L’écho des campagnes

L’écho des campagnes 1

La réforme agraire, une réponse à la pandémie actuelle

Jaime Amorim, membre de la Coordination Nationale du MST et de la Commission Internationale de Coordination de La Via Campesina

Aujourd’hui les drapeaux des luttes historiques comme le drapeau de la réforme agraire deviennent actuels, urgents et nécessaires. Une réforme agraire large, populaire et profonde qui résout définitivement le problème de la concentration des terres, en laissant à l’histoire le mal du latifundium et toute sa structure de pouvoir comme un vestige féodal qui reste au service de l’agrobusiness. Qu’il résout le modèle de développement des campagnes basé sur la monoculture d’agro-exportation.

La pandémie a démontré la fragilité du modèle capitaliste de développement, en particulier le modèle actuel, néo-libéral conservateur, qui détruit les économies locales, la souveraineté nationale, attaque la démocratie et les états démocratiques de droits, promeut les guerres contre les nations, supprime les services publics, avance rapidement sur les ressources naturelles et minérales, précarise la législation du travail, tout cela au nom du développement du capital, tout devient une marchandise au nom de la mondialisation de l’économie. En conséquence, en période de pandémie, le chômage, la faim, la misère, et la violence augmentent. Selon João Pedro Stédile, leader du Mouvement des Sans Terre (MST) du Brésil, dans une interview au journal Brasil de Fato « La pandémie de coronavirus est l’expression la plus tragique de l’étape actuelle du capitalisme et de la crise de civilisation que nous vivons.

La réforme agraire, large et radicale, peut devenir une réponse actuelle et moderne aux crises mondiales actuelles : crise politique, crise environnementale, crise idéologique, crise sociale et crise économique, qui est structurelle et ne peut plus résoudre les problèmes crées par la forme même de l’exploitation et de l’accumulation capitaliste, mais aussi ne peut plus répondre aux défis de la société pour sauver la survie des êtres humains, l’existence humaine peut être menacée et la vie de la planète elle-même. La réforme agraire avec l’agroécologie pour la souveraineté alimentaire et la sortie de la dépendance au marché et aux grands distributeurs alimentaires.

L’écho des campagnes 2

L’accaparement des terres, la justice foncière et les éleveurs

Lorenzo Cotula et Ced Hesse, IIED (Institut international pour l’environnement et le développement)

Au cours des 15 dernières années, l’évolution des prix des matières premières et les politiques publiques biaisées ont favorisé une hausse des investissements commerciaux dans les secteurs des ressources naturelles, notamment l’agriculture, les mines et le pétrole. Les gouvernements de différentes tendances politiques ont vu dans cette vague d’investissements une opportunité économique – pour promouvoir le développement économique, créer des emplois et générer des revenus publics.

Mais les accords ont également suscité des inquiétudes dans le public quant au mode de développement et aux types d’investissements, ainsi qu’à la manière dont les coûts et les bénéfices étaient répartis Plusieurs recherches ont documenté les conflits fonciers et la dépossession en lien avec les projets de plantation de l’agrobusiness et les opérations de l’industrie extractive. Plus récemment, les accords ont diminué en partie suite à l’évolution des prix des matières premières. Mais au niveau local, les pressions se font toujours sentir, en particulier dans les points stratégiques où sont concentrés les minerais, le pétrole, les terres fertiles, l’eau douce et les infrastructures. Plusieurs projets abandonnés ont laissé derrière eux une série de conflits, et de nombreux gouvernements identifient toujours les secteurs des ressources naturelles comme fondement de leur développement national.

Perçues à tort comme « vides » ou « oisives », les pâturages ont longtemps été une cible pour les gouvernements et les entreprises. Dans la région de Karamoja en Ouganda, par exemple, les opérations minières ont empiété sur les terres de pâture (en anglais). Tandis que les bénéfices promis en matière d’écoles, d’hôpitaux, d’emplois et d’eau ne se concrétisent pas, les pasteurs perdent l’accès aux pâturages et aux gisements de minéraux et souffrent de la contamination de l’eau. L’exploitation minière limite également la mobilité des troupeaux et les prive de ressources clés en saison sèche. Ces évolutions compromettent cette pratique de pâturage et sa capacité de soutien en moyens de subsistance locaux.

Dans de tels contextes, des lois biaisées sapent souvent les droits des pasteurs et facilitent la dépossession. Bien que les faits montrent que les pratiques de pâturage sont résistantes et sophistiquées, les droits des pasteurs sur les ressources sont juridiquement protégés de manière variable et souvent limitée dans la pratique – y compris dans les pays où la législation ou même la constitution affirme formellement les droits locaux. Beaucoup de lois foncières conditionnent la protection effective à une « utilisation productive », et les notions biaisées de productivité sapent les revendications des pasteurs en matière de ressources. L’absence de preuve légale de la propriété foncière des pasteurs aggrave souvent le risque de dépossession.

Nous avons besoin de politiques qui soutiennent, plutôt que de miner, les systèmes pastoraux, faisant avancer la justice foncière face à l’accaparement des terres. Bien que chaque contexte est spécifique, il est souvent nécessaire de reconnaître le pastoralisme comme une forme d’usage économique et écologique des ressources ; de protéger les droits collectifs des pasteurs à la terre, à l’eau et au pâturage ; et de faciliter la mobilité des troupeaux lorsque celle-ci assure la subsistance des pasteurs.

L’écho des campagnes 3

Femmes rurales, féminisme de base et droits fonciers

Maria Luisa Mendonça, Réseau pour la Justice Sociale et les Droits Humains, Brésil

Du point de vue des mouvements féminins de base, la défense des droits fondamentaux à la terre et à l’alimentation est une lutte constante. Dans le monde entier, l’expansion de la production agricole destinée à l’exportation, contrôlée par les grands propriétaires terriens et les grandes entreprises, déplace continuellement les communautés rurales. Elles sont forcées de quitter leurs terres et leurs moyens de subsistance, et deviennent vulnérables à l’exploitation du travail dans les grandes plantations ou dans les centres urbains. Elles doivent faire face à la pauvreté et la faim. Le monopole des terres et la spéculation mercantile font augmenter les prix des denrées alimentaires, ce qui affecte de manière disproportionnée les femmes à faible revenu. Le cas du Brésil illustre cette situation, car il présente un des niveaux les plus grands de concentration des terres. Actuellement, on assiste à une re-concentration croissante suite à la spéculation financière internationale sur les marchés fonciers ruraux. Ce processus accroît le monopole sur la terre et étend la monoculture de produits d’exportation, ce qui entraîne la destruction de l’environnement et le déplacement des communautés rurales qui produisent la majorité des aliments destinés aux marchés intérieurs.

Dans ce contexte, la résistance des femmes rurales est cruciale pour faire face simultanément aux crises économique, écologique et alimentaire. Les femmes font face à des défis spécifiques en temps de crise, puisqu’elles assument généralement la responsabilité des tâches sociales du ménage, comme l’alimentation et les soins de santé. Par conséquent, les politiques néolibérales réduisant le soutien gouvernemental aux programmes sociaux et l’augmentation des prix alimentaires représentent une charge supplémentaire pour les femmes qui travaillent. En outre, le déplacement des communautés rurales force les femmes à occuper les pires emplois dans les plantations et les zones urbaines.

Les mouvements ruraux de femmes qui militent pour la réforme agraire et l’utilisation commune des ressources naturelles, y compris les droits fonciers collectifs, seront importants. Les mouvements féminins de base font la promotion d’un nouveau système agricole basé sur les coopératives locales et la production alimentaire écologique. Il existe des mécanismes internationaux de défense des droits humains, mais il faut aussi de la solidarité. En Europe et aux États-Unis notamment, l’opinion publique est de plus en plus consciente qu’il faut soutenir une agriculture à petite échelle, locale et écologique. Pour étendre ce mouvement à l’échelle internationale, nous devons accroître la solidarité entre les organisations de femmes du Global Nord et du Global Sud, ainsi que dans les zones urbaines et rurales, afin de soutenir la production d’aliments sains à un prix abordable pour les femmes à faible revenue dans les zones rurales et urbaines. Nous avons besoin d’alliances solides pour transformer notre système alimentaire.

Résumé de Femmes rurales et féminisme de base.

L’écho des campagnes 4

Les travailleurs agricoles et la terre

Rosalinda Guillén, Développement de communauté à communauté, États-Unis

En tant que travailleurs et travailleuses agricoles, la valeur de ce que nous apportons à une communauté est simplement mise de côté. Nous sommes invisibles. Nos contributions sont invisibles. Cela fait partie de la culture capitaliste dans ce pays.

Nous sommes comme la lie de l’esclavage dans ce pays. Ils s’accrochent à cette mentalité d’esclave pour essayer de tirer profit de la main-d’œuvre la moins chère possible. S’ils nous maintiennent sans terre, si nous n’avons pas la possibilité de faire des racines dans les communautés comme nous le voulons, alors c’est d’autant plus facile de tirer le plus de profit de nous en investissant le moins possible. C’est aussi simple que cela. Nous devons nous intéresser aux travailleurs agricoles de ce pays qui possèdent des terres, où nous pouvons produire. C’est le changement dynamique dont nous avons besoin dans le système alimentaire. Nous savons tous que Cesar Chavez a parlé de la propriété des moyens de production. Je pense que beaucoup de travailleurs agricoles parlent de cela.

Être un peuple sans terre aux États-Unis, rend les travailleurs agricoles beaucoup plus vulnérable, et aux États-Unis, cela est facilement ignoré. Cela n’est même pas discuté au niveau politique ou social. Et on pourrait remonter dans l’histoire quand nos terres nous ont été retirées au Texas, en Arizona, au Nouveau-Mexique et en Californie. C’est un héritage de cette conquête, et nous l’avons accepté. L’idée n’est pas d’utiliser cela pour avoir de la terre. À quoi cela ressemblerait-il ? Je suis allé au Forum social mondial au Brésil et j’ai rencontré les dirigeants du mouvement des travailleurs sans terre. Nous continuons nos échanges depuis lors et ils sont venus nous rendre visite.

Nos discussions avec les dirigeantes du MST lors d’une récente visite à São Paulo nous font croire que nous sommes sur la bonne voie. Il est essentiel d’établir une base solide et audacieuse dans la communauté des travailleurs agricoles pour transformer l’agriculture et l’accès à la terre aux États-Unis. Nous apprenons constamment de la direction indigène de Familias Unidas por la Justicia. Poursuivre le dialogue et la réflexion sur les stratégies avec eux nous aidera à créer de nouvelles façons de faire avec les consommateurs, les marchés et le puissant lobby agricole.

D’autres stratégies, comme gagner suffisamment d’argent pour acheter des terres, ne suffisent pas. L’USDA a mis en place des programmes pour que les travailleurs agricoles latinos puissent posséder des terres. Mais vous vous retrouvez avec peut être quelques agriculteurs latinos qui pratiquent l’agriculture conventionnelle. Les travailleurs agricoles latinos deviennent des agriculteurs latinos qui embauchent des travailleurs agricoles latinos et les exploitent. Ce n’est pas bien. Ce n’est pas ce que nous voulons. Nous voulons changer tout le système. Donc que nous faut il pour cela ?

Résumé d’une interview de David Bacon dans Land Justice : Re-Imagining Land, Food, and the Commons in the United States

L’écho des campagnes 5

Alternatives et opportunités pour la justice foncière à Detroit

Malik Yakini, Réseau de sécurité alimentaire de la communauté noire de Detroit, États-Unis

Les communautés sont construites sur la terre, et nous – en tant qu’êtres humains – en tirons la plupart de nos aliments, fibres et matériaux. Dans notre société actuelle, ne pas posséder de la terre, c’est être sans pouvoir. Si nous espérons créer une société avec une justice possible, alors la question de la répartition du pouvoir et de l’accès à la terre est primordiale. Continuer à accumuler des terres entre les mains des mêmes individus, c’est l’antithèse de la liberté, et il faut lutter contre cela. La logique capitaliste traditionnelle voudrait que vendre la terre au plus offrant et attendre des retombées « goutte à goutte » soient les seules façons pour Detroit de sortir de ses luttes économiques actuelles. Il existe cependant, bien d’autres moyens, plus efficaces, pour renforcer la résilience économique et l’équité.

