriculteurs indigènes.»

Ces types d’initiatives prometteuses, comme les marchés locaux, gagnent en légitimité dans la sphère politique en Equateur, et la Constitution les reconnaît dans le cadre de l’Economie sociale et solidaire. Mais encourager des systèmes alimentaires réciproques et directs n’est pas une tâche simple, particulièrement dans un contexte de production et distribution alimentaires industrialisées, si bien qu’il reste beaucoup à faire.

Nous devons créer un dialogue productif et des liens entre les institutions publiques, la société civile, les ONG, les universités, les instituts de recherche, et les communautés rurales et urbaines. Cela implique de collaborer avec des réseaux urbains influents et des organisations de consommateurs. Nous devons être constamment à l’affût des innovations dans les relations entre villes et campagnes, y compris en matière d’agriculture urbaine et péri-urbaine. Comme le dit Pacho Gangotena, paysan et agro-écologiste: «Je pense que le changement social en agriculture ne nous viendra pas d’en haut, des gouvernements. Il nous viendra des milliers et des millions de petites familles agricoles qui commencent à transformer le spectre productif dans sa totalité… Nous sommes un tsunami et nous sommes en chemin.»


[1] Pedro J. Oyarzún & Ross M. Borja, Terre Fertile: Généraliser L’ Agroécologie En Partant Du Terrain, Chapitre 4,Marchés locaux, semences indigènes, et alliances pour de meilleurs systèmes alimentaires à travers l’agroécologie en Equateur, 2017

Encadré 3

Retrosuburbia; paysages agricoles productif

La permaculture est l’un des rares éléments du mouvement pour la souveraineté alimentaire qui ait concentré son activisme et ses efforts sur le potentiel des paysages et des résidents des banlieues à faire partie de la solution aux problèmes complexes qui caractérisent les systèmes alimentaires mondialisés modernes.

Les villes entourées de banlieues étendues sont bien entendu le résultat de l’ère de la voiture et de l’énergie bon marché. Lorsqu’ils envisagent un monde contraint par le climat et les ressources limitées, la plupart des commentateurs urbains ont supposé que les banlieues étaient la forme la moins adaptée et seraient remplacées par des schémas plus compacts permettant une utilisation plus efficace des infrastructures urbaines, notamment des transports publics.

S’il est raisonnable de présumer qu’à l’avenir les contraintes en termes d’énergies et de ressources réduira l’allocation d’espace aux voitures particulières, je pense que l’idée selon laquelle les paysages à haute densité sont une solution nécessaire et inévitable est erronée pour de nombreuses raisons.

L’une de ces raisons est que les paysages de banlieue ont suffisamment de terre avec accès à la lumière du soleil, à de l’eau et à des nutriments pour cultiver l’essentiel des légumes frais, des fruits et des produits du petit bétail des personnes qui y habitent. L’exploitation de ce potentiel largement inexploité pourrait réduire considérablement l’empreinte environnementale totale, accroître l’activité économique et la résilience locales ainsi qu’améliorer la connectivité sociale et la santé des résidents. Cela pourrait également conduire à la conservation de terres arables de choix pour les cultures vivrières de base, au plan local et global. Un développement à forte densité visant à maintenir des villes à mouvements quotidiens élevés, mettrait la charrette «durable» avant les boeufs (de la sécurité et de la souveraineté alimentaire).

Des régions comme le delta du fleuve Rouge au Vietnam (avant l’industrialisation) comptaient une densité de population supérieure à celle des banlieues australiennes et fonctionnaient en quasi auto-suffisance. Bien que ces endroits soient des cas particuliers; très fertiles, plats avec des systèmes d’irrigation étendus, nos banlieues ont une infrastructure d’approvisionnement en eau qui fait des villes en Australie nos plus grands paysages irrigués. Nous avons des surfaces dures qui rejettent les eaux pluviales, qui pourraient être récoltées et dirigées vers des sols potentiellement productifs. Nous avons des maisons individuelles qui peuvent être modernisées pour un accès solaire, car elles sont généralement assez éloignées des maisons voisines pour récolter de l’énergie solaire. Les banlieues peuvent être progressivement rénovées de nombreuses manières dans un monde à énergie réduite pour des vies frugales mais épanouissantes et abondantes.

Compte tenu de la rapidité avec laquelle nous nous approchons de ce monde moins énergétique, et de l’insuffisance de toute considération sérieuse en matière de planification ou de sensibilisation, nous devrions supposer que les stratégies d’adaptation ne se concrétiseront pas par une planification de grande envergure à long terme, mais de manière organique et progressive par les personnes qui agiront en réponse aux changements climatiques et autres. Dans un bâtiment de plusieurs étages, la rééquipement nécessite de nombreuses négociations avec les propriétaires et les autres parties prenantes, et les solutions sont techniquement compliquées. Dans les banlieues, les gens peuvent simplement commencer à changer leur propre maison et à faire les choses nécessaires pour s’adapter sans que la société dans son ensemble ait besoin de se mettre d’accord sur un plan.

Les banlieues sont donc disposées à adopter cette stratégie d’adaptation progressive, dans laquelle une personne fait quelque chose ici, et nous en tirons des enseignements, et nous n’avons pas besoin d’une feuille de route de grande envergure. Historiquement, il y a des gens qui pensent avoir un grand plan pour que tout fonctionne… méfions-nous de ces gens!

Concrètement, dans les grandes maisons de banlieue oú ne vivent qu’une, deux ou trois personnes qui sont souvent absentes, ces personnes se réadapteront au travail à domicile. Ils pourront créer une entreprise à domicile en utilisant leur double garage (s’étant débarassé de voitures devenues inutiles) pour les transformer en ateliers, et en utilisant leurs arrière-cours en lieux de production alimentaire. La rue, qui est un endroit mort pour le moment, redeviendra un espace actif car les gens seront présents. Cette vie réactivée en banlieue ne sera pas très différente de celle des années cinquante. Il y aura plus d’occupants dans les maisons, qu’il s’agisse de membres de la famille ou d’un partage des maisons, soit que des chambres soient mise en location pour aider à payer le loyer ou l’hypothèque, ou que l’on échange le couvert et/ou le coucher en échange d’aide pour les tâches à accomplir. Je suis donc tout à fait optimiste quant à la manière dont les banlieues peuvent être rénovées pour s’adapter à des avenirs difficiles, être productives et résilientes sur le plan agricole et héberger encore plus de personnes sans construire ni paver plus de terre.

Plus d’information: David Holmgren, retrosuburbia.com

Sous les feux de la rampe

La nouvelle majorité mondiale : les paysans et paysannes de la ville et de la campagne

La paysannerie du monde entier, organisée grâce à La Via Campesina (LVC), a fait de la souveraineté alimentaire la bannière d’une lutte commune. Mais atteindre une réelle souveraineté alimentaire nécessiterait, entre autres transformations, des changements structurels majeurs, supposant une véritable réforme agraire, un renversement des politiques et des accords de libre-échange, d’interdire à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) d’intervenir dans les questions agricoles, la suppression du monopole qu’exercent les supermarchés et l’agrobusiness sur nos systèmes alimentaires et la promotion d’une véritable agroécologie. Cela revient à édifier un pouvoir politique favorable à ces changements – un sacré défi pour un monde qui fait aujourd’hui de l’œil à l’extrême droite.

À l’heure même où quelque chose ressemblant à un consensus pourrait émerger, où la capacité et la volonté d’entreprendre une action collective de masse se font jour chez les organisations mondiales de paysans et paysannes et chez les autres producteurs alimentaires ruraux à petite échelle, comme les peuples autochtones, les pêcheurs artisanaux, les bergers nomades, etc., la triste réalité est que la population de la planète qui vit encore dans des zones rurales a finalement chuté sous la barre des 50 %. Dans certains pays, ce chiffre est encore bien moins élevé. Ce que cela signifie, c’est que les habitants du monde rural ne peuvent pas changer les systèmes alimentaires à eux seuls. Mais la bonne nouvelle, c’est que l’exode des paysans depuis les campagnes a largement eu lieu en direction des mêmes endroits, c’est-à-dire à la périphérie de plusieurs, sinon de la plupart, des villes du monde, que ce soit dans les favelas brésiliennes, les ghettos des Caraïbes, les bidonvilles florissant en Asie et en Afrique, les quartiers latinos aux USA ou les banlieues en France. Les pauvres urbains sont l’unique segment de la population mondiale à augmenter aussi rapidement.

La visite de la moindre de ces zones urbaines de pauvreté permet de rencontrer des paysans et paysannes déplacés qui ont migré depuis la campagne, les fils et les filles de ces mêmes paysans et leurs petits-enfants. Nombre d’entre eux, voire la plupart, ont toujours une famille étendue à la campagne. Si la ville où ils résident à présent est proche de la zone rurale où habite leur famille étendue, ils visitent souvent leurs proches paysans à l’occasion des week-ends ou des vacances, et rapportent même de la ferme des œufs frais, du fromage fait maison, des légumes et des fruits pour les écouler sur le marché informel de leur quartier. Ils sont toujours des « paysans » au véritable sens du terme, élevant des poules et faisant pousser des légumes et plantant des arbres fruitiers dans leur arrière-cour ou leur patio. Et ils conservent souvent un « imaginaire » familiale d’une existence idyllique préexistente à leur arrivée en ville ; une vie faite d’air frais, d’eau claire, de sécurité et de santé pour élever les enfants, et de travail bon et honnête. Parce qu’ils pratiquent cette « paysannerie » à la fois réelle et imaginaire, nous pouvons presque considérer qu’ils font partie de la paysannerie mondiale.

En parallèle, la paysannerie actuelle qui est demeurée à la campagne traverse aujourd’hui un changement générationnel. Alors que quelques années en arrière, la plupart considéraient que toute la jeunesse paysanne quitterait la campagne et s’installerait en ville, ces déplacements se sont souvent avérés transitoires, faisant plutôt partie d’un flux circulaire, pendulaire. Ces jeunes gens ont pu passer un an ou deux en ville pour finir l’école, vivant avec une tante ou un oncle, avant de revenir à la ferme, ou peut-être travaillent-ils parfois en ville pour gagner un peu d’argent. Ce que cela signifie, c’est que cette nouvelle génération de paysans, dans tous les pays, se sent chez elle à la fois à la campagne et en ville. Ils connaissent et s’entendent bien avec leurs proches qui vivent en ville et ils disposent de nombreuses compétences – par exemple d’un réseau de sociabilité – qui se révèlent utiles pour commercialiser les produits de leur ferme ou de leur coopérative à la ville, ou lorsqu’ils aident à organiser une marche ou une manifestation.

Ces deux groupes, la « paysannerie rurale » et la « paysannerie urbaine», constituent à présent, regroupés, la vaste majorité de l’humanité. Même s’il n’existe pas de données de recensement pour calculer leur nombre, il n’est peut-être pas erroné d’avancer qu’ils constituent entre 70 et 80 % de l’humanité. Ce qui représente beaucoup de monde. Ensemble, ils forment une potentielle «corrélation des forces», capable de transformer le système alimentaire, tout autant que de nombreux autres aspects de la société. Rendre concret ce potentiel signifierait, bien sûr, énormément d’éducation politique et de travail d’organisation, ainsi que de parvenir à surpasser les forces qui divisent et perturbent les individus, comme les religions et les politiques fondamentalistes d’extrême-droite. Cette possibilité doit néanmoins nous apporter de l’espoir et nous pousser à envisager une stratégie possible de changement structurel à long terme vers un monde meilleur.