Il est difficile d’imaginer comment on pourrait arriver à une certaine justice foncière aux États-Unis, compte tenu du passé de vol et de dépossession des terres. Comment peut-on faire justice sans rendre les terres prises par les colons européens aux peuples indigènes ? Comment faire justice aux personnes d’origine africaine dont les ancêtres ont été réduits en esclavage et amenés sur ces terres contre leur volonté ? Faire justice avec des mesures de réparation pour ces actes historiques – est chose impossible pour le moment. Cependant, il existe des mesures qui nous faire progresser.

Dans les cas où les tribunaux peuvent prouver que les États-Unis ont violé des traités ou ont agi de manière frauduleuse, je pense que le gouvernement américain devrait restituer ces terres aux Amérindiens. Je suis également favorable à des réparations pour les Afro-Américains qui sont les descendants des ces Africains réduits en esclavage sur ces terres et qui avec leur travail ont créé une grande part de la prospérité de la nation. En outre, nous devons arrêter de confisquer les terres des agriculteurs afro-américains. Au moment où nous écrivons ces lignes (2016), des terres sont toujours injustement saisies aux propriétaires locaux et les agents du gouvernement sont complices dans cette affaire. Il faut enquêter sur ce phénomène et y mettre fin.

En outre, je pense que des « Community Land Trust » peuvent être établis pour permettre aux communautés d’exercer collectivement leur voix à propos de la terre dans leurs communautés et de jouer un rôle dans les décisions concernant les espaces verts, les projets industriels, le logement, ou tout autre chose qu’elles envisagent elles-mêmes pour le bien-être de leur communauté. Il est important de créer des politiques qui donnent l’accès à la terre au plus grand nombre par opposition aux politiques qui concentrent la propriété entre les mains de quelques-uns, et le soutien aux Community Land Trust pourrait jouer un rôle à cet égard.

Enfin, je pense que pour créer de bonnes analyses sur la question de la terre, nous devons comprendre l’histoire. Il est important de raconter la véritable histoire pour que les gouvernements, les ONG et les organisations communautaires puissent comprendre comment nous en sommes arrivés là. Pour ce faire, nous devons continuer à remettre sur le tapis les histoires de dépossession, de désautonomisation, de résistance et de pouvoir.

Résumé de Land Justice : Re-Imagining Land, Food, and the Commons in the United States.

Encadres

Encadré 1

Les nombreuses facettes de l’accaparement des terres

L’accaparement des terres n’est pas neuf. Mais ce qui est nouveau, c’est l’accaparement massif qui a eu lieu récemment depuis les crises financière et alimentaire de 2008.

« L’accaparement des terres prend différentes formes. Les femmes peuvent être expulsées de leurs terres à la mort de leur mari, les compagnies minières expulsent les paysans et les petits exploitants, ainsi que les plantations, les bases militaires et les projets écotouristiques. Les investisseurs ne sont pas seulement des multinationales ou des institutions financières, mais peuvent aussi être locaux et nationaux ».[Conférence paysanne Internationale : Stop aux accaparements de terres!]

L’accaparement des terres se produit aussi bien dans le Global Sud que dans le Global Nord, sous l’impulsion des élites locales, nationales et transnationales ou d’investisseurs financiers ou des gouvernements. En quête de profits nouveaux et croissants, de vastes étendues de terre sont soit prises de force, soit achetées à bas prix avec l’aide des gouvernements et des élites locales et nationales.

L’enjeu, c’est un changement majeur à savoir qui a le pouvoir de « décider comment la terre et l’eau peuvent être utilisées maintenant et à l’avenir »[L’accaparement de terres, Un livret.]. Le désir de remodeler la terre dans un but de profit conduit à une expansion globale de l’agro-industrie, à des plantations de différentes sortes, à de l’exploitation minière, des projets d’infrastructure et de nombreux autres types d’utilisation. L’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire sont continuellement menacées par des dangers, à mesure que des terres sont perdues et que les paysans sont pris dans des des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Cependant, les paysans, les peuples indigènes et leurs communautés continuent de s’organiser et de se mobiliser pour défendre leurs droits à la terre et pour défendre une agriculture qui place l’alimentation, les gens et l’environnement avant les profits.

Encadré 2

Garantir les droits fonciers communautaires en Afrique

Dans un continent où 70 % de la population dépend de l’agriculture, l’accès assuré à la terre et aux ressources naturelles devrait être un droit inaliénable pour tous. Mais c’est loin d’être le cas.

La gouvernance coutumière des terres agricoles, des forêts et des pâturages par les chefs traditionnels des communautés a été annihilée par les lois foncières coloniales et post-coloniales, laissant les communautés rurales incertaines de leurs droits sur les terres dont elles dépendent pour leur alimentation, leurs moyens de subsistance et leur intégrité culturelle.

Les tendances récentes de l’urbanisation, de la croissance économique et des politiques néolibérales ont transformé les ressources naturelles en marchandises et créé des marchés pour la terre en tant qu’actif négociable. La crise financière de 2007/08 et la flambée soudaine des prix des denrées alimentaires et du pétrole ont entraîné un afflux massif de capitaux dans le secteur foncier. Entre 2000 et 2016, les gouvernements africains ont signé 422 accords fonciers à grande échelle avec des investisseurs, et ce pour dix millions d’hectares. L’accaparement des terres a été associé à de multiples violations des droits humains et à des injustices sociales, avec des milliers de communautés expulsées de force et laissées sans ressource. Les femmes et les jeunes, déjà désavantagés en matière d’accès et de contrôle de la terre, sont souvent les plus touchés.

En réponse à cette crise, des lignes directrices globales et continentales ont été mises en place pour établir des principes de bonne gouvernance foncière et définir des politiques protégeant les droits fonciers coutumiers et communautaires, notamment le Cadre et les Lignes directrices de l’Union africaine pour la Politique foncière et les Directives Volontaires des Nations unies sur la Gouvernance Responsable pour l’Occupation des Terres. Mais ces cadres politiques progressistes ont été largement ignorés aux niveaux national et local, où les décisions foncières sont effectivement prises. Ainsi, les droits d’occupation des populations rurales en Afrique, et en particulier des femmes, restent faibles et incertains.

Il est essentiel qu’une pression politique plus forte soit exercée pour accélérer l’institutionnalisation de politiques progressistes pour renforcer les droits fonciers communautaires. Les plaidoyers de la société civile doivent cibler l’Union africaine et les communautés économiques régionales pour qu’elles fassent pression sur leurs États membres afin qu’ils instituent les directives politiques progressistes. Du fait que les politiques du droit à la terre n’intéressent réellement qu’aux niveaux national et local, Il est d’autant plus important que la société civile fasse pression pour une législation nationale plus stricte en la matière et force les gouvernements à rendre des comptes à la Cour Africaine de Justice et des droits humains.

Nous devons promouvoir des systèmes de management pour l’usage des terres en communauté, en mettant en avant les preuves de succès évidentes permettant d’améliorer les moyens de subsistance de manière équitable et durable tout en protégeant et en restaurant les écosystèmes.

Les travaux récents de l’AFSA sur les droits à la terre portent sur une étude intitulée « Tendances politiques et nouvelles opportunités pour le renforcement des droits fonciers communautaires en Afrique », et incluent des ateliers de renforcement des capacités pour la société civile et les organisations confessionnelles, et une série d’études de cas africains ainsi qu’un plaidoyer politique au niveau continental pour promouvoir l’usage communautaire des terres et des systèmes de management.
Nous devons tirer les leçons des principes de bonne gouvernance foncière de nos arrière-grands-parents qui nous ont légué la terre. Nous devons développer et adopter un usage et une gestion durable des terres qui répondent aux besoins de tous qu’ils soient : agriculteurs, bergers, chasseurs, pêcheurs, cueilleurs de fruits sauvages et animaux sauvages.

Pour plus d’informations, consultez le site www.afsafrica.org

Encadré 3

Le climat et l’accaparement des terres

Du point de vue de la base, il y a toujours eu un lien étroit entre les crises climatiques et environnementales et l’accaparement des terres. Par exemple, les causes des crises climatiques et des violations des droits à la terre sont les mêmes – un système économique basé sur l’extraction sans fin de ressources naturelles et où les industries minières tout comme l’agro- industrie et les plantations, y contribuent grandement. En plus, le lien est encore plus évident car ces mêmes projets d’entreprises à l’origine de ces crises sont également responsables des meurtres les plus documentés de défenseurs des droits humains en matière de terre et d’environnement.

Récemment, l’intérêt s’est accru au sujet de l’atténuation et l’adaptation de la terre et la nature au climat . Mais malheureusement, cela fait peser de graves menaces sur les droits collectifs des peuples sur leurs terres et territoires avec une nouvelle vague d’accaparement de terre pour des projets de conservation ; mais la menace vient aussi de la marchandisation et l’intégration de la nature dans les marchés financiers – ce que nous appelons la financiarisation de la nature.
Les « technologies à émissions négatives » (NET ), qui visent à éliminer le carbone de l’atmosphère, constituent un problème majeur. Les pays industrialisés et les entreprises émettrices comptent désormais sur les NET en raison de leur incapacité historique à réduire les émissions aussi rapidement qu’exigé selon les demandes de justice climatique.

L’un des schémas dominants de ces NET consiste à cultiver et à brûler de grandes surfaces d’arbres et de cultures pour la bioénergie, puis à stocker le carbone émis dans des bunkers souterrains. C’est ce que l’on appelle la bioénergie avec capture et stockage du carbone ou BECCS. Selon les estimations, la BECCS pourrait nécessiter jusqu’à 3000 millions d’hectares de terres dans le monde. D’autres options pour les NET sont appelées « solutions climatiques naturelles » ou « solutions basées sur la nature », incluant la restauration des forêts, le reboisement et le boisement. Chaque option aura des effets différents sur l’environnement, les terres et les droits des peuples, selon qui les contrôle et leur mise en œuvre.

Les entreprises considèrent déjà les solutions basées sur la nature comme une opportunité pour compenser leurs émissions. Les compensations permettent aux grands pollueurs historiques comme les compagnies pétrolières de continuer à polluer en transférant leur responsabilité de réduction des émissions avec des projets de conservation dans les communautés du Global Sud. La compensation ne réduit pas les émissions globales et exacerbera donc les effets du climat sur les terres. C’est aussi injuste car cela maintient et étend le contrôle des territoires par les plus responsables du changement climatique. La compensation équivaut à un double accaparement de terres, car les entreprises finissent par contrôler l’utilisation des terres à deux endroits : le site qu’elles détruisent et celui qu’elles déclarent comme compensation.

D’autre part, des solutions décentralisées aux crises de l’environnement et de l’accaparement des terres sont possibles : elles seraient basées sur un contrôle écologique et autonomes et une gouvernance par les populations autochtones, par les peuples des forêts, par les petits producteurs sur leurs propres terres et territoires – comme l’agroécologie pour la souveraineté alimentaire et la gestion communautaire des forêts – . Elles gagnent en importance comme solutions pour la justice environnementale. La gestion communautaire des forêts et des territoires est le meilleur moyen de préserver les écosystèmes tels que les forêts, les mangroves, les zones humides et les plans d’eau. L’agroécologie refroidit le climat en supprimant le besoin d’énergies fossiles, en recyclant les nutriments dans les fermes, en relocalisant les systèmes alimentaires et en arrêtant la destruction de l’environnement pour la production de produits agricoles à des fins lucratives.