L’ Agroécologie en pratique

L’ Agroécologie en pratique 1

De paysan à paysan : un modèle pour construire des alternatives anti-hégémoniques

Les exemples les plus significatifs du développement de l’Agroécologie à une plus grande échelle sont liés à des processus organisationnels, en particulier ceux au sein desquels les paysan-ne-s jouent le rôle de protagoniste. Pour nous, passer à une plus grande échelle ne signifie pas reproduire de façon linéaire des modèles préconçus, ni prendre quelque chose de petit et le rendre plus grand ; il s’agit plutôt de renforcer et de multiplier plein de petits processus. Afin d’intégrer plus de personnes et de territoires au sein du mouvement pour l’Agroécologie, il est essentiel de travailler à la consolidation des organisations paysannes dans le développement de leurs propres processus sociaux, territoriaux et politiques.

La méthode de paysan à paysan est souple et repose sur un ensemble de concepts/actions/possibilités unis dans le but d’assembler les Agroécologies, la (re)construction et l’articulation des territoires et aider à l’émergence des paysan-ne-s en tant qu’acteurs politiques – trois dimensions si interdépendantes et interpénétrées qu’il est difficile de déterminer à quel moment l’une finit et à quel moment une autre commence.

Il s’agit d’un processus où Ies acteurs assurent la coproduction de savoirs à travers l’échange d’idées, d’expériences et d’innovations dans le domaine de la production agroécologique et où les expérimentations et innovations qui réussissent sont systématisées de façon collective et utilisées comme exemple pour motiver les autres ainsi que renforcer et élargir la production agroécologique. Ces processus ont généralement un lien avec d’autres domaines de formation comme les Écoles paysannes, espaces d’organisation et d’articulation au niveau local, national et international, la coopération Sud-Sud et les processus entre organisations paysannes.

Après avoir démarré en Amérique centrale au début des années soixante-dix, le mouvement Campesino a Campesino (de paysan à paysan) pour l’agriculture durable est désormais largement reconnu comme l’une des meilleures façons de développer et de promouvoir l’Agroécologie. Les agricultrices et les agriculteurs partagent non seulement des informations et des techniques mais aussi des concepts agroécologiques abstraits, des savoirs et une sagesse, au moyen de modèles, de démonstrations, d’activités ludiques, de chansons, de poèmes et de récits.

Le Mouvement agroécologique de paysan à paysan (Movimiento agroecológico de Campesino a Campesino ou MACAC, en espagnol) est un exemple emblématique adopté par l’Association nationale de petits agriculteurs (ANAP), à Cuba, qui a joué un rôle décisif pour aider le pays à survivre à la crise générée par l’effondrement du bloc socialiste en Europe et au durcissement de l’embargo commercial américain. L’Agroécologie a largement contribué à stimuler la production paysanne d’aliments sans être tributaire des importations de produits chimiques agricoles coûteux et rares, ce, en remplaçant tout d’abord les intrants qui n’étaient plus disponibles par d’autres plus écologiques, puis en opérant une transition vers des systèmes agricoles plus diversifiés et intégrés sur le plan agroécologique. Ces pratiques ont permis d’obtenir des bienfaits supplémentaires, notamment la résilience au changement climatique. Le MACAC repose sur l’émulation des paysan-ne-s par leurs pairs ; il représente une « pédagogie de l’expérience » et une « pédagogie de l’exemple ».
Pour en savoir plus ici (en anglais uniquement).

L’ Agroécologie en pratique 2

Les femmes et la terre au Tadjikistan

Zan va Zamin (Femmes et Terre) est une organisation de base créée en 1999 par un petit groupe de femmes militantes au Tadjikistan. Son objectif est de garantir la sécurité foncière et l’accès à la terre, la préservation de la biodiversité et des savoirs traditionnels, et la création d’associations et de coopératives d’agricultrices et d’agriculteurs. Jusqu’à présent, l’organisation a aidé plus de 1200 femmes à obtenir des titres de propriété sur leurs terres. En plus de mettre à disposition des crèches locales, elle encourage les femmes et les personnes âgées à jouer leur rôle de gardien-ne-s et de passeurs/passeuses du patrimoine agricole. Elle a appuyé la création de plus de trente banques de semences pour permettre l’accès des agricultrices et des agriculteurs à plusieurs variétés de semences. Les douze écoles paysannes qu’elle compte produisent au moins mille tonnes de légumes par an, tandis que les jardins et pépinières communautaires fournissent de petits arbres et entretiennent plus de 10 000 arbres fruitiers. Elle a également fourni aux populations locales des séchoirs solaires pour légumes, des serres fonctionnant à l’énergie solaire et des fours à basse consommation. Grâce à ce travail remarquable, Zan va Zamin contribue à créer des écosystèmes plus résilients, à réduire les pénuries alimentaires, à renforcer la Souveraineté Alimentaire et à améliorer les revenus au niveau local.
Pour en savoir plus ici (en anglais uniquement).

L’ Agroécologie en pratique 3

La mobilisation en faveur de l’innovation institutionnelle


« Le travail que nous avons mené pendant tant d’années en faveur de l’Agroécologie et de la Souveraineté Alimentaire dispose désormais, en Uruguay, d’un cadre légal qui nous permettra de continuer à avancer »

Silvana Machado, Réseau national des semences locales

En décembre 2018, le Parlement uruguayen a promulgué le Plan national d’Agroécologie en loi, suite à l’initiative impulsée par les femmes et les hommes engagé-e-s dans la production agroécologique familiale et par des organisations sociales, à l’origine du mouvement pour la Souveraineté Alimentaire en Uruguay. Cette victoire est le fruit d’un long processus de discussion engagé lors de la cinquième édition de la Fête nationale des semences locales, en avril 2014, et dans le cadre duquel se sont tenus plusieurs séminaires et ateliers organisés au cours des éditions successives, ainsi que des rencontres régionales et nationales du Réseau national des semences natives et locales et du Réseau de l’Agroécologie. Le débat parlementaire a souligné que cette nouvelle législation cible les femmes et les hommes engagé-e-s dans la production familiale d’aliments et leur rôle dans la défense de la biodiversité, des territoires et des bassins versants. De plus, il a mis en avant l’accumulation d’expérience d’actions menées pendant plus de trois décennies au niveau des territoires pour créer des collectifs de promotion de l’Agroécologie. L’approbation de cette loi confère un caractère formel qui était nécessaire d’un point de vue critique du système agroalimentaire en Uruguay et dans la région, à partir de la défense du droit à l’alimentation et de la Souveraineté Alimentaire.
Pour en savoir plus ici (en espagnol uniquement).

L’ Agroécologie en pratique 4

De l’Atelier Paysan à Farm Hack*

« Chez moi, c’est très difficile de mettre la main sur quelque chose qui soit entre le tracteur et la truelle. C’est juste qu’il n’y a pas grand-chose entre les deux. Du coup, j’aime bien venir dans des endroits comme cet [évènement Farm Hack] et en tirer énergie et inspiration. Pollinisation-croisée, échange d’idées, complaintes sur la météo… Des tas de choses. C’est vraiment fructueux. »
Kate Collins. Maraîchère, R.U.

L’Atelier Paysan, en France, et Farm Hack, au Royaume-Uni, font partie d’une approche menée par les acteurs locaux dans l’élaboration, la modification et le partage de la conception d’outils agricoles, de machines et autres innovations. Ces initiatives mettent en exergue une approche de paysan à paysan pour apprendre et créer des plateformes destinées à permettre aux paysan-ne-s de se rassembler pour « hacker » et mettre à profit leur ingéniosité collective dans l’élaboration de technologies adaptées à leurs pratiques agroécologiques. Ces initiatives s’attachent à développer une souveraineté technique et technologique pour les paysan-ne-s grâce aux plateformes open source (« en libre »), à la promotion de l’autonomie des paysan-ne-s et à la réappropriation par ces derniers des savoirs et des compétences.

À l‘Atelier Paysan, la formation de paysan à paysan, d’agriculteur à agriculteur et d’ingénieur/formateur à agriculteur se fait de façon horizontale mais aussi à travers une personne-référent, à savoir, l’un des ingénieurs de la coopérative. À la fin de la formation chaque participant-e rentre sur son exploitation avec un outil qu’il ou elle sait comment construire, réparer et éventuellement adapter à ses propres besoins. Plus de 80 dates de formation sont disponibles chaque année. Ces formations à l’auto-construction durent entre deux et cinq jours. Les processus participatifs pour construire des technologies peuvent durer pendant plusieurs mois.

Le Farm Hack implique, en général, deux éléments principaux et complémentaires : une plateforme Web et des évènements. Une plateforme Web sert à partager les inventions au moyen d’une approche open source ou Creative Commons. Les innovations des paysan-ne-s sont mises à disposition des autres membres de la communauté. Les évènements Farm Hack regroupent des femmes et des hommes paysans, cultivateurs, fabricants, ingénieurs et programmateurs informatiques, afin de montrer et de partager des outils, des compétences et des idées grâce à des démonstrations sur place, des ateliers pratiques, des séminaires, des activités ludiques et des échanges culturels. Ces deux éléments se rejoignent lorsque les outils présentés au cours des évènements sont postés sur Internet. Pour en savoir plus ici.

Tout en donnant la possibilité aux paysan-ne-s d’acquérir plusieurs compétences (par ex., technologies adaptées à l’Agroécologie paysanne, souveraineté technologique, innovation proposée par l’utilisateur, animation de réseau sociotechnique, documents open source), ces initiatives jouent un rôle important dans la création des réseaux entre les personnes et donc dans le renforcement des mouvements sociaux.

*Tiré de www.eurovia.org/fr/eaken-fr/

Encadres

Encadré 1

L’innovation dont nous ne voulons pas

Le discours sur les solutions « innovantes » est en train de s’imposer au sein de différentes sphères politiques, sociales et économiques. Dans le débat sur l’Agroécologie, il existe un lien étroit entre les organisations des agriculteurs à grande échelle, certains universitaires, de grandes ONG, des philanthropes ainsi que des institutions et les intérêts de l’agro-industrie transnationale dans la promotion d’argumentaires soi-disant apolitiques présentés comme des options « triplement avantageuses » (triple win, en anglais) permettant d’obtenir des bénéfices économiques, atteindre la sécurité alimentaire et réussir l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets. Ils cherchent à intégrer certaines pratiques agroécologiques au modèle agro-industriel dominant tout en maintenant les caractéristiques structurelles et les relations de dépendance qui ont amené à la crise mondiale actuelle.