Comme toujours, il est vital que les mouvements pour la justice foncière et la justice environnementale travaillent ensemble pour dénoncer les fausses solutions et démontrer notre propre vision pour un futur juste.

Sous les feux de la rampe

Les nouveaux accapareurs de terres à l’échelle mondiale : Wall Street

Depuis la crise financière de 2007-2008, les terres agricoles sont devenues de plus en plus un actif financier important pour les entreprises, ce qui a suscité à la fois des protestations massives de la part des organisations de paysans et une attention significative de la part des institutions internationales. Mais si les efforts de marchandisation des terres agricoles ne sont pas nouveaux, le dernier chapitre de l’histoire de l’accaparement des terres présente des différences marquées : de nouveaux défis apparaissent ainsi que des répercussions sur le plan géographique et des opportunités de solidarité internationale et intersectorielle.

Nouvelles géographies, différentes tactiques, mêmes entreprises

De manière globale aussi bien au Sud qu’au Nord, l’accaparement des terres s’accélère et s’étend souvent avec des liens financiers avec des investisseurs institutionnels du Nord. Les fonds de pension nord-américains et européens et les fondations universitaires investissent des fonds importants dans des projets agricoles à grande échelle dans des régions comme le Cerrado brésilien, où les communautés sont déplacées, les défenseurs des droits à la terre assassinés et les forêts brûlées pour l’agroindustrie [« L’accaparement des terres agricoles au Brésil par Harvard et la TIAA part en fumée.« ]. Pendant ce temps, les petits agriculteurs d’Europe et d’Amérique du Nord continuent à se débattre contre les prix extrêmement bas et les coupes dans les filets de sécurité sociale, ce qui les rend vulnérables à l’accaparement des terres par bon nombre de ces mêmes investisseurs institutionnels.

Alors que l’exploitation des institutions faibles et de la corruption est au cœur de l’accaparement violent des terres dans des endroits comme le Cerrado brésilien, dans le « Global Nord » ce sont des institutions en bonne santé qui soutiennent des tactiques d’investissement de type « prédateur ». Des sociétés financières comme la caisse de retraite américaine TIAA et la dotation de l’université de Harvard ont dépensé des dizaines de milliards de dollars, dont une grande partie provient des fonds de pension des travailleurs du secteur public comme les enseignants, pour acquérir des millions d’hectares de terres agricoles dans des endroits comme l’Illinois et le Mississippi aux États-Unis. Bien que la TIAA soit devenue le plus grand propriétaire institutionnel de terres agricoles au monde, ses objectifs ne visent pas la production alimentaire, mais plutôt sur la spéculation sur la terre et d’autres inputs agricoles essentiels. Bien que ce ne soit pas strictement illégal, le fait que les entreprises ciblent des agriculteurs en détresse financière est une tactique prédatrice qui conduit les agriculteurs à vendre leur seul moyen de subsistance : leur terre.

L’accaparement des terres en Amérique du Nord pourrait augmenter de façon dramatique dans les années à venir. Des décennies de discrimination institutionnelle continue ont laissé de nombreux agriculteurs noirs avec des titres de propriété informels et un statut incertain qui les rend particulièrement vulnérables aux spéculateurs et aux investisseurs fonciers [Atlantique (en anglais)]. Les terres indigènes restent constamment menacées. Les petits agriculteurs en général luttent en Amérique du Nord, car les sociétés agro-industrielles deviennent plus grandes et plus puissantes ; au cours des 15 prochaines années, la moitié des terres agricoles aux États-Unis et au Canada devraient changer de mains, à mesure que les agriculteurs prendront leur retraite. Si rien n’est fait, une grande partie de ces terres pourrait se retrouver entre les mains d’investisseurs et d’entreprises.

Pistes à suivre

Depuis des décennies, les organisations d’agriculteurs et leurs alliés plaident pour des réformes politiques clés visant l’accaparement des terres dans les pays du Nord et du Sud, comme : le renforcement des droits à la terre des communautés marginalisées (comme la propriété des héritiers aux États-Unis, ainsi que les droits à la terre des communautés indigènes et des travailleurs agricoles sans terre) ; la restriction de la propriété foncière des entreprises ; et la mise en œuvre de politiques garantissant un prix juste aux petits agriculteurs pour les maintenir sur leurs terres. Les travailleurs pensionnés en particulier en Amérique du Nord et en Europe, peuvent agir en solidarité avec les agriculteurs et les paysans du monde entier en s’assurant que leur argent n’alimente pas ces pratiques d’accaparement des terres et de spéculation risquée. Ensemble, ces efforts permettront de renforcer les communautés rurales et de protéger la stabilité financière des travailleurs.

Pour plus d’informations sur l’accaparement des terres par les investisseurs institutionnels, consultez le site ici.

L’écho des campagnes

L’écho des campagnes 1

Vie des éleveurs pastoralistes en Inde pendant le confinement à cause de la COVID19

Anu Verma, South Asia Pastoralist Alliance & MARAG, Inde – WAMIP Asie du Sud 

L’Inde compte 34 millions d’éleveurs à petite échelle qui gèrent un cheptel de plus de 50 millions d’animaux. L’élevage est la deuxième plus grande occupation en Inde après l’agriculture, apportant une contribution significative d’environ 8,5 à 9% au PIB du pays.

 Leur contribution est vitale, car le pastoralisme est le moyen le plus important de soutenir les éleveurs transhumants ou nomades ainsi que les paysans marginaux, en particulier ceux qui vivent dans des zones montagneuses sujettes à la sécheresse où la production agricole n’est pas assurée. Il contribue de manière significative aux moyens de subsistance et à la richesse des communautés en termes de lait, de laine et de viande sans intrants acquis sur le marché.

Les institutions pastorales traditionnelles sont aujourd’hui de plus en plus menacées par les déplacements massifs dus à la concurrence intense de l’agriculture, à la croissance démographique, à la dépossession de leurs troupeaux et à la sécheresse. Bien que le confinement (suite à la Covid-19) ait eu un impact dans tous les secteurs, il y a des différences en ce qui concerne ces éleveurs. Dans tout le pays, ils doivent faire face à un système de police hostile, gardes forestiers y compris. En pleine épidémie, la réglementation et le contrôle de leurs mouvements se sont intensifiés lors de la période la plus cruciale, à savoir leur transhumance vers les pâturages d’été. Alors que certains gouvernements étatiques ont abrogé leurs mouvements, tel que le transport de produits essentiels, les bergers qui s’étaient rendus dans leurs fermes étaient coincés et incapables de rejoindre leurs troupeaux. « Nous ne pouvons pas nous déplacer librement avec nos troupeaux pour le pâturage car les villageois ont peur que nous soyons porteurs du coronavirus », a déclaré Sumer Singh Bhatti, possédant environ 200 chameaux qui se nourrissent dans les zones sèches et désertiques du Rajasthan. « On nous empêchait même parfois d’aller dans les magasins du village pour acheter nos rations alimentaires. Pour ces éleveurs, cette peur du coronavirus est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Avec la chaleur estivale, ils n’arriveront plus à obtenir de l’herbe verte pour le fourrage », a déclaré Mool Singh, un éleveur du village de Nakrasar dans le district de Bikaner au Rajasthan, qui migre en mars de chaque année au Pendjab pour que son troupeau puisse paître sur les résidus du blé.

L’écho des campagnes 2

L’avenir de la transhumance pacifique en Afrique de l’Ouest  260

Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice de l’Association des Femmes Peules et peuples Autochtones du Tchad et membre du comité exécutif du Comité de Coordination des Peuples Autochtones d’Afrique (IPACC) – WAMIP Afrique Centrale

Puisque les nomades sont difficiles à contrôler, ça n’arrange pas les gouvernements. Plusieurs États ont pris la décision de valoriser plus l’agriculture au détriment de l’élevage nomade. Or dans le sahel, l’élevage présente plus de 40% du PIB de tous les pays Sahéliens et au Tchad, plus de 20%.

Premièrement, les communautés comme les Peuls, les Arabes ou les Touaregs, n’ont pas été considérées à part entière après la colonisation, puisqu’elles ont un style de vie loin de l’imaginaire du développement que l’État avait pensé mettre en œuvre. C’est pour ça que la plupart des nomades n’ont pas accès à l’éducation, à la santé, ni à l’eau potable…

Or dans les écosystèmes Sahélien, l’incertitude sur les ressources fourragères impose aux éleveurs des techniques d’élevage particulières préservant leur capital de production : le bétail et les écosystèmes. En effet, le pastoralisme s’appuie sur une grande aptitude des éleveurs à valoriser des ressources fourragères spontanées dispersées dans des milieux hétérogènes.

Les Etats doivent changer leur manière de voir les nomades et leur valeur environnementale. La plupart des espèces élevées rendent de multiples services comme la fourniture d’aliments riches en protéines, la fumure et l’énergie. Sans l’élevage, on ne pourrait pas atténuer l’insécurité alimentaire. Dans toutes nos maisons, nous mangeons de la viande et utilisons le lait comme complément alimentaire. L’éleveur échange le bétail contre le mil avec les agriculteurs et tout cela fait tourner l’économie circulaire dans les communautés.

L’éleveur n’est pas un problème, il est une solution. Les éleveurs sont le passé, le présent et l’avenir.

L’écho des campagnes 3

Vers un réseau de bergers en Amérique du Nord, une vision de la Sierra Tarahumara

 Projet « De la Oveja a la Cobija » et Red del Desierto / Campo Adentro / F. Marso

La vie des communautés Raramuri (Tarahumara), dans la Sierra Madre Occidental, Chihuahua, Mexique, est fondée sur l’agriculture de subsistance et l’élevage. Le peuple Rarámuri, fort de quelque 50 000 personnes, a survécu au colonialisme en partie parce qu’il est situé dans des régions reculées de la Sierra. Leur mode de vie est étroitement lié aux cérémonies et aux festivités. Il se déroule dans le cadre d’un système d’organisation du travail basé sur des cycles naturels appelés Mawechi. En raison de l’orographie irrégulière de la région, avec de grands ravins et des sols très pauvres, l’élevage de chèvres et de moutons prédomine. Les processus de fragmentation sociale causés par les projets d’exploitation extractive et touristique, ainsi que l’insécurité généralisée due à la présence de mafias du trafic de drogue, ont entraîné une diminution de ces pratiques dans la région.

Récemment, les jeunes Rarámuri ont prêtés une attention et un enthousiasme renouvelés, principalement les femmes, visant à continuer l’élevage de chèvres et de moutons, sur la base d’une gestion extensive utilisant les pâturages rares et dispersés, où le bétail ne peut seul subvenir à ses besoins, en rotation avec le champ de maïs, tout en tirant parti des chaumes et du fumier comme engrais. Ils obtiennent ainsi de la viande, du lait, du cuir et de la laine. Les animaux adultes constituent une sorte de « tirelire » qui peut être capitalisée pour les urgences.

Une association de bergers et de tisserands a été constituée dans cette région, dirigée par la bergère Agripina Viniegra. Elle regroupe 30 femmes Rarámuri qui sont responsables du soin des moutons et de leur exploitation productive, principalement pour la création de textiles en laine. De même, la jeune Association des éleveurs de moutons Raramuri a contacté des bergers des communautés des États de Nuevo León, Coahuila et San Luis Potosí, proposant l’idée de Red del Desierto (réseau du désert).  Ils ont pris également contact avec le peuple Navajo du sud-ouest des États-Unis pour réactiver la région nord-américaine de WAMIP.