Selon l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et l’International Agri-Food Network, « l’agro-écologie consiste en l’étude de la relation qu’ont les cultures agricoles avec leur environnement ». En effet, le Comité consultatif économique et industriel auprès de l’OCDE (Business at OECD, en anglais) envisage l’Agroécologie au sens étroit de discipline scientifique apparue dans les années soixante, et critique celles et ceux qui la définissent comme un système de production agricole fondé sur des pratiques précises ou comme un mouvement social ou politique. L’argument avancé est que « cette variété risque de prêter à confusion et de détourner l’attention des discussions sur les modalités permettant d’atteindre les ODD ». Enfin, ces acteurs préconisent « un mélange de pratiques, d’outils et de technologies adaptés à chaque situation », y compris l’agriculture de précision et autres « approches innovantes ».

En tant que société, notre but ultime n’est pas seulement d’atteindre les ODD. Si nous souhaitons véritablement bâtir un monde juste pour les générations présentes et à venir, notre ligne de mire doit porter sur des changements structurels plus profonds. En outre, il est devenu évident, par exemple, qu’en restant dans le business as usual le monde n’atteindra absolument pas la cible fixée par les ODD d’éradiquer la faim d’ici 2030.

Il faut vraiment faire attention aux multiples réinterprétations du concept d’Agroécologie proposées par différents acteurs et groupes d’intérêt. Agriculture industrielle et Agroécologie ne sont ni des concepts ni des pratiques interchangeables, et elles ne peuvent coexister. Elles représentent deux visions totalement différentes du développement, du bien-être et des rapports entre les êtres humains et leur environnement.

Encadré 2

Les propositions que nous rejetons

La numérisation de l’agriculture: Le prochain numéro du Bulletin sera consacré à cette inquiétante stratégie agroindustrielle!

L’agriculture intelligente face au climat; elle renforce le statu quo: C’est en 2009 que la FAO a commencé à parler d’« agriculture intelligente face au climat ». Il s’agissait alors d’un moyen d’intégrer l’agriculture (et son rôle en termes d’atténuation, d’adaptation et de sécurité alimentaire) aux négociations sur le climat [Voir l’article publié par la FAO « Une agriculture intelligente peut atténuer le changement climatique » à l’occasion du lancement de son rapport Food Security and Agricultural Mitigation in Developing Countries: Options for Capturing Synergies (2009). S’en suivirent deux conférences de la FAO consacrées à l’agriculture intelligente face au climat, organisées par la Banque mondiale et un petit groupe de gouvernements, en 2010 et 2012.]. Lancée en 2014, l’Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face aux changements climatiques (GACSA, de son sigle en anglais) [Ici et liste des membres (en anglais uniquement).] rassemble des gouvernements nationaux, des lobbies agroindustriels (dont la majorité représentent l’industrie des engrais)[Soixante pour cent des membres du secteur privé au sein de l’Alliance représente l’industrie des engrais (GRAIN, 2015 ; CIDSE, 2015). « Les six géants (BASF, Bayer, Dow, DuPont, Monsanto, Syngenta) constituent les moteurs de l’agriculture industrielle. Avec un revenu cumulé de plus de 65 milliards de dollars dans les secteurs de l’agrochimie, des semences et des caractères biotechnologiques, ces entreprises contrôlent déjà les trois-quarts du marché mondial de l’agrochimie et 63 % du marché des semences commerciales. » (Groupe ETC, 2016).], le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR, le plus grand réseau au monde d’agronomes travaillant dans des instituts publics), des universités et des ONG. Le rapport publié en 2017 par le Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) sous le titre Too big to feed montre que les grands groupes de l’agrochimie et leurs lobbies jouissent aujourd’hui d’une forte représentation dans les alliances et initiatives majeures en faveur de l’agriculture intelligente face au climat. Typique des remèdes technologiques, l’agriculture intelligente face au climat cherche à résoudre un problème créé par la technologie ratée des biotechnologies (cultures tolérantes aux herbicides) et à trouver un nouveau moyen pour transformer la nature en marchandise et se l’approprier. De plus, si elle prétend recourir à des approches agroécologiques (par ex., l’agroforesterie), l’agriculture intelligente face au climat n’exclut pas les pratiques et les technologies qui affaiblissent ou sont incompatibles avec ces mêmes approches.
Plus info ici.

L’intensification durable: Alors que l’expression « intensification durable » existe depuis vingt ans, elle est employée couramment depuis peu et a aussi été intégrée à l’agriculture intelligente face au climat. Au départ, l’intensification durable a été conçue en tant qu’approche reposant sur trois postulats fondamentaux concernant la sécurité alimentaire et la production agricole au 21ème siècle. Premièrement, le monde a besoin de produire beaucoup plus d’aliments dans les décennies à venir pour nourrir une population croissante ; deuxièmement, on ne peut pas étendre les superficies de terres arables de façon significative ; et troisièmement, la production agricole doit devenir plus durable et plus efficace au niveau de l’utilisation des ressources afin de préserver le capital naturel dont dépend l’agriculture. Pris ensemble, ces trois postulats impliquent qu’il faut intensifier la production agricole réalisée sur les terres arables existantes de sorte à répondre à une demande plus forte mais sans nuire à l’environnement. Cependant, la première hypothèse ne tient pas compte des preuves, déjà mises en avant par la FAO et beaucoup d’autres, de l’importance des mesures visant à redistribuer les aliments et à réduire les déchets plutôt que celles visant à augmenter la production, ces dernières étant d’ailleurs liées à la très critiquée « Économie verte ».
Plus info ici.