L’écho des campagnes 4

Le changement climatique et l’industrie minière menacent d’extinction les éleveurs nomades de Mongolie

Maamankhuu Sodnom, Association d’éleveurs nomades de Mongolie, Mongolie

La Mongolie couvre une superficie de 1.564.116 km2 avec une population de 3,4 millions de personnes, dont 30% pratiquent le pastoralisme. Les bergers mongols gardent principalement des moutons, des chameaux, des chèvres, des bovins (y compris des yaks) et des chevaux. Soixante-dix pour cent des terres mongoles sont utilisées à des fins pastorales, la majeure partie de ce territoire étant des steppes et des déserts stériles et semi-arides. De nos jours, beaucoup de ces nomades s’installent dans les villes en raison d’une combinaison de facteurs, dont le changement climatique.

En Mongolie, le climat peut être extrêmement rude, même dans des conditions normales. Il y a 4 saisons : L’hiver est extrêmement froid et la température descend souvent à -45 °C et l’été peut atteindre des températures de +45 ° C. Notre printemps est toujours venteux et les tempêtes de poussière sont la norme. Au cours des trente dernières années, le désert de Gobi, dans le sud de la Mongolie, a connu un déficit de précipitations pendant l’été, ce qui a considérablement exacerbé l’aridité et affecté négativement l’activité de l’élevage. 

Des niveaux de neige inédits en hiver et des tempêtes de sable au printemps ont contribué à aggraver la situation difficile préexistante, entraînant une accélération de la désertification dans l’ensemble de la région. Les Mongols sont fiers de leur culture pastorale et de leur capacité à subsister grâce à leur bétail, même dans des conditions environnementales extrêmement difficiles, pour autant, les éleveurs nomades sont actuellement menacés d’extinction.

Le deuxième facteur important, menaçant la survie de leur mode de vie, est l’industrie minière qui s’est considérablement développée au cours des 20 dernières années. Dans ma province seulement, il existe quatorze sociétés minières autorisées, Tavan Tolgoi et Oyu Tolgoi étant les plus grandes. Oyu Tolgoi est une société minière de cuivre et d’or qui utilise d’énormes quantités d’eau provenant de sources souterraines déjà épuisées. Il n’y a pas de rivières ou de lacs dans le désert de Gobi, ce qui oblige les éleveurs à creuser des puits afin de puiser l’eau dans les nappes souterraines. Nombre de ces puits se sont déjà complètement asséchés, principalement parce qu’Oyu Tolgoi utilise 950 litres d’eau par seconde. La région autrefois semi-aride est en train d’être transformée en désert à un rythme alarmant.  La compagnie minière Tavan Tolgoi exploite et exporte du charbon vers la Chine sur des chemins de terre non pavés, entraînant une dévastation injustifiée des terres utilisées par les bergers. Les éleveurs mongols ont commencé à protester, mais ils n’ont pas les ressources, l’organisation et le pouvoir nécessaires pour apporter des changements significatifs, car l’économie mongole dépend en grande partie de l’exportation du cuivre et du charbon vers la Chine. De nos jours, nous menons un rude combat pour sauver notre parcours de pâturage.

Encadres

Encadré 1

Bergers pour le climat : l’élevage animal est-il toujours néfaste pour la planète ?

Le rapport annuel publié par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) met en évidence l’importance de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le bétail, le forage de pétrole et gaz, le fracking, les décharges etc., sont des sources majeures d’émission de méthane d’après le GIEC. Mais dans le débat publique/médiatique/politique, nous devons différencier les différentes sources pour arriver à un débat plus éclairé et juste sur les actions nécessaires pour le climat. C‘est pourquoi WAMIP a conduit une étude scientifique avec l’équipe internationale de chercheurs de PASTRES et publié le rapport « L’élevage animal est-il toujours néfaste pour la planète » [1]

Tous les gaz à effet de serre ne sont pas égaux. Alors que le méthane à un effet réchauffant de courte durée, le CO2 demeure pour toujours. De plus, les émissions par les systèmes d’élevage sont largement variables et l’on doit différencier entre systèmes intensifs et extensifs.

Les systèmes d’élevage pastoraux et extensifs peuvent être en équilibre d’émission de CO2, et leurs émissions de méthane ne sont pas additionnels parce qu’ils sont à des niveaux semblables aux systèmes de la faune sauvage qu’ils remplacent. Cependant, l’élevage intensif est pollueur de CO2 et de méthane et, de ce fait, nous le mouvement pastoraliste sommes en faveur de son démantèlement et sa pénalisation. 

Il est essentiel de réduire les gaz à effet de serre, mais toutes les sources ne sont pas égales : pâturage, élevage intensif ou fracking ne sont pas pareils. L’élevage extensif soutient un grand nombre de personnes, fournit des produits animaliers de grande qualité et peut être bénéfique pour le climat (améliorant la fertilité du sol ou empêchant les incendies).

Par conséquent, nous appuyons la réduction des émissions tout en répondant aux problématiques de justice climatique et en reconnaissant l’élevage extensif non pas comme une part du problème du changement climatique, mais comme une solution[2].


[1]  Le rapport est disponible ici (en anglais)

[2] WAMIP a envoyé une délégation internationale de nomades à Glasgow pour participer aux négociations officielles de COP26 et aussi aux manifestations, y compris un rassemblement de moutons, et a publié un communiqué.

Encadré 2

Réinventer un mode de vie ancestrale : Les écoles de bergers

Face à la menace de disparition du berger dans les zones de montagne d’Espagne, l’organisation à but non lucratif Campo Adentro-INLAND a lancé en 2004 un système de formation théorique et pratique, destiné à la fois aux jeunes intéressés par le métier de berger et aux bergers en activité. Ladite formation permet l’intégration de nouveaux bergers et assure le remplacement générationnel. Des centaines de personnes ont été formées, avec environ 70 candidats chaque année. 

L’école forme, d’une part, les candidats souhaitant démarrer leur propre projet d’élevage avec une orientation agroécologique et développer leur activité selon de nouvelles approches vers une viabilité économique et de la valeur ajoutée au produit.

Les personnes, ayant suivi cette formation, seront équipées également des connaissances nécessaires pour travailler en tant que salariés dans les fermes d’élevage nécessitant du personnel, ou pour l’exécution de services environnementaux tels que l’entretien de coupe-feu.

D’autre part, des cours sont offerts aux bergers en activité afin d’améliorer leurs compétences dans la fabrication de fromages ou d’autres activités selon la demande, ainsi que pour les voyages de formation et d’échange.

Le module théorique est suivi d’un travail pratique au sein du troupeau-école de Campo Adentro INLAND, dont une branche se trouve dans les montagnes de Madrid et une autre dans le nord de la péninsule. Récemment, a été créée une école de berger junior pour les enfants, ainsi qu’un système de bourses de formation gratuite pour les migrants sans papiers intéressés par ce mode de vie.

Une fois que les étudiants, encadrés tout au long de la formation, ont terminé la théorie et la pratique, ils doivent remettre un projet opérationnel.

À ce stade, l’École fournit à l’étudiant diplômé un soutien et des conseils dans les procédures et l’accès possible à la terre. Il est important de jouer un rôle actif dans l’incorporation de l’étudiant, la promotion des systèmes de gestion foncière entre les différents producteurs avec lesquels ils ont été en contact, les formules de transfert de propriété dans le cadre de baux, etc.…, en cas de retraite anticipée, de transfert, de formules d’économie sociale, de coopérativisme, etc….

Encadré 3

Genre et pastoralisme

En 2010, WAMIP a convoqué un Rassemblement mondial d’éleveuses et bergères, à Mera (Gujarat), en Inde, réunissant plus de 100 femmes de communautés d’éleveurs dispersées dans 32 pays différents pour discuter de la myriade de problèmes auxquels sont confrontées les bergères nomades et semi-nomades du monde entier, et comment, unies, elles peuvent s’efforcer de les résoudre. Les participantes ont identifié les questions clés, notamment les marchés, les règles et les droits, l’environnement, les mouvements sociaux, l’éducation et la santé, ainsi qu’un certain nombre de priorités d’action, telles que la représentation, la communication et le réseautage, l’éducation et le renforcement des capacités, le plaidoyer. Elles ont également sélectionné des représentantes pour rédiger la Déclaration de Mera afin d’informer et de soutenir le développement de politiques pastorales, ainsi que de démontrer leur engagement en faveur de la durabilité environnementale et de la protection de la biodiversité et des ressources communes pour les générations futures.

Depuis lors, des progrès ont été réalisés dans l’établissement de liens entre les luttes des éleveuses et bergères dans le cadre des revendications du mouvement féministe. Dans le secteur de l’élevage extensif et du nomadisme, nous revendiquons notre valeur à la fois au sein de ce secteur et de la société, luttant pour exercer notre mode de vie sans inégalités. Nous avons constitué un réseau de soutien mutuel comme espace de résistance et de sensibilisation. La crise sanitaire et sociale causée par la pandémie a entraîné des effets continus sur les soins et le travail essentiel. C’est pourquoi, il est de plus en plus nécessaire de reconnaître l’activité des bergères et des éleveuses qui, depuis leurs territoires, maintiennent la vie et soulignent le grand potentiel et l’énorme capacité des réseaux de femmes à faire face aux adversités. Nous devons mettre en relief le travail de ces femmes qui prennent soin et reproduisent les fondements de la vie, de la campagne et de la société.

Les éleveuses et les bergères défendent la sororité, exigeant l’abolition de toutes les inégalités subies par celles qui se sentent femmes dans un contexte patriarcal et capitaliste. Elles défendent le droit de ne pas être violentées, agressées, violées, assassinées ; exigent l’égalité de salaires, dans la prise de décision, dans l’accès à la terre, dans la distribution des soins; veulent décider de leur mode de vie, de leur sexualité et de leur reproduction, quels que soient leur âge, leur origine ou leur citoyenneté; demandent à exercer leur métier, et à être considérés comme valables, en tant que paysannes et éleveuses, et non en tant que simples « compagnes » ou « aides » des hommes avec lesquels elles travaillent.

Nous exigeons un environnement rural vivable, avec des services de base garantis pour tous : santé, éducation, transports publics, culture, soins aux personnes dépendantes, accès à la terre, à un logement décent et à des services à portée des femmes pour la prévention de la violence sexiste.

En tant qu’éleveuses et bergères, nous exigeons un environnementalisme qui tienne compte de nous comme étant des éléments actifs dans la région, des alliées de la biodiversité et des garantes des milieux naturels. L’élevage extensif est essentiel pour le maintien des écosystèmes, l’entretien des forêts, la prévention des incendies et l’amélioration des pâturages, ainsi que pour la lutte en faveur de la souveraineté alimentaire.  Tout cela à partir d’une méthode de travail féministe, en mettant le bien-être de nos troupeaux et notre territoire avant les résultats économiques, en concentrant la façon dont nous les traitons à partir du soin et du respect de leurs besoins, relation de soins qui s’étend également aux personnes que nous nourrissons avec la viande, le lait ou les produits laitiers que nous produisons.

Dans un cadre capitaliste et ultralibéral, on nous enjoint à croire qu’il n’est plus nécessaire de revendiquer nos droits, que le monde rural est un bien de consommation et que le travail dans l’environnement rural et la façon dont il est abordé, comme l’élevage extensif et le pastoralisme, n’est pas productif et n’a pas d’avenir. Les femmes rurales sont le présent et elles seront l’avenir. Elles deviendront de plus en plus fortes. Nous, les femmes, sommes et serons en première ligne.