Le forçage génétique: Le forçage génétique est un nouvel outil permettant d’imposer des caractéristiques génétiquement modifiées à des populations entières d’insectes, de plantes et autres organismes. Cette technologie invasive représente une tentative délibérée de créer une nouvelle forme de pollution génétique. Il est possible que les forceurs génétiques poussent des espèces vers l’extinction et affaiblissent une agriculture et une alimentation équitables et durables. Ici l’appel signé par les leaders du mouvement pour l’alimentation du monde entier et ici le rapport du Groupe ETC intitulé Forcer l’agriculture.

CropLife International: Avec son réseau mondial, « voix et principaux défenseurs de l’industrie de la science des végétaux » et comptant parmi ses membres BASF, Bayer et Syngenta (en anglais uniquement), CropLife International retient les six éléments principaux de l’Agroécologie en s’appuyant sur une vision qui parle des agriculteurs comme de simples récepteurs d’appui technique et utilisateurs de technologie (comme les produits biotechnologiques) qu’offrent ces entreprises (en anglais uniquement).

Les méga-fusions: Certains acteurs se félicitent de la hausse soudaine de méga-fusions dans le secteur agroalimentaire ainsi que de la consolidation de la concentration des entreprises sur l’ensemble de la chaîne alimentaire industrielle (semences, agrochimie, engrais, génétique appliquée à l’élevage, produits pharmaceutiques vétérinaires et machines agricoles) car ils y voient la création d’un terrain dynamique propice à l’innovation. Toutefois, si les dépenses en R&D dans le secteur sont élevées (sept milliards de dollars en 2013), le champ d’application demeure restreint. En effet, l’industrie se concentre sur les cultures et les technologies offrant les rendements commerciaux les plus élevés ; par exemple, 40 % de la recherche privée en matière de sélection végétale ne porte que sur une seule culture, le maïs. Qui plus est, la tendance commune qui se dégage est que ces grands groupes achètent des marques émergeantes « saines » ou « durables » pour combler leurs lacunes en matière d’innovation et, dans le même temps, étouffent l’innovation et compromettent l’engagement envers plus de durabilité de la part des plus petites entreprises.
Plus info ici (en anglais uniquement).

Encadré 3

Le processus de la FAO sur l’Agroécologie

Lancé en septembre 2014, le processus de la FAO sur l’Agroécologie a compté avec la tenue de deux colloques internationaux (en 2014 et en 2018), plusieurs séminaires et réunions au niveau régional (en 2015 et en 2016) ainsi qu’une réunion entre la FAO et le Comité international de planification pour la Souveraineté Alimentaire (CIP) et ses alliés (en 2017). À travers ce processus, les organisations et les mouvements sociaux œuvrant à la promotion de la Souveraineté Alimentaire ont pu porter leurs propositions et revendications en faveur de l’Agroécologie dans des espaces de dialogue avec les gouvernements, les institutions internationales, les universitaires et autres organisations sociales.

Mais, la FAO étant une hydre à mille têtes, il y existe aussi des tentatives pour arrêter définitivement la progression de l’Agroécologie. Citons, à titre d’exemple, la volonté de reproduire le processus suivi pour l’Agroécologie et de l’appliquer aux biotechnologies agricoles en 2016 et 2017. Grâce à la pression exercée par les organisations et les mouvements sociaux, unis au sein du CIP, nous avons réussi à le stopper mais les mêmes acteurs au sein de la FAO sont parvenus à ouvrir un autre front en relayant le discours sur l’innovation nécessaire en agriculture comme voie permettant de sortir des crises alimentaires, environnementales et climatiques qui frappent le monde.

C’est dans ce contexte que la question a été inscrite à l’ordre du jour de la réunion du Comité de l’agriculture de la FAO (COAG), qui s’est déroulée du 1er au 5 octobre 2018, et qu’un colloque international sur l’innovation agricole au service des agriculteurs familiaux a eu lieu à la fin du mois de novembre 2018, à Rome.

Un accent très important a été mis sur la promotion de l’innovation (entendue principalement au sens d’innovation technologique) pour parvenir à une agriculture et à des systèmes alimentaires durables et pour s’adapter au changement climatique. Au cours des prochaines années, l’innovation va devenir un cadre très pertinent. Ainsi, la plupart des gouvernements ont souligné le rôle central de l’investissement consenti par le secteur privé, négligeant totalement le fait que les femmes et les hommes engagé-e-s dans la production vivrière à petite échelle constituent les premiers investisseurs majeurs en agriculture, représentent des acteurs clés et innovent depuis des siècles. Cependant, sous la pression des mouvements sociaux, le COAG a reconnu, en 2018, que « l’innovation n’est pas un but en soi [et] certaines formes d’innovation peuvent contribuer à la dégradation de l’environnement, perturber les moyens d’existence ou accentuer les inégalités. Il convient de comprendre quels types d’innovation doivent être encouragés, où, comment et pour qui (…)».

À présent, la FAO développe, en collaboration avec les organisations de la société civile et les universitaires, un cadre analytique pour réaliser une évaluation multidimensionnelle de l’Agroécologie ainsi qu’un guide sur son application, l’objectif étant d’accompagner la prise de décisions fondées sur des éléments concrets en matière d’Agroécologie.
Pour les organisations et les mouvements sociaux membres du CIP, les travaux pour combler les lacunes importantes concernant les données fondées sur des éléments concrets relatives à l’Agroécologie et les efforts visant à démultiplier l’Agroécologie et à la faire passer à l’échelle supérieure devraient être menés dans le cadre de la recherche-action participative et d’un dialogue rapproché avec les universitaires. Ils devraient encourager la capacité des personnes engagées dans la production vivrière et de leurs communautés à expérimenter, évaluer et diffuser les innovations ; et également contribuer à tisser des liens entre les différents systèmes de savoirs pour faire émerger des solutions systémiques en faveur de systèmes alimentaires et agricoles véritablement sains et durables.