Encadré 4

L’Alliance mondiale des peuples autochtones et des éleveurs nomades – WAMIP-  sur l’Année internationale des Parcours et des Bergers  (International Year of Rangelands and Pastoralists – IYRP)

Il y a quelques années, certaines entités travaillant sur l’écologie des prairies (comme l’Université de l’Arizona, l’ILRI, etc.)  ont lancé l’idée de faire campagne en vue d’une déclaration d’une Année des Nations Unies sur les parcours. D’autres organisations y ont adhéré et il a été proposé que l’année comprenne également la reconnaissance des bergers en tant que gardiens des parcours. Cette année, 38 pays et 300 organisations soutiennent l’IYRP. Lors d’une séance publique de la réunion COAG de la FAO en 2018 à Rome, le gouvernement mongol a donc présenté une demande de désignation de l’IYRP. La proposition a été approuvée sans réserve. Depuis, cette proposition a également été approuvée par le Conseil de la FAO et la Conférence de la FAO. Un vote final aura lieu à l’Assemblée générale des Nations Unies à l’automne 2021.

En tant qu’organisations de base composant l’alliance mondiale de WAMIP, nous exprimons notre soutien à l’initiative appelant à une Année internationale des parcours et des bergers (IYRP), comme indiqué dans la lettre adressée au gouvernement de Mongolie. Depuis sa création au sein de divers réseaux, principalement composés de chercheurs sur les prairies et les parcours et d’entités environnementales, nous avons salué l’incorporation de l’élément crucial des peuples éleveurs nomades comme étant les plus touchés par les politiques régissant les parcours et leurs gardiens efficaces pendant des millénaires.

Nous avons été témoins de la façon dont cet appel a recueilli un énorme soutien d’un large éventail d’organisations, comme nous pouvons le voir dans le nombre croissant de membres rejoignant le RISG dans le monde et dans les régions définies. Pour une bonne progression de cet effort, il serait important de s’assurer qu’une définition ouverte de ce qui est considéré comme parcours soit incluse dans tous les documents et déclarations : non seulement les prairies, mais aussi les forêts et les terres cultivées après récolte. Tout aussi importante que la définition des parcours est la connectivité entre eux : les sentiers d’ovins et de bovins ainsi que les droits de mobilité efficaces qui sont essentiels pour assurer l’utilisation durable des parcours.

En ce qui concerne la gouvernance du processus de l’IYRP, nous aimerions ouvrir un processus et créer un groupe de travail spécifique afin d’examiner comment les RISG sont constitués et fonctionnent dans chaque région, en tenant compte des réseaux pastoraux existants, de leur reconnaissance et de leur centralité dans le processus.

Il est important de s’assurer que les sièges octroyés aux éleveurs, qui président et coprésident chaque RISG régional, soient déterminés en accord avec le WAMIP. Par exemple, un processus de consultation préalable et d’accord avec les représentants des éleveurs dans toute décision ou étape concernant l’IYRP.

Une fois l’IYRP approuvé, il sera nécessaire de mettre en œuvre des actions  ad hoc d’ici 2026, des actions qui devraient être convenues et basées sur les préoccupations et les priorités du mouvement pastoral, car, à l’heure actuelle, l’autonomisation des capacités de gestion de la coordination pastorale au niveau régional est cruciale.

Sous les feux de la rampe

Sous les feux de la rampe 1

Digitalisation, agro-industrie et le mouvement pastoraliste

L’un des principaux effets de la mondialisation est la perte d’influence aux niveaux local, national et régional sur les prises de décisions économiques et politiques, un pouvoir qui a glissé aux mains d’acteurs mondialisés. Dans le même temps, nous assistons à un capital financier mondial devenant de plus en plus caché et clandestin. Dans cette même dynamique de mondialisation, des facteurs touchant le système alimentaire tels que la gestion de la terre, la régulation des prix, ou la régulation phytosanitaire, sont de plus en plus déterminés par des acteurs internationaux. Ce procédé de déplacement du pouvoir souverain a des effets multiples sur l’élevage à grande échelle et le pastoralisme.

Projets extractivistes, privatisation de la terre, ou la démarcation de zones naturelles protégées à l’exclusion des communautés locales, sont quelques-uns des principaux problèmes pour les petits producteurs parce qu’ils les dépossèdent de leurs terres.

Dans le même temps, les marchés poussent à générer des économies d’échelle : des macro-fermes avec des milliers d’animaux, et une grande concentration dans la chaine alimentaire des élevages de cochon et volaille. Ce modèle d’élevage exploite les personnes, les animaux et l’environnement, transformant le travail d’élevage du bétail à petite échelle, à une logique industrielle. La robotisation avance considérablement : les machines de traite, les machines d’alimentation, les machines de nettoyage des granges, etc… le tout pour augmenter le volume de production, alors que le prix des produits comme le lait et l’agneau diminue progressivement et celui des intrants tels que les aliments augmente. Cette imposition du capitalisme « croître ou mourir » détruit le secteur laitier et l’élevage familial, et seulement quelques-uns peuvent survivre.

Les organisations comme le Forum Economique Mondial (FEM) ou le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable, qui représentent les intérêts des grandes entreprises, sont de plus en plus puissantes au sein de l’ONU. Cela veut dire que l’on fait face à un scénario où la gouvernance publique mondiale est en train d’être privatisée. Preuve en est l‘influence qu’exerce le FEM sur l’ONU en devenant le sponsor officiel du Sommet sur les systèmes alimentaires (UNFSS) qui a été rejeté et boycotté par le mouvement pour la souveraineté alimentaire.

De plus, ce pouvoir excessif que le capital financier exerce sur l’économie réelle s’approfondit avec la digitalisation. Dans le secteur alimentaire, la digitalisation a un impact sur la gestion des terres et des ressources naturelles. Les satellites géostationnaires jouent un rôle de plus en plus important dans la prise de décision. Les nouveaux éco-régimes de la PAC exigeront que 30% des animaux de chaque troupeau soient suivi par GPS. Auparavant, l’UE voulait imposer l’identification de chaque animal par puce électronique. Ces processus entraînent toute une série de conséquences négatives pour les associations liées à la souveraineté alimentaire, parce qu’ils les excluent de la prise de décision. Les questions de gestion territoriale sont digitalisées alors que dans les zones rurales, la connectivité est très précaire. L’application de ce changement dans la matrix technologique est amplifiée par le fossé digital et les problèmes financiers.

La gouvernance même de la digitalisation est privée, il n’y a pas d’entité dédiée à la régulation de ce nouveau champ de conflit. Le mouvement pour la souveraineté alimentaire est en train de créer des alliances avec des mouvements travaillant sur la question technologique, puisque dans le présent et futur proche, il s’agit d’un secteur dans lequel nous devons affirmer nos droits et notre souveraineté. Sans aucun doute, beaucoup de mécanismes et de structures de démocratisation manquent encore. Nous nous battons pour une structure publique internationale pour la technologie.

Il n’est pas suffisant d’exercer une souveraineté aux niveau local et national – nous devons nous organiser pour aussi agir mondialement, avec une stratégie politique qui cherche à obtenir une participation dans les institutions publiques internationales afin de démocratiser ces espaces et de pouvoir les influencer. Ce processus pourrait permettre de défier la mondialisation et l’accumulation incontrôlée de richesse. 

Sous les feux de la rampe 2

Environnementalisme et pastoralisme, une opposition apparente

En septembre de cette année, s’est tenu à Marseille le Congrès de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), une puissante organisation rassemblant les principales ONG de conservation de l’environnement. Le même mois, les peuples autochtones et les producteurs alimentaires de différentes parties du monde se sont réunis sous le slogan « Notre terre, notre nature, pour la décolonisation de la conservation de la nature », représentant une réinterprétation alternative de la manière dont la gestion de l’environnement est effectuée, comment et par qui. L’UICN a fait l’objet d’une inspection, tout comme certaines grandes organisations, telles que le WWF ou le Sierra Club, qui ont été accusées de pratiques abusives envers les peuples autochtones et de racisme.

Il y a quelques années, WAMIP dénonçait comment un rapport de l’UICN sur les mesures de

« protection de la nature » dans la région de Ngorongoro (Tanzanie), conseillait «d’évincer les communautés pastoralistes de la région ». En quelques jours, l’armée a violemment expulsé des milliers de personnes du milieu où elles avaient fait paître leurs troupeaux pendant des millénaires, afin de faire place à de nouveaux hôtels et aux safaris touristiques.

Le modèle de conservation, ayant un grand pouvoir économique et dominant l’imaginaire collectif, est de type forteresse. Ce modèle est basé sur la croyance, erronée et raciste, selon laquelle la meilleure façon de protéger la biodiversité est de créer des zones protégées où l’influence humaine est supprimée. Sa philosophie est que les populations autochtones aggravent la perte de biodiversité et la dégradation de l’environnement, malgré le manque de preuves scientifiques et historiques et même de nombreuses preuves du contraire. [3]

Ce modèle, défendu par certaines ONG internationales et transnationales telles que WWF, WCS ou African Parks, se répand dans le monde entier et étaye l’argument de la création de parcs naturels sans tenir compte des connaissances et de l’expérience des peuples pastoralistes et des habitants du monde rural.

Les origines de ce modèle de conservation, type forteresse, sont coloniales et racistes. Depuis 1970, plus de 1900 parcs ou zones protégées ont été créés, dont la plupart se trouvent dans les pays du Sud. Actuellement, des sommets tels que le Congrès de l’UICN impulse le soi-disant 30×30 – un plan visant à convertir 30% de la planète en zones protégées.

A partir d’une position critique au sein de l’environnementalisme, nous dénonçons et luttons activement contre ces fausses mesures qui, loin de présenter des solutions à la situation actuelle d’urgence climatique et sociale, renforcent les intérêts du système économique dominant, basé sur l’exploitation des ressources limitées d’une planète s’étant effondrée depuis longtemps. Comme le démontrent les preuves scientifiques et l’expérience humaine, ce système est non seulement insoutenable, mais aussi directement responsable du chaos climatique et de l’injustice sociale en résultant.

Les seules solutions durables, justes et réelles, ne cèdent pas aux intérêts capitalistes, coloniaux et racistes. Les véritables solutions au chaos climatique dépendent de l’humanité, de notre diversité spécifique, en particulier des peuples autochtones et autres communautés locales ainsi que leur droit à la terre, étant donné que ce sont les divers peuples autochtones qui protègent sur leurs terres 80% les zones les plus riches en biodiversité de la planète.

Nous avons besoin d’un modèle de conservation de la nature qui donne une place centrale aux soins, à la diversité et aux droits de l’homme et qui s’attaque aux causes réelles du chaos climatique, à savoir : la surconsommation et l’exploitation des ressources menées par les pays du Nord et leurs industries.


[1]  Le rapport est disponible ici (en anglais).

[2] WAMIP a envoyé une délégation internationale de nomades à Glasgow pour participer aux négociations officielles de COP26 et aussi aux manifestations, y compris un rassemblement de moutons, et a publié un communiqué.

[3] https://www.survival.es/conservacion

Bulletin n° 46 – Éditorial

Introduire le message des communautés pastorales, une voix du terrain

Illustration par Fernando Garcia Dory, European Shepard Network / WAMIP

Plus de la moitié de la surface de la Terre est couverte de prairies et de pâturages. Pendant des milliers d’années les communautés pastorales ont domestiqué des animaux et géré des écosystèmes de façon durable, créant une diversité de cultures et de systèmes alimentaires adaptés et résilients. La biodiversité a toujours co-existé avec le pastoralisme.

Le pastoralisme est basé sur l’utilisation extensive du territoire, parfois des prairies mais aussi forêts et terres arables après récolte, terres marginales et autres espaces qui très souvent ne sont pas favorables à l’agriculture. Le pastoralisme est pratiqué par 200 à 500 millions de personnes à travers le monde dans des environnements très variés dans presque tous les pays, des terres arides sub-sahariennes d’Afrique au cercle arctique.