Encadré 4

L’École paysanne multimédia

En novembre 2015, l’Association nationale de petits agriculteurs (ANAP) de Cuba, La Via Campesina International (LVC) et le Collectif Komanilel ont lancé la série de cours vidéo « L’École paysanne multimédia, un outil audiovisuel pour transposer l’Agroécologie à plus grande échelle ». L’objectif du cours est de contribuer à diffuser l’Agroécologie dans le monde entier. Il a été mis au point conjointement avec le réseau des écoles paysannes d’Agroécologie créé par La Via Campesina et présent dans pratiquement tous les pays où le mouvement compte des membres. La formation porte sur les dimensions techniques, politiques et méthodologiques. Les supports virtuels expliquent les concepts et les pratiques proposés par la méthode Campesino a Campesino (de paysan à paysan) pour disséminer l’Agroécologie, en s’inspirant de l’expérience réussie à Cuba. L’École paysanne multimédia est disponible sur Internet en anglais, en espagnol, en français et en portugais à l’adresse : agroecologia.espora.org

Sous les feux de la rampe

Sous les feux de la rampe 1

De quelle innovation a-t-on besoin ?

Le discours dominant sur l’innovation englobe aussi bien l’Agroécologie que la biotechnologie, en passant par les « approches en faveur d’une agriculture durable». Par conséquent, il est essentiel de reconnaître l’existence de visions radicalement opposées sur les façons d’affronter les crises mondiales et de définir et mettre en œuvre les processus et produits innovants, ainsi que sur la question des acteurs et bénéficiaires principaux.

Les technologies, les innovations et les pratiques qui sont choisies aujourd’hui détermineront l’avenir des systèmes agroalimentaires [Nous nous référons à l’ensemble des éléments qui composent les systèmes alimentaires (environnement, individus, apports, processus, infrastructures, institutions etc.) et à toutes les activités allant de la pré-production et la production à la transformation, le conditionnement, le transport, la distribution, la commercialisation, la préparation, la consommation et la gestion des résidus. Ce cadre inclut aussi les intrants et les produits associés à chaque activité, y compris les résultats sur le plan socioéconomique et environnemental. Tiré du rapport du HLPE publié en 2014.] et des moyens d’existence des populations du monde entier. Il est donc fondamental que les femmes et les hommes qui prennent les décisions et que celles et ceux qui produisent les aliments, et les autres acteurs, se posent les bonnes questions pour orienter leurs choix.

En ce sens, l’innovation ne doit pas uniquement consister à proposer une technologie ou une boîte à outil dont on ne choisit que quelques éléments, ni seulement se centrer sur la productivité. L’innovation doit plus particulièrement se concentrer sur les processus sociaux, économiques, culturels, écologiques, environnementaux, institutionnels, organisationnels et liés aux politiques publiques.
Pour qu’une innovation puisse reconfigurer les systèmes alimentaires et contribuer à leur durabilité, elle doit être développée selon une approche holistique et pluridisciplinaire de sorte à générer un changement systémique entraînant un effet positif sur les vies des populations. Par ailleurs, le fait d’innover pour transformer ces systèmes ne se résume pas seulement à introduire des inventions révolutionnaires ou « disruptives », ou encore de nouveaux besoins, marchés et espaces d’application ; il implique, plutôt, une adaptation ou une évolution, ainsi qu’une amélioration et/ou un élargissement considérable des techniques et pratiques déjà existantes.

Le défi consiste à évaluer les innovations en cours dans les systèmes agroalimentaires. Pour cela, il est nécessaire d’élaborer un cadre et un ensemble d’indicateurs, et/ou une analyse de plusieurs scénarii, l’objectif étant de mesurer les caractéristiques d’une innovation et ses effets par rapport à la durabilité des systèmes concernés, ainsi que d’aider à informer les options et actions stratégiques. Afin de contribuer à l’élaboration d’un tel cadre, nous proposons, ci-après, une liste non-exhaustive de treize critères interconnectés.

i. Dimensions sociales, économiques et institutionnelles. Il faut évaluer si les innovations :
– encouragent la participation de la population au processus décisionnel, à la gestion des biens naturels et aux processus de suivi et d’évaluation, en donnant un rôle de premier plan aux plus vulnérables et marginalisés.
– forgent la justice sociale et économique, en renforçant l’inclusion économique et la cohésion sociale afin d’améliorer les moyens d’existence et réduire activement les inégalités, en encourageant et en consolidant les liens et la solidarité entre les zones rurales et urbaines ainsi qu’entre les générations, et en soutenant les modèles sociaux et publics de propriété et de gestion.
– contribuent à l’éradication de la faim, en garantissant un approvisionnement alimentaire suffisant et l’égalité d’accès, ce qui, en retour, contribue à renforcer l’autosuffisance alimentaire.
– promeuvent la consommation d’aliments variés, nutritifs et salubres pour une alimentation saine, diversifiée, culturellement appropriée et durable.
– bénéficient aux femmes et aux hommes engagé-e-s dans la production vivrière à petite échelle ainsi qu’aux travailleuses et aux travailleurs, en créant des conditions de vie dignes, en rendant effective leur participation au processus décisionnel, et en reconnaissant et préservant leurs savoirs.
– forgent la justice de genre et respectent la diversité, en reconnaissant et valorisant le travail productif et reproductif réalisé par les femmes, en encourageant l’égalité des droits sur les ressources et d’accès à celles-ci, la participation effective au processus décisionnel, et en contribuant à éradiquer toutes les formes de violence et d’oppression envers les femmes.