Notre mode de vie a existé depuis les temps immémoriaux, évoluant avec le paysage. Mais aujourd’hui le pastoralisme est plus que jamais menacé par l’industrialisation forcée de l’élevage. Nous devons mettre fin à la disparition de pâturages, à l’« accaparement des terres » et aux restrictions de la mobilité qui rendent impossible  le maintien d’un système pastoral viable. Nous sommes actuellement en train de définir une campagne potentielle sur les Droits liés au pastoralisme. Notre identité et notre culture sont érodées alors que les politiques manquent de prendre en compte, de comprendre ou même de reconnaitre l’existence du pastoralisme. Des rendements économiques bas et un manque de reconnaissance a pour conséquence que les jeunes éleveurs dans certains endroits se sentent forcés d’abandonner notre mode de vie ou de s’orienter vers des méthodes agricoles plus intensives. Nous promouvons une Section Jeunes du WAMIP, parce qu’il est souvent difficile pour les jeunes d’accéder à la terre.

Les décisions politiques sont prises avec peu ou sans consultation avec les communautés locales. Nous sommes les usagers traditionnels de la terre mais nous sommes systématiquement exclus des décisions sur la gestion des terres, y compris la réintroduction ou la gestion des prédateurs sauvages ou la désignation de zones de protection de la nature. Les exigences bureaucratiques, privilégiant la production intensive de bétail, imposent un immense et irréaliste fardeau de paperasserie aux éleveurs nomades et semi-nomades.

Mais partout à travers l’Europe et le monde, nous nous organisons en fédérations, construisons des réseaux régionaux et gagnons une reconnaissance internationale par les institutions majeures. Nous luttons pour défendre les intérêts des petits producteurs et pour accroitre notre représentation politique. Nous créons des centres de recherche, nous nous associons avec des institutions scientifiques, formons nos jeunes et développons notre capacité.

WAMIP est une alliance de communautés pastorales et de peuples indigènes mobiles à travers le monde. Nous défendons notre espace commun afin de préserver nos formes de vie pour la poursuite de notre mode de subsistance et identité culturelle, de gérer durablement les ressources communes et d’obtenir le respect complet de nos droits. En tant que mouvement populaire indépendant, nous travaillons avec d’autres organisations de la société civile dans le but d’influencer les politiques aux niveaux national, régional et international, et les organisations supranationales telles que l’ONU et ses agences comme la FAO, CDB etc.

Nous combattons ces courants et maintenons notre mode de vie en innovant et en nous améliorant en permanence. Nous utilisons des races locales qui s’adaptent à un environnement changeant. Nous essayons de sensibiliser les consommateurs et de leur vendre directement. Nous utilisons de nouveaux media pour promouvoir nos traditions culturelles et organiser des évènements festifs.

Certains d’entre nous ont négociés des contrats pour prévenir des incendies, maintenir des patrimoines paysagers et fournir d’autres services environnementaux. Nous sommes les ambassadeurs de notre héritage culturel local, de la production durable et de la Souveraineté Alimentaire.

European Shepherds Networks

L’écho des campagnes

L’écho des campagnes 1

Les paysans et paysannes du Sri Lankan contre les pesticides

Chintaka Rajapakse, MONLAR (Movement for Land and Agricultural Reform), Sri Lanka

L’utilisation de produits agrochimiques a eu des conséquences désastreuses au cours des dernières décennies. L’utilisation généralisée de ces produits chimiques a contaminé les sols et l’eau, ce qui a directement conduit à l’augmentation des cancers et des maladies rénales. Non seulement cela a affecté négativement la santé publique, mais la surutilisation des produits agrochimiques a également sapé la souveraineté alimentaire, détricoté l’équilibre écologique et conduit à l’extinction de nombreuses espèces animales et végétales. Étant donné que presque tous les intrants agricoles utilisés par les paysans sri-lankais sont importés, cela a permis à certaines entreprises de construire des oligopoles. 

C’est dans ce contexte que, en tant que Mouvement pour la réforme agraire et agricole (MONLAR), nous avons soutenu la décision du gouvernement d’interdire l’importation de tous les produits agrochimiques avec effet immédiat. Le ministère de l’Agriculture a déclaré qu’il convertirait la société d’État Ceylon Fertiliser Company Ltd. en une institution qui produirait, fournirait et distribuerait des engrais organiques en association avec les institutions gouvernementales locales.  C’est un pas en avant bienvenu. Nous devons maintenant veiller à ce que cela soit également mis en œuvre dans la pratique.     

Le gouvernement précédent a également pris la décision de promouvoir l’agriculture biologique en 2016. Malheureusement, cette initiative a complètement échoué en 2018 et l’Agence de gestion stratégique d’entreprise (SEMA), qui était chargée de mettre en œuvre le programme, a également été fermée. Nous devons tirer les leçons de l’expérience internationale et veiller à ce que la nouvelle initiative soit mise en œuvre avec succès. Plusieurs agriculteurs s’inquiètent également des implications à court terme de cette décision. Le gouvernement doit reconnaître leurs angoisses et s’assurer que leurs préoccupations et leurs inquiétudes sont immédiatement prises en compte, et établir une feuille de route claire pour la mise en œuvre de cette politique.

L’écho des campagnes 2

Se mobiliser pour l’accès à une alimentation saine

Miriam Nobre, SOF (Sempreviva Organizaçao Feminista), la Marche Mondiale des Femme, Brésil

Au Brésil, la pandémie du Covid19 a rendu plus évidentes les inégalités sociales mais aussi les activités économiques essentielles au maintien de la vie, telles que l’alimentation. L’agriculture familiale s’est vue fort affectée par la suspension des marchés et les contrats publics déjà perturbés par la mauvaise gestion de Bolsonaro. Les réseaux de distribution directe, et en particulier les groupes d’achats responsables, se sont imposés comme alternative. Grâce à cette alliance, les agriculteurs et les quilombolas de Vale do Ribeira dans l’état de São Paulo, comptent plus de membres et ont plus de surfaces cultivables ; ils ont assuré la défense de leurs territoires et de leurs modes de vie face aux menaces des entreprises minières, des barrages et des monocultures avec usage intensif de pesticides.

Pendant cette même période, les groupes et les collectifs alliés de la région métropolitaine de São Paulo ont aussi grandi et marqué leur présence dans les périphéries en garantissant l’accès à une alimentation de qualité aux indiens guaranis, aux élèves privés des repas scolaires, aux travailleurs et aux mères célibataires. Ces initiatives s’opposent au financement de l’alimentation scolaire. Vu qu’il n’y avait plus de classes en présentiel, le Conseil municipal de São Paulo, par exemple, a interrompu l’alimentation scolaire et les achats aux agriculteurs, et a donné une carte d’alimentation d’une valeur de 10 à 20 euros mensuels par enfant. Vu l’augmentation du prix des aliments et du gaz pour la cuisine, cette solution n’est bonne que pour l’administration de la carte Alelo et pour les supermarchés.

Les collectifs qui s’organisent autour de formes multiples et décentralisées de dons, vente et production dans des potagers agroécologiques de la périphérie (re)créent une culture alimentaire basée sur des relations respectueuses entre les personnes et entre elles et la nature. Nous sommes chaque fois plus nombreuses et plus diverses. Le mouvement noir proteste depuis longtemps contre les humiliations et les assassinats du peuple noir et de la périphérie de la part de chaines de supermarché comme Carrefour. Il se joint à ce mouvement pour que nous ayons accès à une alimentation de qualité pour nous-mêmes.

Récupérons notre santé et nos savoirs perdus et libérons les territoires et même la ville, de ces entreprises alimentaires transnationales.

L’écho des campagnes 3

Les hommes et les femmes d’Afrique dénoncent l’hégémonie des entreprises sur les semences et les systèmes alimentaires :  droits des agriculteurs maintenant !

Sabrina Masinjila, African Centre of Biodiversity (ACB)

Dans le cadre de la contre-mobilisation mondiale contre le Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires (UNFSS), l’événement en ligne Seed is power: Reclaiming African Seed Sovereignty  (Les semences sont le pouvoir : Réclamons la souveraineté africaine sur les semences) a réuni la société civile et les mouvements dirigés par des agriculteurs pour exprimer leur rejet des lois actuelles sur la protection des semences et de la propriété intellectuelle. Ces lois servent d’instruments servant à enraciner encore plus l’agriculture industrielle, en faisant progresser les intérêts des entreprises au détriment des droits des petits exploitants agricoles, dont les systèmes semenciers gérés par les agriculteurs sont de plus en plus marginalisés, voire criminalisés. Ceci est lié à des systèmes qui renforcent l’endettement, les inégalités, l’exclusion sociale et les crises écologiques.

Au lieu d’adopter des lois sur la protection des semences et des variétés végétales fondées sur l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) de 1991, les gouvernements devraient mettre en place des mesures juridiquement contraignantes et distinctes afin de reconnaître et soutenir les droits des agriculteurs à conserver, échanger et vendre des semences, dégagées des impératifs commerciaux des sociétés transnationales. L’autonomie est fondamentale à cet égard – une condition préalable et une composante essentielle de l’exercice des droits par les agriculteurs familiaux, communautaires, et les paysans.  

Ainsi, des protections juridiquement contraignantes et exécutoires sont nécessaires de toute urgence contre les brevets, les lois sur la protection des obtentions végétales, les lois commerciales sur les semences et les informations séquentielles numériques, qui érodent l’exercice des droits des agriculteurs.  Plus important encore, la conception de ces droits doit être fondée sur une vision plus large de la souveraineté alimentaire qui englobe les droits des citadins et des ruraux à une alimentation nutritive et culturellement appropriée – spécialement pour les pauvres et pour les femmes en particulier, qui sont les principales gardiennes des semences et de la vie, or elles existent souvent dans des conditions précaires, sous le poids du patriarcat et de la subordination économique. De tels contextes indiquent clairement comment la semence n’est pas uniquement agricole, mais elle concerne également les relations sociales de soins et de solidarité, également cruciales pour une action progressiste plus large. Les régimes semenciers draconiens constituent donc aussi une attaque directe contre la communauté et contre notre capacité à travailler ensemble en solidarité pour un avenir meilleur.

Pour relever le défi de nos crises écologiques et sociales, les droits des agriculteurs ne doivent pas simplement être défendus, mais activement approfondis et élargis en tant que principe d’organisation essentielle de nos systèmes alimentaires.

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L’écho des campagnes 4

Les paysans et paysannes indiens protestent contre les Lois agricoles

Chukki Nanjudaswamy, Karnataka Rajya Raitha Sangha (KRRS), Inde

Nous assistons à une mutation vers des partenariats public-privé dans les espaces d’élaboration des politiques à travers le monde. Un exemple récent en est le Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires provenant d’un partenariat stratégique entre le Forum économique mondial et les Nations Unies. Le Sommet représente une capture hostile de la gouvernance mondiale par les intérêts des entreprises. Mais de telles tendances se produisent également au niveau national.

En 2020, en pleine pandémie, le gouvernement indien a adopté à la hâte trois lois liées à l’agriculture, en utilisant leur majorité brute au parlement, en consultant à peine les agriculteurs afin d’amadouer les entreprises. Sous couvert de réforme, en Inde, ces lois vont inaugurer un système agricole basé sur le marché libre et orienté vers l’exportation, similaire à ceux de l’Europe et des États-Unis. .

Ces lois agricoles tendent à marginaliser les paysans et détruiront leur autonomie au moment de décider quels aliments produire, quand et comment les produire. Les systèmes de marchés publics de l’Inde ont besoin d’être réformés, mais pas dans le sens où ils sont entièrement mis de côté et où un système de marché libre prend complètement le relais.  La nourriture est vitale pour tout le monde.

Partout dans le monde, la mainmise de l’agro-industrie sur l’agriculture a dévasté l’autonomie des producteurs et des consommateurs alimentaires. La nourriture est devenue un objet de spéculation et cela entraîne une perte de la biodiversité et de la nutrition, avec de graves conséquences sur la nature en raison de l’utilisation modifiée des terres, des systèmes de stockage et de transformation industriels ainsi que du transport industriel qui expédie des aliments aux quatre coins du monde.