ii. Dimensions environnementales. Il faut évaluer si les innovations :
– sont efficaces, et permettent de réduire au minimum les pertes et déchets alimentaires, le transport intervenant dans la production et la distribution des aliments, ainsi que les impacts environnementaux connexes grâce à des systèmes alimentaires localisés ou relocalisés.
– contribuent à la justice énergétique, en tenant compte des systèmes et des types de production, de distribution et de consommation énergétiques dans le but de créer, déployer et exploiter l’innovation, tout en réduisant le plus possible les impacts sociaux et environnementaux de l’énergie et en assurant un accès juste et suffisant à celle-ci.
– contribuent à la justice environnementale, au regard des conséquences à court et à long termes sur l’environnement liées à leur utilisation bien après leur durée de vie utile, et de leur capacité à préserver la biodiversité et l’eau, ainsi qu’en tenant compte des questions relatives au travail soulevées par les innovations au niveau de la production alimentaire sans oublier les problèmes des travailleuses et des travailleurs agricoles migrant-e-s.
– contribuent à la justice climatique, en s’attaquant aux causes structurelles du changement climatique générées par les systèmes agroalimentaires dans le but de renforcer la résilience des populations par rapport aux prochaines crises.

iii. Dimensions liées au processus de mise en œuvre. Il faut évaluer si les innovations :
– seront disponibles et accessibles, pour toutes les personnes et institutions à tous les niveaux et dans tous les territoires.
– sont utiles, utilisables et durables dans le temps, en étant efficaces à court et à long termes dans l’exécution de la tâche prévue.
– ont un effet multiplicateur, pour arriver à une adoption généralisée à tous les niveaux et dans tous les territoires avec un impact positif.

Pour qu’une innovation soit considérée comme acceptable du point de vue social, culturel, environnemental, politique et économique, elle doit prendre en compte et remplir au moins la plupart, sinon la totalité, de ces critères.

Plus d’info ici.

Sous les feux de la rampe 2

Pourquoi l’Agroécologie est la voie qu’il faut soutenir

L’Agroécologie est une approche multidimensionnelle, fondée sur les savoirs, savoir-faire et modes de vies des paysan-ne-s et des peuples autochtones, enracinée dans leur environnement naturel, social et culturel respectif [Pour en savoir plus sur l’Agroécologie, lisez le Bulletin Nyéléni n°20 : Agroécologie et le climat]. Il s’agit d’un concept vivant qui continue d’évoluer à mesure qu’il est adapté à des réalités uniques et variées. Il offre un cadre cohérent qui conceptualise ces pratiques et leurs effets (et leur renforcement réciproque) ainsi qu’une compréhension holistique de notre place dans les cycles naturels et de la façon dont les systèmes alimentaires doivent s’adapter aux systèmes bio-culturels dont ils dépendent et les restaurer.

L’Agroécologie propose une vision à long terme allant plus loin que la production agricole pour englober et transformer le système alimentaire dans sa totalité. Elle constitue un outil de lutte et de résistance pour construire la Souveraineté Alimentaire des peuples (en português uniquement). Elle appelle à opérer un changement de paradigme sur plusieurs plans, y compris la recherche, la consommation et l’élaboration des politiques, dans le but d’atteindre la Souveraineté Alimentaire des populations rurales et urbaines. Partout dans le monde, l’Agroécologie garantit la diversité de l’alimentation et des cultures alimentaires adaptées à leurs milieux naturels et sociaux.

De plus, des données concluantes indiquent que l’Agroécologie permet d’augmenter les rendements de façon significative chez celles et ceux qui en ont le plus besoin, à savoir, les femmes et les hommes engagé-e-s dans la production vivrière de subsistance et marginalisée au niveau des zones dépendant des pluies sans besoin de recourir à des infrastructures coûteuses et gourmandes en ressources comme l’irrigation ou les semences industrielles.

Les femmes et les hommes engagé-e-s dans la production vivrière à petite échelle, particulièrement les paysan-ne-s et l’agriculture familiale, sont les premiers innovateurs en agriculture, ce, depuis des milliers d’années. Ces femmes et ces hommes sont les principaux concepteurs de systèmes agricoles agroécologiques, y compris l’agroforesterie et l’agrosylvopastoralisme, ainsi que les principaux sélectionneurs de végétaux du monde. En comparaison, la contribution du secteur privé et des instituts de recherche est minuscule, particulièrement lorsque l’on considère les systèmes agroécologiques ainsi que les variétés de cultures et les races d’animaux adaptées aux conditions locales. Ce sont ces processus d’innovation pilotés et menés par les agricultrices et les agriculteurs qu’il faut soutenir, sans oublier les processus Campesino a Campesino (de paysan à paysan) pour stimuler l’innovation paysanne et la mise en commun des résultats.

Il existe une multitude de techniques agricoles écologiques mises au point par au moins 75 % des deux milliards de personnes engagées dans la production à petite échelle, principalement des femmes sur 500 millions de petites exploitations qui nourrissent entre 70 et 80 % du monde. La majorité des aliments consommés aujourd’hui provient des 2,1 millions de variétés sélectionnées par les paysan-ne-s.

En conclusion, l’Agroécologie constitue l’approche innovante à soutenir ; une Agroécologie pratiquée par et selon les principes de celles et ceux qui, pendant des millénaires, l’ont maintenue : les femmes et les hommes engagé-e-s dans la production vivrière à petite échelle.

Pour en savoir plus : Innover pour des systèmes agricoles et alimentaires durables, et L’Agroécologie à la croisée des chemins, Bulletin Nyéléni n° 28 .