Les agriculteurs indiens sont maintenant plus que jamais conscients de ces dangers, car ils ont pu constater la disparition des paysans des États-Unis, de l’Europe et du Canada, remplacés par de grandes fermes industrielles. En Inde, des millions de personnes dépendent de l’agriculture, des forêts et de la pêche. C’est pourquoi, depuis plus d’un an, des manifestations font rage dans tout le pays. Nos revendications sont claires : abroger les lois sur l’agriculture, mener des consultations publiques et effectuer des réformes dont les petits agriculteurs ont un besoin urgent. 

Encadres

Encadré 1

Partenariat multi-acteurs: la nouvelle arme des multinationales

Le partenariat multi-acteurs est un modèle de gouvernement en évolution qui réunit divers acteurs ayant un potentiel ‘intérêt’ dans un enjeu, dans le but d’arriver à un accord, ou une solution, formulé conjointement. Par exemple, les acteurs dans un projet de mine de charbon pourraient comprendre les communautés affectées, les fonctionnaires du gouvernement responsables des accords, les compagnies d’investissement, les financeurs du projet, les ONG environnementales, etc. Ici, une présomption totalement illusoire est que tous les acteurs sont égaux en droits, obligations, responsabilités, pouvoir et capabilités. Mais bien que les droits des peuples affectés sur leurs terres dépassent largement les droits des investisseurs externes de les acquérir, leurs capacités à empêcher l’accaparement des terres sont souvent affaiblies par les pouvoirs financiers/politiques des investisseurs. A un niveau mondial, le partenariat multi-acteurs va à l’encontre du multilatéralisme, où les gouvernements (porteurs de responsabilités) prennent des décisions sur les enjeux globaux au nom de leurs citoyens (porteurs de droits) qui se traduisent par des obligations et des engagements que les Etats et les organisations internationales se doivent de mettre en œuvre. Cela comprend de réguler les activités commerciales et de rendre les entreprises responsables quand elles causent des dommages.

L’essor des partenariats multi-acteurs coïncide avec l’intégration du néolibéralisme depuis les années 1980, l’augmentation de la participation des entreprises dans divers secteurs à travers des partenariats publique-privé, l’érosion de la légitimité du système multilatéral, la réduction du financement du développement au niveau national et international, et la montée de la philanthropie de risque où les investisseurs des entreprises financent des objectifs socio-environnementaux. Au cours des 20 dernières années, le partenariat multi-acteurs s’est propagé dans des démarches pour faire face aux enjeux des industries extractives, de l’agriculture industrielle, du changement climatique, de la gouvernance de la terre et de l’environnement, de la nourriture et de l’alimentation, de l’internet, et des Objectifs de développement durable, et a été stimulé par la Global Redesign Initiative et autres plateformes du Forum Economique Mondial (FEM).

Le partenariat multi-acteurs brouille la distinction entre intérêt publique et profit privé, droits de l’homme et intérêts commerciaux. Il permet aux multinationales de dominer le processus de prise de décision sur les questions cruciales de développement et d’éluder la responsabilité légale-matérielle de leurs opérations. Il représente une menace directe pour la démocratie participative et la gouvernance équitable basée sur les droits de l’homme. 

Encadré 2

La tromperie de la nature

« Stimuler une production respectueuse de la nature » est l’une des pistes d’action de l’UNFSS et le terme « respectueuse de la nature » est devenu pratiquement synonyme de « solutions fondées sur la nature » pour la production de produits alimentaires promue par la FAO et d’autres. Les analyses des propositions faites à l’UNFSS, par la FAO et autres espaces, montrent que le terme « respectueuse de la nature » est le dernier concept utilisé pour coopter et affaiblir l’agroécologie. Il met fortement en valeur l’intensification durable en tant que solution plutôt que de réelles transformations et donne priorité aux rendements et à la stabilité, mais ne prend pas en compte les dimensions sociales, culturelles et politiques des transitions vers la durabilité, y compris dynamiques de pouvoir et gouvernance. Par cette mesure, les systèmes de production plus intensifs qui produisent moins d’émission de carbone par unité de rendement sont considérés meilleurs que des systèmes diversifiés à faible niveau d’intrants. « Respectueuse de la nature » reconditionne plusieurs fausses solutions telles que l’agriculture de conservation, l’optimisation des nutriments et l’amélioration de la gestion des plantations sans examiner les motivations des entreprises dans le modèle industriel et ses impacts sociaux et environnementaux.

Un coté encore plus dangereux du cadre « respectueuse de la nature » à l’UNFSS concerne ses liens avec les efforts pour des « solutions fondées sur la nature » en réponse au changement climatique, avec lesquelles des techniques agricoles d’intensification durable peuvent être intégrées dans des projets de crédit et marché de carbone par des entreprises extrêmement polluantes telles que des sociétés d’extraction de combustibles fossiles et des entreprises agro-alimentaire. Les techniques d’intensification durable se prêtent particulièrement bien aux crédits de carbone parce qu’elles sont centrées sur des pratiques uniques développées essentiellement pour générer des crédits de carbone. Le cadrage du « respectueuse de la nature » menace de coopter et de corrompre des solutions réelles comme l’agroécologie et la gestion communautaire de la forêt en les assimilant avec des pratiques douteuses et destructives et en les liant à des mécanismes opaques basés sur le marché. Les « solutions fondées sur la nature » pour le changement climatique sont déjà cooptées par des entreprises de combustibles fossiles et d’agro-alimentaire. Elles affirment investir dans l’intensification durable en tant que solution fondée sur la nature tout en augmentant l’accaparement de terres à grande échelle et en évitant de réduire réellement leurs émissions de carbone.

Encadré 3

Pour un autre système alimentaire sans trucs et astuces

Les systèmes alimentaires se sont convertis, en peu de temps, en systèmes caractérisés par la grande échelle, la mondialisation, l’esprit d’entreprise, la monoculture, l’innovation, la technologie… Ces attributs n’ont de sens que dans une perspective capitaliste basée sur un seul système de production et de consommation cherchant à se réaliser en fantasmant que les personnes ne sont pas des êtres interdépendants et éco-dépendants. Ce modèle privilégie les formules extractivistes qui détruisent les territoires sans même atteindre ce qui devrait être son objectif principal : nourrir toutes les populations.

Ce système a clairement échoué mais est maintenu parce qu’il est capable de soutenir et d’alimenter des intérêts multiples. Un modèle qui a transformé en une marchandise le droit à une alimentation et à une nutrition appropriée, objet de spéculation qui s’appuie, à de nombreux échelons, sur la complicité de différents agents et politiques publiques.  C’est un modèle en échec mais qui, de plus, se base sur une sorte d’illusion rendant invisibles ceux et celles qui soutiennent et alimentent le monde. Ces politiques et ces récits qui prétendent définir un modèle alimentaire à partir des intérêts de quelques-uns et des inégalités de pouvoir, ressemblent à ces trucs et astuces des illusionnistes : d’un côté ils bougent une main et montrent un modèle de développement totalement inégalitaire comme seule possibilité et avec l’autre main, ils cachent les nombreuses inégalités engendrées sur le terrain et les réalités précaires des travailleurs et travailleuses agricoles sans lesquels ce modèle ne pourrait pas fonctionner ; ils occultent aussi les réalités qui démontrent qu’aujourd’hui, il y a moyen d’alimenter les gens d’une manière durable et juste.

Dans cette réalité invisible, on retrouve la production à petite échelle, la perspective communautaire, les initiatives agroécologiques, les travaux des soins inégalement répartis, qui retombent sur les femmes et qui soutiennent le monde, de même que les mains des travailleuses et travailleurs agricoles. Cette année, la pandémie a modifié l’éclairage de ce scénario, elle l’a fait trembler et a montré les dessous de certains trucs ; elle a démontré que cette part que l’on cherche à rendre invisible, a de la force et une capacité à s’adapter et qu’il n’y a pas de trucs capables de prévoir ou d’échapper aux réponses de la nature. C’est pour cela que ceux qui sont le plus proches de la terre mère, qui la connaissent, en prennent soin, la respectent et dialoguent avec elle, sont aussi ceux qui sont capables de comprendre ses réactions et de pouvoir s’adapter même si cela coûte car ce sont les personnes les plus affectées par les changements bien qu’elles soient celles qui refroidissent la planète.

La nécessaire transformation du système alimentaire commence par cette prise de conscience de ces jeux d’illusion, par le regard sur ces réalités dites invisibles, par la vigilance de ce scénario pour qu’il ne tremble pas et ne nous fasse pas perdre l’équilibre. La lutte en ce sens, passe par semer des graines et des articulations pour rester présent sur les territoire, pour maintenir les communautés et leurs savoirs, par chaque récolte, par le fait de nous savoir interdépendants et éco-dépendants, par chaque marché paysan qui fonctionne, par chaque groupe de paysannes qui se rend visible et pour chaque espace où nous agissons pour que les politiques publiques cessent de soutenir ces jeux d’illusion et soutiennent plutôt les réalités paysannes et leur avenir.

Encadré 4

Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires : Sommes-nous en transition vers un régime alimentaire corporatif-environnemental ?

On nous a déjà raconté ces contes de fées – comment nous pouvons transformer la nature en un actif financier pour sauver la planète d’une nouvelle destruction de l’environnement. Pour autant, il ne s’agit pas de fournir les bonnes incitations financières. Nous avons besoin d’approches radicales qui guérissent les écosystèmes et ne rémunèrent pas les entreprises pour avoir poursuivi leurs pratiques déloyales tout en participant au « greenwashing ». Pris en otages par les intérêts des grandes entreprises, les organisateurs du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires (UNFSS) ont repris avec bonheur ces vieilles histoires de marchés du carbone et de REDD+, malgré leur échec avéré. Les systèmes alimentaires devraient maintenant être financiarisés et devenir des cibles d’investissements spéculatifs, car cela semble être le seul moyen de financer la transformation « coûteuse » vers des systèmes alimentaires durables. En utilisant le terme générique de « production respectueuse de la nature », un autre label a été ajouté aux nombreuses solutions proposées par les entreprises pour le sommet, basées sur l’innovation numérique, les solutions technologiques, les approches bioéconomiques et axées sur le marché, telles que l’agriculture intelligente face au climat et l’intensification durable. Des solutions centrées sur l’humain, rentables et justes tant socialement qu’écologiquement, telles que l’agroécologie, sont déjà sur la table. Mais ces idées sont noyées au fond de la marmite des grandes solutions d’entreprise et ne tiennent pas compte des différences réelles.

Le Green Deal pour l’Europe abonde déjà de ce narratif « climat-smart » (en faveur du climat). Avec l’initiative « carbon farming », par exemple, un nouveau modèle économique a été créé pour récompenser les agriculteurs qui séquestrent et stockent le carbone. L’UNFSS a pris le train en marche de ce « capitalisme vert » de l’UE, promouvant des approches de capture du carbone afin de créer des systèmes alimentaires « durables » en améliorant la santé des sols. Manifeste dans la nature du capitalisme néolibéral, cette voie est susceptible de permettre une transition vers un « régime alimentaire corporatif-environnemental » (Friedmann, 2005). Ce nouveau troisième régime alimentaire se reflète dans le cadre multipartite de l’UNFSS qui confère aux entreprises une légitimité dans l’élaboration de la gouvernance alimentaire mondiale. Friedmann (2005 : 259) soutient que ce régime induit une lutte pour le « poids des institutions privées, publiques et autoorganisées ». Dans un tel processus, l’alimentation n’est plus une préoccupation publique mais devient un investissement privé.

La trajectoire actuelle de l’UNFSS permet aux sociétés d’investissement financier d’acheter des actions de multinationales agroalimentaires qui contrôlent les modèles proposés de « solution respectueuse de la nature ». Cependant, nous ne pouvons pas permettre au secteur financier de jouer avec les moyens de subsistance des gens. Au nom de la durabilité environnementale, toute la signification de la nourriture passe d’être un bien comestible pour devenir une marchandise financière.  En repensant aux conséquences dévastatrices de la crise alimentaire de 2008, qui a provoqué la faim pour des millions de personnes, il devrait être clair que la nourriture doit être exclue de la spéculation financière. Certes, si ce régime alimentaire corporatif se consolide, il « approfondira les processus de longue date concernant la dépossession et la marginalisation des paysans et des communautés agraires ».  (Friedmann, 2005 : 257). En fin de compte, les petits producteurs pourraient même être exclus de l’ensemble du processus de production alimentaire agricole tandis que le monde commence à « cultiver sans agriculteurs ».

Références:

Friedmann, H. (2005): From Colonialism to Green Capitalism: Social Movements and Emergence of Food Regimes. In: Buttel, F.H. and McMichael, P. (eds.): New directions in the sociology of global development. Research in rural sociology and development, Vol. 11. Oxford: Elsvier, 229-67.

Encadré 5

La numérisation dans l’agriculture indienne

En Inde, l’agriculture est en proie à la précarité, laissant les populations vulnérables et marginalisées à l’abandon (par exemple, les femmes et les travailleurs sans terre), elles sont historiquement exclues de la propriété foncière. La numérisation à grande échelle des chaînes de valeur agricoles va aggraver l’endettement et les asymétries de pouvoir[1].

De manière générale, la numérisation dans l’agriculture comprend trois catégories : la robotique, la surveillance des cultures et des sols et l’analyse prédictive. Tous ces éléments se basent sur un ingrédient crucial : les données.

La valeur économique des données est fondée sur leur capacité à présenter des modèles sous forme de mégadonnées agrégées et à fournir une publicité individualisée et ciblée qui est utilisée par les grandes entreprises comme une opportunité de profit.

Les utilisations des données en agriculture ont une grande portée. L’information sur les ventes et les prix des produits de base peut aider à la commercialisation agricole. Les conditions sont également réunies pour l’automatisation et l’intelligence artificielle (IA) dans les opérations d’entrepôt. Plus menaçant encore, les données des agriculteurs peuvent être utilisées dans des algorithmes de notation de crédit qui déterminent leur accès aux services financiers, à l’exclusion des groupes historiquement vulnérables. 

La numérisation est antérieure à la COVID-19, avec la participation du secteur privé ancrée dans des approches politiques telles que le doublement du revenu des agriculteurs d’ici 2022 et la stratégie nationale d’IA de NITI Aayog. Cependant, l’anéantissement des chaînes d’approvisionnement agricoles au cours des premiers mois de la pandémie a accéléré le rythme et la portée de la numérisation. Les plateformes de commerce électronique, par exemple, ont capitalisé sur le moment : la demande B2B de Ninjacart a augmenté de 300% au cours des premiers mois de la pandémie. 

La pandémie a également stimulé les mesures politiques et législatives. Les lois de réforme agricole ont été adoptées au milieu de la pandémie avec peu de débats parlementaires, encourageant la numérisation dans un modèle financiarisé dirigé par le secteur privé au détriment des agriculteurs et des petits producteurs .[5]  Cela est déjà visible dans les partenariats signés entre le gouvernement et les grandes entreprises technologiques, tels que le protocole d’accord pour la construction de la plate-forme Agristack, signé entre le ministère de l’Agriculture et Microsoft en avril 2021.

Ces tendances peuvent conduire à une consolidation de bout en bout des chaînes de valeur agricoles par plate-forme et par entreprises agricoles. En avançant dans le domaine de la numérisation en l’absence de données appropriées, l’IA et la gouvernance des plateformes laisseront ce secteur prêt à être récupéré par les entreprises, ce qui entraînera une consolidation du marché aux mains de quelques grands acteurs.

Au lieu de cela, le rôle du secteur privé doit être soigneusement négocié, afin de s’assurer que les ressources en données soient orientées vers les besoins fondamentaux des agriculteurs et leur autonomisation autodéterminée. La numérisation dans l’agriculture nécessite également des architectures décentralisées et fédérées qui préservent l’autorité constitutionnelle des gouvernements des États en vue de réglementer ce secteur afin de garantir l’intérêt public.

Finalement, l’engagement avec les problèmes hérités de l’agriculture indienne, tels que les prêts usuraires et les asymétries de pouvoir, en donnant la priorité aux intérêts des paysans et des populations marginalisées constitue un pilier fondamental d’une numérisation responsable et axée sur le développement.


[1] ASHA letter to the Ministry of Agriculture, on file.

Sous les feux de la rampe

Sous les feux de la rampe 1

Résister à la mainmise de l’agro-industrie sur nos systèmes alimentaires !

La mainmise sur l’alimentaire par les systèmes agro-industriels est basé sur la croyance que les sociétés multinationales jouent un rôle essentiel dans l’approvisionnement en nourriture et que leurs intérêts sont alignés sur l’intérêt publique. Ses promoteurs présentent les grandes entreprises comme étant mieux équipées que les gouvernements et que la société civile pour établir les règles et les politiques donnant forme à nos systèmes alimentaires. Il s’agit d’une vision du monde qui permet aux grandes entreprises d’accroitre leur part de terre, d’eau et pêcheries, de quasiment monopoliser le commerce des semences et d’utiliser intensivement pesticides et engrais chimiques. Mais elle échoue à reconnaitre et à faire face aux préjudices causés par les entreprises multinationales. Dans le cas où cette capture par les systèmes agro-industriels arrive à dominer des espaces tels que le Sommet sur les Systèmes Alimentaires (FSS), le Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale de l’ONU (CSA) ou l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la démocratie, l’auto-détermination et la souveraineté des peuples seront d’avantage mises à mal.

Le FSS a été organisé pour assurer le contrôle par les grandes entreprises des systèmes alimentaires au milieu d’une pression croissante pour répondre aux échecs des systèmes alimentaires industrialisés. A travers le FSS, l’ONU pourrait finir par consolider un nouvel écosystème d’acteurs puissants tentant de privatiser la gouvernance d’un régime alimentaire corporatif-environnemental. Ces acteurs sont des gouvernements du Nord, de l’UE en particulier, des plateformes économiques telles que le Forum Economique Mondial (FEM) et le Conseil mondial des affaires pour le développement durable (WBCSD); des philanthropies comme les fondations Gates, Rockefeller, Stordalen et EAT et la Global Alliance for the Future of Food ; des initiatives multipartenaires telles que la Global Alliance for Improved Nutrition (GAIN) et le Scaling Up Nutrition (SUN); des ONG internationales comme le World Wildlife Fund (WWF) et Care, et des scientifiques favorables aux entreprises.

Notre boycott a contesté avec efficacité la légitimité du FSS et a empêché, pour le moment, la création de nouvelles structures institutionnelles alignées avec les grandes entreprises. Notre préoccupation dans le futur immédiat va être d’en saisir le CSA – y compris le groupe d’experts de haut niveau pour la sécurité alimentaire et la nutrition – et les agences de l’ONU basées à Rome, en particulier la FAO. En tant que mouvement pour la souveraineté alimentaire, nous avons insisté sur la démocratisation de ces institutions pour qu’elles soient davantage réceptives aux demandes des petits producteurs. Au cours des 25 dernières années, nous avons connu des victoires partielles. Cependant, tout cela est maintenant en danger. La coalition multipartite mentionnée précédemment demande maintenant que le CSA et la FAO donnent suite aux résultats du Sommet. Elle veut importer du FSS les méthodes de travail de la gouvernance multipartite, c’est-à-dire ignorer les règles de procédure existantes ; privilégiant les coalitions d’action ad hoc sans règle établie. Ces coalitions manqueront certainement de transparence, d’inclusion multilatérale, de mécanismes de prise de décision et de responsabilités, détourneront les ressources des programmes publiques des agences de l’ONU vers ces initiatives ad hoc, semi-privatisées. Nous devons résister à cette tentative et continuer la lutte afin de consolider nos institutions communes et publiques tout au long du chemin du local au global pour assurer la souveraineté alimentaire. 

Sous les feux de la rampe 2

Grandes entreprises et systèmes alimentaires

Au cours des dernières décennies, la présence des entreprises dans les systèmes alimentaires s’est largement accrue à travers le monde, encouragée par la promotion agressive et l’adoption d’une économie néolibérale et de politiques financières menées par les institutions financières internationales (IFI) et la plus part des gouvernements. Les entreprises sont devenues des acteurs puissants dans pratiquement toutes les sphères liées aux systèmes alimentaires : production, stockage, conditionnement et étiquetage, distribution et commercialisation, sécurité et normes de qualité, financement, préférence des consommateurs, recherche, cadre règlementaire etc.

Par fusions et acquisitions, un petit nombre de société d’agro-chimie et agro-alimentaire transnationales ont formé des méga sociétés et grandement augmenté leur pouvoir économique dans le but de décider quelles cultures doivent être cultivées ; quels équipements, semences et races les agriculteurs doivent utiliser ; les techniques de production, infrastructures et conditions de travail ; l’approvisionnement et prix de détail ; et dominer différents aspects des chaines d’approvisionnement et marchés au niveau national-international.

Grâce à leur facilité d’accès au capital financier, les entreprises sont à même d’investir dans et d’utiliser les dernières technologies numériques pour obtenir de l’information sur les prix, les comportements des consommateurs, la disponibilité de la terre et de l’eau, les propriétés génétiques, etc. et d’exercer un contrôle sur différents composants des systèmes alimentaires.

L’expansion du pouvoir des entreprises sur les politiques nationales, régionales et internationales, ainsi que les cadres règlementaires et de gouvernance sont particulièrement préoccupants. Les entreprises utilisent leur puissance financière et leur large présence sur les marchés pour modeler les politiques, les lois, les règlementations, les programmes socio-environnementaux, les incitations et aides fiscales pour assurer leurs opérations, leurs gains financiers et leur pouvoir sur le marché.  Les lobbyistes et experts des entreprises travaillent directement avec les gouvernements et les fonctionnaires des agences multilatérales pour formuler des accords d’échange-investissement, la protection de la propriété intellectuelle et règles de taxation, les normes de sécurité de l’alimentation et de l’environnement, et des mécanismes d’immunité sur leur responsabilité sociale, environnementale et financière. Les entreprises financent la recherche et l’information afin de promouvoir leurs intérêts dans les débats politiques et accroitre l’acceptation populaire de leurs opérations.

Grace à un réseau complexe et étendu de conseils d’entreprise, de plateformes et du processus multipartite, les grandes entreprises se présentent comme une force nécessaire et positive pour faire face au changement climatique, à la faim, à la destruction de l’environnement, aux pandémies et autres crises, masquant leur propre rôle dans la création et l’aggravation de ces crises. L’UNFSS est dominé par un tel réseau au sein du FEM, et légitimise les partenariats entre agences multilatérales, entreprises et ONG internationales et groupes de réflexions, anéantissant totalement les centaines de millions de petits producteurs et travailleurs qui nourrissent une grande partie de la planète avec des systèmes alimentaires divers et enracinés dans les territoires.

Les prétendues solutions de l’UNFSS aux problèmes pressants auxquels le monde doit faire face sont simplement des mécanismes coûteux contrôlés par les grandes entreprises et des technologies et produits protégés par des brevets qui vont accroitre encore davantage le pouvoir des entreprises sur nos systèmes alimentaires. Elles vont prélever des ressources financières si nécessaires sur les biens publics, les services et les programmes, et perpétuer un système économique injuste, inégalitaire dans lequel les droits des peuples et des communautés viennent après les profits des entreprises. Pour démanteler le pouvoir des entreprises, nous devons remettre en question et changer les structures de gouvernance grâce auxquelles il gagne du terrain.